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La 2e
D.I.M. dans l'offensive de printemps du C.E.F. Par Charles Chéreau 11 mai 1944 Soudain les canons se taisent. Le silence est impressionnant, presque irréel. C'est l’attente pleine de gravité et d'anxiété des minutes qui précèdent l’attaque. Une certaine tension règne dans les rangs des tirailleurs. Les munitions et les rations K sont distribuées, les armes vérifiées. Les commandants de compagnies, les chefs de sections et les chefs de groupes passent leurs consignes. Pour ce qui me concerne, je suis heureux car pour la première fois depuis mon départ de France en juin 1943, je viens de recevoir, par l'intermédiaire de la Croix Rouge, une carte de mes parents. Enfin des nouvelles. C'est excellent pour le moral avant l'attaque. Puis c'est l'attente. Toute notre détermination, notre rage de combattre, de vaincre ou de mourir, se résument dans l'ordre du jour du général Juin, diffusé dans l'après-midi du 11 mai, quelques heures avant l'attaque générale, et communiqué d'échelons en échelons, jusqu'au plus simple des combattants et commenté en arabe et en berbère aux indigènes. Ordre du jour du général Juin : Combattants français de l'Armée d'Italie, une grande bataille dont le sort peut hâter la victoire définitive, et la libération de notre Patrie, s'engage aujourd'hui. La lutte sera générale, implacable, et poursuivie avec la dernière énergie. Appelés à l'honneur d'y porter nos couleurs, nous vaincrons comme nous avons déjà vaincu, en pensant à la France martyre, qui nous attend et nous regarde. En avant ! Le général commandant le C.E.F.I." Dans le livre remarquable du général Chambe, "L’Épopée française d’Italie, 1944", j'ai relevé ces quelques lignes qui résument parfaitement l'état d'esprit de tous les combattants du C.E.F. :
Le récit qui va suivre, confirmera, s'il en était besoin, ces affirmations. Pour obtenir le maximum d'effet de surprise, les quatre corps d'armée anglais, polonais, français et américain attaqueront à la même heure, de Cassino à la mer Tyrrhénienne. L'infanterie française devra s'élancer dans l'obscurité à 23 heures, au moment précis ou se déchaîneront les canons de la plus formidable concentration d'artillerie jamais déclenchée sur le front européen. Il fait une nuit d'encre. Tous les yeux sont fixés sur les cadrans lumineux des montres de poignet. Le silence est impressionnant. 23 heures Soudain, le tonnerre se déchaîne. Sur toute la ligne de front, du Mont Cairo à la mer Tyrrhénienne, roule le grondement de 2.000 pièces d'artillerie, dont 365 pour le seul C.E.F., plus les pièces de D.C.A. qui illuminent le ciel par toutes les trajectoires d'obus. Cela va durer deux heures sans interruption. Le bruit est assourdissant. Le front de la 10e Armée allemande, aura reçu 284.000 obus !
La 2e D.I.M., située au centre du dispositif du C.E.F., s'est déployée face à ses objectifs. L'honneur d'attaquer les premiers revient au 8e R.T.M., chargé d'enlever le mont Faito, solidement tenu par l'ennemi. Pour y parvenir, il doit préalablement enlever la cote 759 en trente minutes. Il doit emprunter un étroit couloir de 800 mètres de long sur 400 mètres de large, reliant le sommet de l'Ornito sur lequel je me trouve avec la 7e compagnie du 2e bataillon du 5e R.T.M.. Ce premier objectif atteint ouvrira la voie des monts Feuci et Faito, véritable clé de la ligne Gustav dans les monts Aurunci. Le commandant Faucaucourt marche en tête de ses hommes, la 1re compagnie du 1er bataillon. Contrairement à ce que l'on espérait, l'effet de surprise n'a pas lieu, les Allemands sont sur leurs gardes et les blockhaus sont tous occupés. A peine les voltigeurs sont-ils au contact des barbelés que les tirs fusent de tous les côtés. Ils progressent au pas de course et s'aplatissent sous les rafales des balles, des projectiles de mortiers et des explosions de mines, qui font de gros ravages dans leurs rangs et nombre d'entre eux jonche rapidement le sol. Mais aborder un objectif sans préparation d'artillerie relève de l'exploit. Entraînés par leurs chefs, les Marocains se ressaisissent et recherchent le corps à corps. Finalement, c'est en 25 minutes que la cote 759 est atteinte. La compagnie allemande est entièrement anéantie, malgré le courage de ses combattants ; sept survivants restent debout, dont un Alsacien qui témoigne de ses sentiments français en favorisant la suite des opérations et en guidant les tirailleurs à travers les champs de mines pour parvenir au Mont Faito. Ce premier assaut est particulièrement meurtrier