La seconde guerre mondiale
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Station Falter

Les bases radars allemandes de Chazelles-sur-Lyon, avril 1943 - 21 août 1944

Par Agnès Granjon



Au début de l’année 1943, le Haut État Major allemand décide d’installer des appareils de radiodétection dans la région lyonnaise pour contrôler le trafic aérien ennemi sur une grande partie sud de la France ainsi que sur une section de l’Italie du Nord. La Luftwaffe choisit d’implanter ses radars à Chazelles-sur-Lyon, à 50 kilomètres au sud-ouest de Lyon, sur la route reliant Lyon à Feurs. Située à 630 mètres d’altitude, dans les Monts du Lyonnais, cette petite ville de la Loire est alors connue comme étant la capitale de la chapellerie. Avant guerre, ses 28 usines de chapeaux employaient plus de 2.500 ouvriers.

En avril 1943, la Luftwaffe s’installe ainsi à Chazelles-sur-Lyon :

Dans le hameau de la Mornandière, sont construits deux radars de détection à grande distance Freya.

La première version du radar de détection Freya, ou Fu MG 80, a été mise en service par les Allemands en 1938. Ce modèle de base, comprenant une antenne de balayage mécanique de 6,2 par 7,4 mètres et un réflecteur plat de 12 pôles pour l'émission et autant pour la réception, avait une portée moyenne de 100 kilomètres. Il a été par la suite constamment amélioré. Ainsi, ceux construits à la Mornandière fonctionnent sur des fréquences comprises entre 91 et 250 Mhz ; ils ont un balayage de 360° et une portée de 300 kilomètres maximum.

Un radar panoramique Jagdschloss, utilisé pour la défense anti-aérienne, est également installé dans ce hameau.

Dans le hameau de la Quinardière, sont édifiés deux radars de précision Würzburg. Les deux appareils, d’une fréquence de 560 Mhz, peuvent effectuer un balayage à 360°, et ont une portée de 60 à 80 kilomètres.

Construits par Telefunken à partir de 1939, les Würzburg sont à la base du système de défense Himmelbett ("lits à baldaquin") de l’artillerie anti-aérienne nocturne allemande, la Flak (Flugabwehrkanon), et sont souvent associés par deux, comme c’est le cas à la Quinardière. Tandis que l’un des Würzburg traque les appareils ennemis en suivant chacun de leurs mouvements, l’autre guide les chasseurs effectuant l’interception et (ou) règle les tirs de la Flak.

L’ensemble du dispositif établit à Chazelles-sur-Lyon prend le nom de Station Falter ("station papillon"), les Allemands ayant par erreur confondu la ville proche de Feurs avec le terme "fleur"... La station est chargée du contrôle aérien de 18 départements du sud de la France, ainsi que du suivi des raids alliés sur Turin et Milan. Transmises au commandant de la Zone France Sud basé à Avignon, les informations recueillies permettent de lancer contre les appareils alliés les chasseurs allemands d’interception, dont les chasseurs de nuit Junkers 88G et Messerschmitt BF 110, basés à Bron, à Ambérieu et à Valence.

La Station Falter est confiée à la 15e compagnie du 203e régiment de détection de la Luftwaffe, aux ordres de l’Oberleutnant Wolfgang Reiff. Les deux sites regroupent environ 500 hommes.

Cependant, la présence de la base allemande de radiorepérage n’empêche pas la résistance locale d’être active. A partir du 31 mars 1944, plusieurs parachutages d’armes et de matériels destinés à la ravitailler ont même lieu aux environs de Chazelles. Les résistants réussissent à infiltrer la base allemande dans les mois qui suivent sa création et à s’en procurer les plans.

Mais ce sont les Allemands eux-mêmes qui détruisent leurs installations à l’été 1944. En raison de la progression des troupes franco-américaines débarquées en Provence et à l’intensification des actions de la résistance, le 20 août 1944 la compagnie de Reiff reçoit l’ordre de faire sauter les radars et de se replier sur Lyon. Minés d’explosifs, les radars de la Mornandière sautent le 21 août, à 4 heures 35 du matin, suivis à 5 heures par les Würzburg de la Quinardière. Les bâtiments sont incendiés par les soldats, qui utilisent alors mines, grenades et cocktails Molotov. Au cours de son repli, la 15e compagnie se heurte à plusieurs reprises à la Résistance et déplore plusieurs tués. Les rescapés atteignent Lyon le 23 août. Par la suite, l’Oberleutnant Reiff sera muté à la 2e division de chasseurs parachutistes et trouvera la mort dans un accident de voiture le 21 février 1945, sur la route de Martental à Kaisersesch.

© Anovi - 2003