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Les premiers pas de
la dictature nazie Par Carl Pépin
La création du Ministère de la Propagande : sa mission Le 13 mars 1933, moins de deux mois après la prise du pouvoir, une ordonnance annonçait la création du Ministère de l'Information populaire et de la Propagande, mieux connu par la suite sous le nom de Ministère de la Propagande. Son chef était Joseph Goebbels. Docteur en littérature, Goebbels avait rejoint le Parti nazi en 1922, pour devenir l'un des premiers collaborateurs de Hitler. Spécialiste de la mise en scène, il avait joué un grand rôle lors des élections de 1932, en oeuvrant dans l'ombre afin de pousser Hitler au centre des projecteurs. N'ayant pas oublié les services rendus pour la cause nazie, le Führer récompensa Goebbels en lui confiant le portefeuille de la Propagande, ce qui lui donnait ainsi le contrôle absolu sur tous les media. Sa longue expérience d'organisateur de réunions et de rédacteur de discours dans les années 1920 a donné au nouveau ministre toute la compétence nécessaire afin d'occuper le siège d'un ministère considéré comme important à l'époque. De plus, c'est avec des idées et un programme clairs que Goebbels fit savoir dès le départ comment il entendait gérer son ministère, particulièrement en matière de culture. D'abord, si on exclut les ordres émanant du Führer, il était le seul maître à bord et ne tolérait aucune critique. Par la suite, Goebbels décida de diviser son ministère en cinq grandes branches (outre les services administratifs) :
Jusqu'à l'automne de 1933, c'est ainsi qu'a fonctionné ce ministère dont les tâches étaient de contrôler la vie culturelle. Or, Goebbels se rendit compte quelques mois plus tard que son ministère, rencontrant des problèmes internes de juridiction, ne parvenait pas à exercer un contrôle total sur la culture en Allemagne. Le 22 septembre, il prit la décision de créer une "Chambre de la Culture", afin de resserrer l'étau sur la production artistique et médiatique. Cette Chambre, dirigée par Goebbels lui-même, était subdivisée en "Chambres professionnelles" affectées à chaque médium : presse, littérature, théâtre, musique, radio, cinéma, Beaux-arts. En affectant des tâches et des dossiers précis à chacune de ses Chambres, Goebbels pensait centraliser toutes les activités culturelles et artistiques, en plaçant le tout sous sa tutelle directe. Si l'on considère le domaine de notre étude, celui de la peinture, on peut faire l'analyse suivante. D'abord, ce médium artistique est désormais supervisé par la Chambre professionnelle des Beaux-arts. Tout ce qui se produit comme peinture en Allemagne se trouve centralisé dans cette Chambre. À la tête de celle-ci se trouve un conseil présidentiel de deux membres nommés par Goebbels. Plus tard, le 1er novembre 1933, le Ministère de la Propagande émet une ordonnance rendant obligatoire l'adhésion à l'une des chambres spécifiques pour tous ceux dont l'activité relève de la production, la reproduction, la distribution ou la conservation des biens culturels. Un peintre voulant exercer son art doit forcément s'inscrire à la Chambre des Beaux-arts en plus de remplir un questionnaire sur la nature de son métier et subir une enquête policière. Si le candidat ne répond pas à ces obligations ou refuse tout simplement de s'y soumettre, le président de la Chambre des Beaux-arts peut, en vertu du paragraphe 10 du décret du 1er novembre: "(…) refuser l'adhésion, voire de procéder à l'exclusion d'un membre s'il se présente des faits prouvant que la personne considérée ne possède pas les qualités et l'aptitude indispensables pour exercer son activité". Dans ce contexte, on comprend que les artistes jugés d'avant-garde soient étroitement surveillés. La création du Ministère de la Propagande nous apparaît être une première étape par laquelle le régime se donne des outils, non seulement bureaucratiques mais aussi judiciaires et policiers, pour de contrôler la vie culturelle. La voix du Führer Maître de l'Allemagne, Hitler l'est évidemment dans le domaine culturel. L'intérêt porté par le dictateur aux questions artistiques est marqué par l'idée que l'art doit amener le peuple allemand vers sa grandeur. Aux yeux des Allemands, le Führer a toujours imposé son opinion en matière artistique avec le double dessein de faire de l'art un domaine aussi important que la politique, mais aussi d'amener la population