La seconde guerre mondiale
Les articles

 

Les premiers combats de la 2e D.I.M. en Italie 
(1943)

Par Charles Chéreau 



Les armées alliées débarquent en Italie

Le 3 septembre 1943, le général Castellano, autorisé par son gouvernement, signe en Sicile les conditions succinctes de l’armistice. Ce même jour, avant l’aube, la 8e Armée britannique traverse le détroit de Messine et pénètre en Italie continentale.

Cinq jours plus tard, le général Eisenhower annonce à 18 heures l’armistice à la radio. Une heure plus tard, de Rome, le maréchal Badoglio fait une déclaration analogue. La capitulation de l’Italie est chose faite. La famille royale, le maréchal Badoglio, ses ministres et principaux fonctionnaires se réfugient à Brindisi, auprès des Alliés. Un gouvernement antifasciste est rapidement organisé sur les territoires occupés par les forces alliées. La flotte italienne se réfugie à Malte.

A partir de cette époque, l’Italie va connaître la période la plus tragique de son histoire et servir de théâtre à certaines des plus féroces batailles de la guerre.

On peut considérer que l’invasion de l’Italie s’est déroulée en cinq phases, à savoir :

La conquête de la Sicile

Les débarquements en Italie du Sud

L’enfoncement des lignes de défense Reinhard et Gustave

Les batailles du Mont Cassin

La rupture de la ligne Hitler protégeant l’Italie du Nord.

Le 9 septembre, les troupes anglo-américaines débarquent à Salerne, au sud de Naples. La 5e Armée, commandée par le général Clark, commence à débarquer avant l’aube. L’assaut est mené par le 6e Corps américain et le 10e Corps britannique.

Dans le même temps, une opération semblable s’exécute avec succès à Tarente et la division indienne débarque à Brindisi, au sud, sur la mer Adriatique.

A Salerne, devant la résistance acharnée des Allemands, l’issue de la bataille demeure incertaine ; mais après six jours de farouches combats, les Allemands échouent à rejeter les troupes alliées à la mer.

Les deux armées opérant leur jonction, la rude partie est gagnée. La route vers Naples est ouverte et les aérodromes de Foggia sont accessibles.

Les Anglo-Américains, refoulant les arrière-gardes ennemies autour du Vésuve, dépassent les ruines de Pompéi et d’Herculanum et entrent à Naples le 1er octobre 1943.

Un immense effort commence pour remettre en état le port qui a subi toutes sortes de démolitions. En moins de deux semaines, 5.000 tonnes de matériels sont débarquées par jour.

Pendant ce temps sur la côte est, les villes de Gioia, Bari et Foggia sont prises. Une partie de la deuxième phase est atteinte.

Le 3 octobre, les troupes françaises libèrent la Corse.

Le 13, L’Italie déclare la guerre à son ancienne alliée, l’Allemagne.

Les Français entrent dans la bataille

Il est temps maintenant de vous parler de l’intervention du C.E.F. sur le théâtre des opérations.

Le 19 novembre 1943, la 2e D.I.M. embarque à Bizerte. Incontestablement, elle est la messagère de l’armée française sur le front européen.

L’accueil de Naples est maussade et le débarquement s’effectue sous une pluie battante.

La division du général Dody est l’image fidèle du nouveau monde qui s’élabore en A.F.N. : l'Afrique du Nord fournit la masse des tirailleurs. Les Français y ont accourus de toute part : anciens de 14-18, rescapés de 39-40, Français d’A.F.N., anciens lycéens, nombreux évadés de France internés en Espagne...

Le 11 décembre, à zéro heure, le secteur compris entre la limite sud de la 8e Armée britannique et de la 45e Division américaine passe sous le commandement du général Dody. Sa division assure la lourde charge d’assurer la liaison entre les deux puissantes forces alliées. Ce 11 décembre donc, l’empire, regroupé derrière le général de Gaulle, reprend le combat interrompu face à l’Allemand.

Le secteur assigné à la 2e D.I.M. s’étend sur les hautes terres du massif de la Meta, qui atteint 2.241 mètres. Les Français s’échelonnent le long du Volturno et de ses affluents ; au-delà commence la montagne. Le mont San Michele et le Castelnuovo forment la première barrière ; ils dépassent à peine 1.200 mètres, mais ils forment une véritable muraille dont la division aperçoit l’à-pic. Une deuxième arête, la Mainarde, forme à l’ouest une nouvelle barre montagneuse culminant à 1.478 mètres, ainsi que le mont Mare à 2.021 mètres. Enfin, de nombreux autres massifs s’élèvent de l’est au nord jusqu’à 2.070 mètres.