pour les tirailleurs. Le commandant Faucaucourt est blessé mais refuse de se faire évacuer. Guidée par le soldat alsacien, la compagnie progresse dans la nuit noire à travers les champs de mines qu'elle parvient à franchir rapidement sous le feu de l'ennemi. Soudain les Allemands contre-attaquent sur la droite. Mais ce n'est pas une surprise, et ils sont immédiatement stoppés par deux sections de tête, qui ont eu le temps de se déployer et attaquent l'ennemi au corps à corps. L'élan des tirailleurs est irrésistible et en vingt minutes de combat tous les Allemands ont été massacrés. Mais sur 38 gradés et hommes de troupe, la section Hassid n'en compte plus que 12. Les pertes sont sévères. Cependant il faut passer. La lune vient de se lever. Elle effleure les crêtes et on y voit mieux. A minuit trente, bousculant tout sur son passage, la compagnie Faucaucourt parvient au sommet du Faito et organise aussitôt sa défense. Les hommes sont épuisés et seuls, car la 2e compagnie n'est pas encore là. Son commandant et tous les officiers ou gradés français ont été tués ou blessés avant d'atteindre la position. Seule la section Porral, glorieux débris de cette compagnie, atteint l'objectif. Plus fortunée, la 3e compagnie parvient sur la droite au sommet du Faito. Le commandant Labadie, du 3e bataillon, accepte d'envoyer une de ses compagnies en renfort. Ce sera un précieux appui pour résister aux contre-attaques. A l heure 30, le commandant Labadie (que j'ai bien connu) arrive à son tour pour prendre la suite des opérations. La voie du Feuci et du Majo est libre, mais à gauche et à droite, les 6e et 4e R.T.M. n'ont pu déboucher de leurs bases. Avant de poursuivre vers le Feuci, prudent, le commandant Labadie, avec une de ses compagnies, décide d'attendre le lever du jour, car la situation est très confuse. Il n'y a plus aucune liaison avec le P.C. du régiment, si ce n'est par coureur. Le jour va bientôt se lever, il est cinq heures. Le commandant Labadie part à la conquête du Feuci. Pendant ce temps, l'artillerie allemande s'acharne sur le Faito, et des tireurs d'élite cherchent à s'en rapprocher, causant quelques pertes parmi les tirailleurs. Ils sont aussitôt repoussés. A 13 heures 30, l'ennemi lance une contre-attaque. Les tirailleurs résistent puis, fidèles à leur tactique, se ruent sur l'adversaire en hurlant, tirant de toutes leurs armes. L'ennemi est à nouveau culbuté et anéanti sur place. Trente cinq prisonniers restent entre les mains de la 1re compagnie. Mais dans l'action, les commandants Faucaucourt et Jeannot sont grièvement blessés. Le sommet du Faito est jonché de cadavres allemands. Dans les rangs du 8e R.T.M., les pertes sont cruelles. Le commandant Delort, le héros de la Mainarde (27 décembre 1943) et du San Pietro (11 janvier 1944) a été mortellement blessé. De nombreux officiers, sous-officiers français et indigènes ont été également tués ou blessés. Tous se sont battus avec un immense courage. Le 8e R.T.M., vient d'écrire une nouvelle page de gloire. Cependant tout n'a pas été aussi bien ailleurs, il s'en faut de beaucoup, car mis à part le succès du Faito, aucun des autres objectifs du C.E.F. n'a été atteint. Si en certains points les défenses allemandes sont entamées, l'avance est insignifiante, aucun des sommets jalonnant la première position à enlever n'a été atteint. Victorieuse sur sa gauche, la 2e D.I.M. est arrêtée sur sa droite. Le 4e R.T.M. avait reçu la mission de s'emparer du Cerasola et du Girofano, redoutables défenses allemandes comprenant de nombreux blockhaus et des casemates bétonnées, l'ensemble armé de mitrailleuses lourdes et de lance-flammes. Elles assurent la couverture du mont Majo. Dès 23 heures, le 2e bataillon passe à l'attaque. Les barbelés franchis, l'assaut est donné. Mais la réaction de l'ennemi est immédiate et brutale. Des tirs croisés de mitrailleuses lourdes, de grenades et de projectiles de mortiers, s'abattent sur les tirailleurs. En moins de dix minutes, les pertes sont nombreuses. Même situation sur le Girofano. La 6e compagnie se heurte aux lance-flammes. Beaucoup de tirailleurs sont tués ou carbonisés. Les survivants refluent en arrière. En force, les Allemands lancent une contre-attaque. Pour échapper à l'encerclement, le colonel Bridot décide de replier son monde sur la base de départ. Le 12 au lever du jour, le 4e R.T.M., très éprouvé, a échoué. Force est de reconnaître que, là aussi, sans aucune préparation d'artillerie, et malgré la détermination et le courage des tirailleurs, ces positions étaient imprenables.