à croire que le dictateur est une référence, apportant toutes les réponses ("justes") sur les orientations à prendre. Dans cette optique, le poids qu'exerce son opinion en matière de culture est fondamental à la compréhension de l'art nazi. L'historien américain Jonathan Petropoulos écrit à ce sujet : "Yet what is crucial for this study is the manner in wich he (Hitler) inspired his subordinates to adopt similar views and concerns, and the way in wich he interceded in the determination of the government's cultural policies". Bref, Hitler dirige tout. Le 23 mars 1933, il annonce à la Chambre des Députés la ferme intention de son gouvernement d'entreprendre une épuration complète de la société, afin que la race et le sang redeviennent les piliers de l'inspiration artistique. Il va chasser de tous les media artistiques les productions jugées non conformes à l'idéal de pureté de race et de sang qu'il conçoit. Sous l'arbitraire d'un pouvoir politique dictatorial, l'art prend la forme d'un esthétisme orienté et conçu comme un instrument de propagande. L'opinion de Hitler sur les arts n'a pas toujours pris la forme de décrets émis de façon régulière. Autrement dit, ses collaborateurs ont souvent appliqué des mesures fondées sur l'interprétation de discours, de paroles entendues lors de cocktails ou d'entrevues. Il ne s'agit pas de propos tenus à la légère mais de paroles qui, nous pensons, reflètent fidèlement la pensée de Hitler au cours des premières années de son régime. Cette pensée ne va qu'en se durcissant à mesure que les nazis s'accrochent au pouvoir. Prenons par exemple un article anonyme paru dans l'organe officiel du Parti nazi, le Volkischer Beobachter (L'Observateur populaire) en 1934 : "Ils (les artistes) le savent tous : parmi les millions d'Allemands, c'est de la société des vrais artistes que ne cesse de se réclamer le Führer. L'artiste allemand rend grâce au Führer de son grand et chaleureux intérêt. L'autorité du Führer et les artistes ne font à jamais plus qu'un dans le présent et l'avenir. Dans le Reich d'Adolf Hitler, il n'y a pas un seul artiste allemand qui ne réponde affirmativement, de sa plus profonde conviction, au dessein et à l'esprit du Führer en politique et en art". La voix de Hitler amène les artistes désireux de plaire au régime à répondre à des attentes qui sont parfois exigeantes. L'artiste doit se fondre dans son Führer, dans un esprit où les divergences idéologiques et esthétiques n'existent pas. Si le Führer émane des plus profondes racines du peuple allemand (le sang et le sol), alors l'artiste doit être à l'image de la collectivité (Volksgemeinschaft). Il faut absolument voir dans les toiles produites cette image du peuple allemand. Quelques années plus tard, à l'été de 1937, un certain Dr. Hans Kiener écrit quelques lignes qui tentent de donner du contenu à la position de Hitler en matière d'art : "The Führer wants the German artist to leave his solitude and to speak to the people. This must start with the choice of the subject. It has to be popular and comprehensible. It has to be heroic in line with the ideals of National-Socialism. It has to declare its faith in the ideal of beauty of the Nordic and racially pure human being". Ces lignes, Kiener les rédige à une époque qui est toute différente de 1933. En effet, les nombreux succès diplomatiques de Hitler sur la scène européenne et le redressement économique de l'Allemagne ont conféré à son régime une stabilisation politique évidente. En conséquence, les lignes écrites par Kiener dans la presse sont les reflets d'une politique culturelle qui s'affirme de façon autoritaire. Par Kiener, on comprend que Hitler exige de l'artiste qu'il quitte son individualisme pour revenir à ses racines communautaires. L'artiste ne travaille pas pour lui mais pour ses compatriotes. Les sujets qu'il choisit doivent inévitablement concerner tout le monde. Non seulement l'Allemand doit se reconnaître dans le sujet, mais il doit en plus reprendre confiance en lui à travers un modèle d'héroïsation tricoté par le Parti nazi. Cet Allemand est unique, il appartient à cette "race des seigneurs" chargée de gouverner le monde. C'est en somme tous ces critères que Hitler veut voir et sentir dans les toiles. Pour l'historien de l'art Jonathan Petropoulos, Hitler a voulu également s'accaparer un "héritage" propre au peuple allemand. Cet héritage se définit politiquement dans la prise