Ce sont tous de grands escarpements calcaires impressionnants, qui dresseront autant d’obstacles naturels à l’avance de la division marocaine, et chacun d’eux aura son histoire avec ses difficultés et ses tragédies.

Chaque mont ne tombera pas d’un bloc : avec son dédale de petits ravins, de côtes, de petits murets, il ressemble à un château fort dont il faudrait enlever toutes les tours.

Chaque attaque de ces redoutables pitons est un véritable calvaire pour les tirailleurs qui doivent se battre contre un ennemi bien aguerri utilisant admirablement le terrain, dont il a transformé chaque crête en blockhaus autonome dont les accès sont pratiquement tous minés et dans un environnement particulièrement hostile, avec la glaise, la boue, la pluie, la neige et le froid.

Les premiers combats de la 2e D.I.M.

Cette bataille débute le 11 décembre 1943 selon un axe ouest-est, Atila-Collin, le long du Volturno et passant par le sud en direction du mont Mona-Casale. Tous ces massifs montagneux s’étendent jusqu’à la vallée San Elia-Belmonte. C’est une série de croupes isolées, moins élevées que les chaînes du nord, qu’il va falloir enlever successivement. Chacune aura également son histoire : le Pantano, 1.100 mètres, la Battuta, 1.000 mètres, le Mona Casale, 1.175 mètres, le Passero, 1.338 mètres, et le Lago, 1.220 mètres.

L’attaque générale est déclenchée le 16 au matin. La crête 895, au sud du Pantano, est enlevée au prix de lourdes pertes. Le 18, une patrouille pénètre dans Cerasuolo. L’ennemi bat en retraite en direction du Mona Casale, poursuivit par les éléments de tête du 5e R.T.M.

Plusieurs côtes sont occupées. Dans la matinée du 20, l’ennemi contre-attaque violemment, mais tous les assauts sont repoussés. Le massif du Pantano est entièrement entre nos mains et même très largement dépassé. Depuis le mois de juin 1940, c’est la première victoire française sur le continent européen.

Dans une région aussi montagneuse, l’évacuation des blessés et des morts pose un problème particulièrement ardu. Les brancardiers et les ambulanciers se dépensent sans compter.

Le 24 décembre, à la demande du 6e Corps américain, la division doit se tenir prête à reprendre l’offensive.

Le 8e R.T.M. a mission d’attaquer la Mainarde et le 5e le Mona Casale. Les divisions allemandes ont été relevées et remplacées par la 5e Division de montagne, arrivée directement du lac Ladoga (U.R.S.S.). La première attaque est un échec mais, en contrepartie, il révèle le dispositif ennemi. Protégés par des abris recouverts de rondins, les Gebirgsjäger laissent approcher l’assaillant à faible distance, le fusillent de leurs mitrailleuses et des groupes légers armés de grenades contre-attaquent vivement. Il faut donc les submerger avec des effectifs plus considérables.

Le 27 décembre au matin, sous la protection de l’artillerie et à la faveur du brouillard, l’assaut est lancé par les bataillons Delort, Allard et Jeannot, ainsi que par le tabor de Parlange. Partout l’ennemi se replie hâtivement, mais pour aussitôt renforcer sa ligne de défense avec un régiment de Panzer Grenadiers. Les troupes françaises sont fatiguées, les difficultés de ravitaillement en munitions et l’évacuation des blessés arrêtent momentanément la progression. Le général décide de relancer l’attaque par le sud et le 5e R.T.M. est de nouveau engagé. La résistance acharnée de l’ennemi, renforcé par de nouveaux éléments, force le commandement à stopper l’action engagée.

Une ligne défensive est établie sur l'ensemble du secteur face aux Allemands qui tiennent la Costa San Pietro. La somme d'efforts surhumains qu'il faut dépenser au cours de cet hiver rigoureux pour conquérir chaque pouce de rocher et le conserver fait de cette campagne d'Italie, qui ne se traduit pas encore par des résultats spectaculaires, la plus pathétique leçon de désintéressement et de patriotisme silencieux. Le 29 au soir, le mauvais temps et la résistance tenace de l'ennemi forcent le commandement à stopper les opérations, et à installer une ligne défensive. L'année 1943 disparaît dans une violente tempête de neige.

© Anovi - 2004