A droite de la 2e D.I.M., c'est le secteur de la 1re D.M.I., (Division Motorisée d'Infanterie) du général Brosset, ancienne 1re D.F.L. (Division Française Libre). A six heures, cette division est toujours bloquée en situation d'attente sur les rives du Garigliano. Cependant, vers dix heures, un groupement mixte chars-infanterie, réussit à s'établir sur les hauteurs, face à San Andréa, non sans quelques pertes. A gauche de la 2e D.I.M., la situation n'est pas meilleure. La 4e D.I.M. (Division Marocaine de Montagne) du général Sevez est bloquée à 800 mètres au sud du Faito, sur un mamelon. Il est évident que tant que l'ennemi tiendra le Feuci et le Majo, tout l'ensemble ne s'effondrera pas. En liaison avec les Américains, à l'extrémité gauche du C.E.F., la 3e D.I.A. (Division Infanterie Algérienne) du général de Montsabert a été engagée face à Castelforte. Petit bourg, mais véritable forteresse enchâssée dans le roc aux parois presque à pic, et d'une importance stratégique. Les maisons ont été transformées en blockhaus. Des souterrains relient les principaux immeubles et à l'extérieur des réseaux denses de barbelés et de mines les protègent. Dès 23 heures, le 4e R.T.T. (Tunisiens) renforcé par des sous-groupements et des chars médiums américains, s'est porté à l'attaque. L'ennemi résiste avec acharnement et inflige de lourdes pertes aux tirailleurs. Deux sections sont rapidement réduites à dix hommes. Après douze heures de combat, la situation devient préoccupante. Harassés, les tirailleurs cèdent du terrain et décident de reculer. Mais les 2e et 3e bataillons qui attaquent Castelforte de front avancent péniblement, appuyés par les chars. Le sous-groupement du commandant Dodelier va jouer un rôle important dans la prise de Castelforte. II comprend des éléments du 7e régiment de chasseurs du colonel Van Ecke, du 4e régiment de spahis marocains, un peloton de scouts-cars de reconnaissance, une compagnie du 4e R.T.T., et un peloton de chars médiums américains. Le commandant Dodelier pousse à fond son sous-groupement qui ne progresse que lentement, enregistrant des pertes sensibles parmi les officiers et les équipages du 4e Spahis qui marchent en tête. Des chars sautent sur des mines, gênant la progression. On se bat depuis six heures et la situation est incertaine. Cependant, vers 17 heures 30, une compagnie a réussi à s'emparer de la cote 163, qui domine Castelforte à l'est. Appuyée par un peloton de chars, la 2e compagnie occupe les premières maisons. C'est un combat de rue meurtrier, on se fusille à bout portant. Plusieurs sections parviennent à pénétrer dans Castelforte. Mais la nuit est venue, et si le bourg n'est pas complètement pris, le 4e R.T. T. s'y établit solidement. Sur l'ensemble de la ligne de front du C.E.F., l'incertitude est grande et les nouvelles qui parviennent au Q.G. du général Juin ne sont pas bonnes. Ce dernier décide de réagir immédiatement en se rendant sur la ligne de front. Fait exceptionnel et particulièrement remarquable pour un général commandant en chef. Par des pistes impossibles, ignorant le danger, il se rend en première ligne, aux P.C. de la 2e D.I.M., puis de la 4e D.I.M., sur l'Ornito (où je me trouve) et au sommet du Faito. A 13 heures, il est au P.C. du général Dody, lequel lui explique la situation. Il sait que Dody c'est le parfait équilibre entre l'audace et la pondération, et il lui fait entièrement confiance. Au terme de ces entretiens, il a pris conscience de la situation, de l'état physique et du moral des troupes. A ce moment, sa responsabilité est lourde de conséquences. Fort de son intuition divinatrice, Juin prend sa décision, qu'il communique d'abord au général Sevez : demain on reprend l'attaque et à fond. A l'aube on remet ça, mais cette fois avec une préparation d'artillerie qui écrasera tout. Et pour conclure : "Puisque tout paraît aller mal, c'est que tout va très bien" ! Puis il dicte ses ordres. Il avise le général Clark de ses intentions, que ce dernier approuve sans réserve.