de conscience que les Allemands de toute l'Europe doivent s'unir, mais aussi matériellement en ce sens où la production artistique de ce peuple doit être à nouveau entre les mains de celui-ci : "Hitler's love for this particulary German art derived in part from his cultural nationalism. Providing his own interpretation of theories of art developed during the Romantic period, he postulated that all art was national. Hitler believed that race formed the basis of both nationhood and culture and therefore linked the three concepts in an inseparable manner. Amid the larger project of promoting the cultural manifestations of the nation and race, Hitler engaged in a crusade to gain control over the entire cultural heritage of the German people. Just as he aspired to unify the German Volk in Europe, he sought to bring together all of the artworks that constituted the nation's artistic legacy". Petropoulos insiste sur le nationalisme de Hitler dans l'explication de sa conception esthétique. Ce nationalisme fanatique rejète toute la dimension internationale de la production artistique. Pour Hitler, tout art est et doit demeurer un produit de la communauté nationale, entendue dans ce contexte comme "communauté raciale". C'est sans doute un facteur qui incite Hitler à détester l'avant-garde qu'il a toujours qualifié d'internationale. Le chef de l'Allemagne a toujours ressenti la mission de s'accaparer l'héritage culturel des Allemands afin de préserver la pureté raciale de ce peuple. Finalement, nous pensons que la voix du Führer s'est imposée dans l'art nazi en s'attaquant à la modernité et à la critique. Ni l'une ni l'autre ne sont tolérées car il s'agirait alors de remettre en cause l'autorité de Hitler, en plus de se questionner sur la voie à suivre dans la construction d'une nouvelle Allemagne. Pour le ministre de la Propagande Goebbels, l'explication au peuple de ces idées de modernité et de critique était importante puisque non seulement il voulait les éliminer mais cette action devait montrer à la population que le Parti nazi travaille pour elle dans la bonne voie. Prenons par exemple un discours prononcé par le ministre à la Chambre de la Culture en juin 1934 : "We National Socialists are not unmodern; we are the carrier of a new modernity, not only in politics and in social matters, but also in art intellectual matters. To be modern means to stand near the spirit of the present (Zeitgeist). And for art, too, no other modernity is possible". Goebbels prononce ici un discours qui nous semble ambivalent. En effet, il se fait le porte-parole de la volonté du Führer prônant une modernité qui n'a rien à voir avec l'avant-garde ou l'ouverture d'esprit.. Être moderne pour les nazis se rapporte davantage au fait d'avoir mis Weimar à la porte, d'avoir persécuté tout ce qui n'est pas conforme aux vues du Parti et d'imposer un mode de vie basé sur une dictature qui deviendra totalitaire avec toutes les persécutions et exclusions que cela implique. Par ailleurs, Goebbels planta en quelque sorte le clou dans le cercueil des débats sur la modernité en supprimant du jour au lendemain la critique. L'année 1936 constitue un tournant majeur à cet effet si l'on en croît un autre discours prononcé par le ministre : "Because this year (1936) has not brought an improvement in art criticism, I forbid, once and for all, art criticism in its past form. From now on art reporting will take the place of art criticism. Criticism has set itself up as a judge of art – a complete perversion of the concept of "criticism" (…) Art reporting should not be concerned with values, but should confine itself to description. Such reporting should give the public a chance to make up its own mind. Only those publicists who follow the ideas of National Socialists and speak with the honesty of their hearts will be allowed to undertake such a task". Hitler perçoit la critique artistique comme un instrument qui désoriente le public. Le manque d'uniformité et les divergences d'analyses ont, selon le Führer, semé un manque de confiance du peuple allemand envers son art. Maintenant il s'agit, comme le souligne Goebbels, d'écrire des rapports purement descriptifs. Le peuple allemand est apparemment assez intelligent pour se forger une opinion sur les œuvres produites, mais n'est pas en mesure de parler pour lui-même en dehors du cadre des idéaux du Parti nazi. C'est une liberté d'expression que