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L'enlèvement de
Mussolini Par Charles Chéreau
Les services secrets allemands savent que le Duce est détenu dans l'hôtel Campo Imperator de la région de Gran Sasso (2.116 mètres d'altitude), dans les Abruzzes, partie centrale ce l'Apennin italien. Pour mener à bien cette mission et répondre à l'ordre de leur Führer, Student et Skorzeny doivent collaborer étroitement. Hitler fait confiance à Student pour la mise au point et la réussite ; c'est lui qui en est l'organisateur et le superviseur. Skorzeny met au point son équipe. Il s'adjoint deux officiers et une dizaine de SS, tous triés sur le volet. Par la même occasion, il récupère de force un général italien du nom de Soleti, qui servira d'intermédiaire auprès de ses compatriotes chargés de garder Mussolini. Ce général ignore le but de cette action, mais lorsqu'il l'apprend il tente de se suicider, car il a en personne participé à l'arrestation de Mussolini. Par un prompt réflexe, deux Allemands l'en empêchent et, bien malgré lui, il est engagé dans l'opération. Pour réussir cet enlèvement et amener ses paras à pied d'œuvre, Student pense que le planeur est l'engin idéal ; il est rapide, silencieux et précis. Quant à l'évacuation de Mussolini, il désigne son fidèle pilote, le capitaine Gerlach, qui choisit un Fiesler 156 "Storch". Ce dispositif sera complété par une compagnie de paras qui se rendra par la route, en pleine zone contrôlée par les Italiens, avec mission d'occuper la station inférieure du téléphérique. La réussite de l'opération implique de surmonter deux difficultés majeures : le vol d'approche et l'assaut sur l'hôtel, pour lequel l'approche doit être rapide et en force. Student est conscient de ces difficultés, qu'il évoque avec son officier de renseignements. C'est une aventure passionnante et dangereuse ; du vrai travail de para. Et il sait de quoi il parle car c'est lui, ancien pilote de chasse de la première guerre mondiale, qui a créé le corps des parachutistes. Sachant qu'ils doivent se poser sur un terrain difficile, un sous-lieutenant lui propose d'entourer la quille des planeurs avec des fils de fer barbelé, pour freiner plus rapidement. Ce qui fut fait. Le 12 septembre, l'opération est lancée et la réussite est complète. Les sentinelles italiennes sont rapidement neutralisées. Poursuivant son assaut, Skorzeny, suivi de ses SS, parvient à se hisser sur une terrasse. Il aperçoit derrière une fenêtre du premier étage une silhouette au crâne dégarni ; il reconnaît aussitôt le Duce. Avisant un escalier sur sa droite, il gravit les marches quatre à quatre et arrive sur un palier du premier étage. Il s'élance dans le couloir et ouvre une porte au hasard ; c'est la bonne. Il neutralise les deux officiers italiens qui se trouvent dans la pièce. Saluant Mussolini la main tendue, il se présente à lui et lui déclare : "Duce, je suis envoyé par le Führer en personne. Vous êtes libre". Mussolini serre le géant (Skorzeny mesure près de deux mètres) dans ses bras et lui dit en allemand : "Je savais que mon ami Adolf Hitler ne m'abandonnerait pas". Il est aussitôt embarqué à bord du Storch du capitaine, qui ne sait pas trop comment il va décoller. Le terrain d'envol d'une soixantaine de mètres de long est une pente hérissée de rochers et coupée de crevasses. Les paras (aidés par Mussolini lui-même) dégagent les cailloux les plus gênants. Moteur à pleine puissance, freins ouverts, l'avion roule en cahotant et parvient à la fin de la courte piste. La roue droite saute dans une crevasse, faussant le train d'atterrissage. Mais le petit avion parvient à prendre l'air ; il dégringole dans le précipice, prend de la vitesse et, avec beaucoup de difficultés, son pilote le redresse et parvient à passer au-dessus de la montagne. Après une heure de vol, il se pose sur l'aéroport de Pratica di Mare. Le Duce débarque, pour embarquer aussitôt à bord d'un avion Heinkel 111 avec Skorzeny, en direction de Vienne. Le capitaine Gerlach se présente à son général en lui déclarant : "Mission accomplie, mon général". Student lui répond : "C'est bien. C'est très bien". L'opération est terminée. Le capitaine et son sous-lieutenant seront décorés de la croix de chevalier de la Croix de Fer. Skorzeny recevra la même distinction des mains d'Adolf Hitler, lorsqu'il lui amènera le Duce à son Q.G. de Rastenburg. Désormais, il est devenu pour la propagande et pour l'histoire "le libérateur de Mussolini". Quant aux "Diables Verts", ils auront l'impression d'être un peu les oubliés de cette aventure. |
© Anovi - 2003