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Comment fut sauvé le drapeau du 6e Régiment de Chasseurs à Pied Par Éric Labayle
Ce fut le cas notamment du 6e Régiment de Chasseurs à Pied, commandé par le colonel Adam, qui combattit vaillamment autour de Louvain, avant de se replier sur la Lys, qu' il fut chargé de défendre. Très affaibli, le régiment devait remplir là une véritable mission de sacrifice, qui annonçait son anéantissement pur et simple. Comme toujours dans des circonstances aussi dramatiques, le chef de corps chercha à placer en lieu sûr le drapeau régimentaire. Le 26 mai, avant de recevoir le choc ultime, il convoqua deux de ses officiers, le commandant de Wilde et le lieutenant Camus. Leur confiant la garde des archives du régiment (dont les précieux carnets de campagne) et celle du drapeau, il leur ordonna de tenter de rejoindre le gros de l'armée belge. En cas de danger, la consigne était simple : il ne fallait pas que le drapeau puisse tomber entre les mains des Allemands. Ordre fut donc donné de le cacher ou de le détruire, s'il s'avérait impossible de le sauver. Avec leur précieux chargement, les deux officiers prirent donc la route, pour un périple dangereux. Quittant la vallée de la Lys, ils se rendirent à Thielt, qu'ils durent traverser sous les bombes. Puis, échappant à l'avance allemande, ils progressèrent en direction de la mer du Nord. Le 28 mai au matin, ils atteignirent le petit village de Zande, à une quinzaine de kilomètres au sud d'Ostende. C'est là qu'ils prirent connaissance de la capitulation belge, signée dans la nuit. Comme les troupes allemandes n'étaient plus qu'à quelques kilomètres (elles prendront Ostende le 29 mai), il convenait de se débarrasser au plus vite du drapeau. Avisant un bosquet dont ils repérèrent soigneusement l'emplacement, de Wilde et Camus enterrèrent l'emblème régimentaire, se jurant de revenir l'y chercher dès que possible. Quelques heures plus tard, ils étaient capturés par la Wehrmacht. La captivité devait être de courte durée pour le commandant de Wilde. En 1941, démobilisé, il retrouvait le colonel Adam, rescapé des combats de la Lys. Avec l'aide d'un ancien adjudant du 6e Régiment de Chasseurs à Pied et du Père de Meester, aumônier régimentaire, ils entreprirent de récupérer le drapeau enfoui. Mais les choses se compliquèrent vite. A Zande, le petit groupe ne put que constater que le bosquet du 28 mai 1940... n'existait plus ! Si le drapeau était toujours enfoui, c'est donc en plein champ et à découvert qu'il fallait le chercher. Cela n'aurait été qu'un simple inconvénient, si la région de Zande n'avait pas été placée en "Zone Interdite" par l'occupant ! Quatre hommes sans laissez-passer, bêchant sans raison apparente un terrain près d'une route ne pourraient manquer d'être appréhendés par la première patrouille venue. C'est donc avec les plus extrêmes précautions que le colonel Adam et ses hommes ont entamé leur prospection. Le résultat ne fut pas à la hauteur des espérances. Plusieurs heures d'efforts ne permirent pas de retrouver l'emblème. Ce n'est que quelques jours plus tard que le père de Meester, revenu sur les lieux pour une ultime vérification, finit par déterrer une boîte en fer blanc : le drapeau était à l'intérieur. Il était détrempé et sa soie commençait à se décolorer sous l'effet de l'extrême humidité de la terre des Flandres, mais il était intact. Muni de sa précieuse trouvaille, l'aumônier se rendit chez un paysan des environs pour la faire sécher. Il y reçut un accueil chaleureux. En pleine occupation, sa courageuse initiative redonnait espoir à ses hôtes. Ayant rejoint le colonel Adam, le Père de Meester lui confia la relique. Mais l'ancien chef de corps du 6e Chasseurs à Pied refusa de la conserver auprès de lui. Il venait en effet de rejoindre la résistance et, considérant qu'il pouvait à tout moment être arrêté par les autorités allemandes, jugea plus prudent pour la sauvegarde du drapeau de le confier à une personne moins vulnérable. C'est à un couple de ses amis, les Bangerter, qu'il s'adressa donc. De nationalité suisse, ils étaient en effet moins susceptibles d'être inquiétés par l'occupant. Cette initiative fut sage. Devenu chef d'état-major de l'Armée Secrète, le colonel Adam fut arrêté par la Gestapo, puis exécuté en 1943. Les Bangerter prirent donc soin pendant quatre années du drapeau qui leur avait été remis en 1941. Le 18 août 1945, ils le remirent officiellement au Ministre de la Défense Nationale, au cours d'une cérémonie d'autant plus émouvante que le souvenir du colonel Adam restait encore très présent dans toutes les mémoires. |
© Anovi - 2003