nous qualifions de "déguisée" en ce sens où elle incite les gens à parler avec leur cœur, mais toujours à l'intérieur des frontières idéologiques du national-socialisme. On comprend en conséquence que la marge de manœuvre dans l'expression des idées en art se trouve à être extrêmement réduite, sinon nulle. Légitimer la "dictature culturelle" ou la soumission de l'art à l'État La situation des artistes en Allemagne nazie nous semble désespérée, dans la mesure où leur liberté d'expression fut hypothéquée au profit de la promotion des idéaux du régime. Or, l'État est conscient qu'il a besoin des artistes pour légitimer en quelque sorte son pouvoir, et il ne se gène pas pour dire que l'art doit être soumis à celui-ci. Le Troisième Reich veut se donner une image d'homogénéité qui se traduit dans l'élaboration d'un mode de vie totalitaire mais fonctionnel. Tous les aspects de la vie, y compris l'art, doivent s'intégrer au système totalitaire et ne peuvent en conséquence agir de façon indépendante. Le régime tente de légitimer, voire de justifier cette forme de "dictature culturelle". Autrement dit, il tente de convaincre le peuple allemand de ses propres abus envers ce dernier. Il sait parfaitement qu'il assume la responsabilité dans l'élaboration de cette légitimité qui se traduit par la mise en place d'une conception esthétique dont nous avons précédemment esquissé quelques traits. Cette responsabilité n'est pas, à notre avis, le résultat d'initiatives prises par quelques individus rôdant autour de Hitler, mais plutôt le fruit de tout un ensemble de personnes et d'organisations qui, dès les années 1920 en y incluant les milieux conservateurs de la bourgeoisie, avaient pensé à cadrer les artistes afin que ces derniers produisent des œuvres conformes aux vues de l'État. En 1978, Lionel Richard émettait un avis contraire quant à la responsabilité du nazisme dans la mise en place d'une conception esthétique pour l'art :
Ce point de vue, émis il y a vingt ans, est révélateur car il énonçait trente ans après la guerre qu'il serait intéressant de faire la distinction, spécialement en matière de culture, entre le nazisme en tant qu'idéologie et les actions prises par les dirigeants indépendamment de leur programme politique. Richard écrit que ces individus "bornés et fermés" ne disposaient d'aucune sensibilité artistique. À notre avis, il s'agit d'une généralisation excessive parce que l'historien semble mettre temporairement de côté tout l'intérêt et toute la sensibilité des dirigeants nazis pour l'art, fut-il conservateur et haineux de l'avant-garde. Richard traite également de la soumission de l'art à l'État lorsqu'il mentionne la possibilité, pour un gouvernement fasciste, d'un appui potentiel et massif des artistes pour le régime. En lisant entre les lignes on y voit une distinction entre dictature et totalitarisme car un régime de type dictatorial peut réprimander ses artistes mais ne tentera pas obligatoirement de créer un "Homme nouveau", un "Artiste nouveau" qui doit servir l'État aveuglément et à des fins précises. En somme, nous pensons qu'un régime voulant soumettre l'art à ses volontés doit inévitablement exercer des pressions sur ses artistes. Le régime leur fait comprendre qu'eux aussi doivent participer à la construction d'une nouvelle société et que l'imposition de règles esthétiques fait partie de ce plan, afin que l'édifice soit solide. Les nazis ont pensé à la construction d'un seul projet collectif et non pas à des constructions en parallèle. Une idée est cependant certaine : les nazis ont tenté de légitimer leurs politiques en matière de culture en disant aux artistes qu'ils étaient vraiment importants dans la société. Participant à la création d'un nouvel idéal artistique et politique, ils ont un rôle capital à jouer dans le gouvernement, au même titre que le paysan, l'ouvrier et le soldat. Hans Friedrich Blunck, poète, écrivain et président de la Chambre de littérature, a laissé ses impressions à ce sujet: "Ce gouvernement (nazi) qui plonge ses racines dans l'opposition au rationalisme, est bien conscient de l'indéfinissable aspiration du peuple qu'il gouverne, de ses rêves qui flottent entre le ciel et terre et que seul un artiste peut expliquer et exprimer". Par une belle tournure de phrase, Blunck énonçant non seulement le caractère légitime du régime hitlérien mais il légitime du même coup le rôle créateur des artistes dans