|
22 juin 1940 : le 154e R.I. brûle son drapeau Par Éric Labayle
En juin 1940, le régiment est disloqué. Alors que ses compagnies d'équipages d'ouvrages résistent avec succès à la poussée allemande (elles ne se rendent que le 1er juillet, sur ordre, sans avoir été vaincues), les sections de mitrailleuses du 15-4 sont entraînées dans la retraite vers le massif des Vosges. Avec d'autres troupes, elles sont amalgamées dans une division de marche qui, tout au long de son repli, livre d'incessants combats pour éviter l'encerclement. Ceux de Saint-Quirin, Saint-Léonard de Dabo et Eigenthal sont les plus notables. Les 17 et 18 juin, on se bat encore près d'Urmatt et le 20 dans le secteur du Donon. C'est là que les éléments du 154e R.I. encore opérationnels se regroupent. La situation est désespérée et chacun sait qu'à plus ou moins long terme la lutte prendra fin. Alors, afin qu'il ne tombe pas aux mains de l'ennemi, on décide de détruire le drapeau du régiment. C'est la dernière extrémité. Puisque tout est perdu, il faut tenter d'épargner à l'emblème l'humiliation d'une capture. Le 22 juin, en pleine nuit, les derniers officiers du régiment se réunissent près de la cote 585 sur la route forestière de Raon-sur-Plaine, à 1.500 mètres des dernières maisons du bourg de Raon. Ils mettent le feu à la soie et à la hampe. Sont présents les lieutenants Gardellini, Gigot, Cuer, Klein et Bernard. Ce dernier (futur maire de Suippes après guerre) sauve un lambeau de l'incinération ; il le conservera pendant sa captivité en Allemagne, puis, l'ayant encadré, le remettra à l'association des anciens du 15-4, à Châlons-sur-Marne. Une fois la crémation accomplie, le commandant Bouchon et le capitaine Boisselet font procéder à l'enfouissement de la pointe de lance de la hampe, dans un petit bois situé près du cimetière du Donon. Après la guerre, le lieutenant Harland, porte-drapeau du régiment en 1940, est revenu sur place, avec l'intention de déterrer l'emblème. Ses recherches sont restées vaines. Le terrain a été bouleversé par les combats de 1944 et il est probable que la pointe ait été détruite à cette époque. Le 24 juin, les survivants du 154e R.I. repliés dans les Vosges sont capturés par la Wehrmacht. C'est à de telles anecdotes que l'on prend la mesure du désastre subi par l'armée française en 1940. L'incinération des drapeaux est l'acte ultime, celui que l'on n'accomplit que lorsque tout espoir de redressement est enfui. De Metz en 1870 au Donon en 1940, les points de comparaison sont nombreux. Dans les deux cas, la destruction des drapeaux s'est accompagnée d'une catastrophe militaire et nationale de premier ordre. |
© Anovi - 2003