ce système. Si Blunck peut, en tant que président de l'une des Chambres de culture du Reich, convaincre une certaine clientèle artistique de produire pour le régime, il ne peut en revanche bien justifier le manque d'inspiration évidente, le vide d'originalité qui caractérise les œuvres et plus particulièrement celles de la peinture. Les artistes qui ont, soit par crainte de représailles ou pour gagner leur pain, accepté à contre-cœur de produire pour le régime deviennent corrompus le temps que dure la dictature. Quant aux artistes qui ont collaboré de bonne foi avec le régime, ils ralentissent toutes les tentatives de résistance qu'aurait pu opposer la communauté artistique si elle en avait eu les moyens. Peter Adam établit un bilan autour de la question : "The corruption of the artists had much to do with the publicness of their art. The official support system did remove the artist from the necessary abrasiveness, the rough and tumble. As a result the creative impulse was sadly lacking". Adam sous-entend que la majorité des artistes corrompus par le régime furent ceux dont la production était acceptée dans les milieux bourgeois, bref ils produisaient un art "acceptable", un art qui ne s'écarte pas dans les méandres de la modernité. Ils étaient "récupérables" par l'État et répondaient déjà à une série de règles esthétiques que les nazis entendaient imposer. Quant aux milieux des avant-gardes, ils étaient également connus mais bon nombre furent victimes de persécutions. Cela fit en sorte qu'il valait mieux pour un artiste reconnu pour son appartenance à ces mouvements de se retirer d'une vie davantage publique. De plus, les oeuvres produites par les avant-gardes ne correspondaient pas aux vues du régime. Cette situation enleva certainement une bonne dose de créativité et laissa un art dénudé de recherches esthétiques, comme le souligne Adam. Dans un autre ordre d'idées, Goebbels rend hommage à l'art car celui-ci a donné un grand coup de pouce à la propagande. Pour le ministre, il ne fait nul doute que les impulsions artistiques alimentent la propagande par des sujets qui intéressent le peuple et par l'impression d'une vitalité des traits et des couleurs. Les nombreuses études faites sur la propagande à travers l'histoire du XXe siècle ne font pas abstraction sur la qualité de la psychologie populaire produite dans l'Allemagne nazie. Dans ce contexte, Goebbels prononce ce discours lors de la Semaine du théâtre organisée à Hambourg du 16 au 23 juin 1935 :
Goebbels, même s'il se donne le beau rôle pour avoir "sauvé le Reich", dit que l'art a donné à sa propagande son aspect créateur. Il va plus loin encore en disant que la propagande a donné au peuple ces "possibilités pratiques", c'est-à-dire des solutions affichées sur les murs dans le but de régler les problèmes de la vie au quotidien. L'art a par conséquent illustré ces solutions de manière à convaincre les gens. Le ministre voit l'art comme une arme très puissante, dans la mesure où celui-ci reste toujours en lien avec les sujets traités par la propagande. Un État qui se dit "légitimé" par le peuple doit employer des moyens d'expression qui le sont tout autant. Autrement dit, le régime nazi, justifiant l'état de crise et de décadence constante dans lequel est plongée l'Allemagne, va prendre des moyens drastiques afin de régler les problèmes, quitte à supprimer certaines libertés. L'art n'échappe pas à ce manège et Goebbels sent le besoin de s'expliquer sur cette situation lors d'un autre discours tenu la même année, soit le 15 novembre 1935 devant la réunion annuelle de la Chambre de la Culture à Berlin. Dans son exposé, il insiste sur l'importance d'exercer une dictature culturelle. Reconnaissant qu'il est impossible de tout réglementer, en particulier dans le domaine de la culture qui par tradition fut toujours plus éloignée de la bureaucratie, Goebbels pense que les "énergies culturelles" de la communauté sauront pallier au manque de contrôle que l'État peut pratiquer sur la montée du modernisme par exemple. L'État, selon le ministre, est justifié de circonscrire des limites à l'art sous la diction du politique et non de l'art lui-même. Reprenant les propos de Hitler que nous avons évoqué précédemment, Goebbels affirme qu'une liberté d'expression existe dans le cadre bien défini des "nécessités" et "responsabilités" nationales. L'art n'a plus qu'à se soumettre au régime. |
© Anovi - 2003