A 4 heures, trente mètres en avant des lignes d'assaut, l'artillerie déclenche ses tirs. 72 batteries s'acharnent à écraser les défenses ennemies. Face au Cerasola et au Girofano, les tirailleurs se lancent à l'assaut, en hurlant comme ils en ont l'habitude, des "La Allah ihl Alla" qui terrorisent l'ennemi. Le marquis de Belsunce, capitaine de la 2e compagnie du 5e R.T.M., véritable père de famille pour ses hommes, marche en tête de ses tirailleurs comme il en a l'habitude. Ils affirment d'ailleurs : "Le capitaine, lui jamais mourir, lui la barraka". Hélas, alors qu'il indique à ses tirailleurs, du bout de sa badine, le sommet du Girofano, il s'écroule d'une balle en pleine tête. C'est la consternation, mais dans le même temps, sa mort déchaîne une haine furieuse, des subordonnés aux simples soldats. Ivres de vengeance, ils avancent malgré les morts et les blessés, en continuant de hurler et de vociférer. Pas de prisonniers. Ceux qui ne se rendent pas sont abattus. Sur le Cerasola, les voltigeurs du 3e bataillon du 5e R.T.M. progressent en chantant, puis se ruent en hurlant sur les abris bétonnés qu'ils nettoient à la grenade, tuant à bout portant et faisant des prisonniers. Ils ne s'arrêteront plus jusqu'à la fin. A 7 heures 30 ils sont au sommet du Cerasola. Partout, les soldats allemands, isolés ou en groupe, se rendent. C'est terminé. Le Girofano est également enlevé et la route est libre vers le Feuci et le Majo. Les actes de bravoure ont été nombreux. Lorsque le soleil se lève, les pentes du Cerasola sont "nettoyées". Mais c'est un véritable charnier. Les cadavres allemands et marocains, parfois enchevêtrés, jonchent le sol. On s'est battu au corps à corps. A notre compagnie, on demande des volontaires pour relever nos morts. Personnellement je m'y refuse, n'appréciant pas particulièrement ce travail macabre. Je préfère poursuivre le combat. Cependant la bataille est loin d'être terminée. L'artillerie reprend de nouveau ses tirs ciblés sur les défenses du Feuci et du Majo. Une puissante contre-attaque allemande avance vers la face nord du Faito. Cette manœuvre avait été pressentie par les Français ; le service de renseignements ayant obtenu des précisions d'un déserteur sur les intentions allemandes. Les observateurs d'artillerie et d'infanterie sont aux aguets. Dès leur apparition et avant même d'avoir pu se déployer, les fantassins allemands sont pris sous un déluge de feu par les éléments du 8e R.T.M.. Ils sont anéantis sur place. Cependant, cette contre-attaque a retardé celle du Feuci et du Majo, dont l'honneur revient au commandant Pons, du 2e bataillon du 5e R.T.M., qui sera immédiatement suivi du 1er. L'assaut est donné à six heures par les 5e et 6e compagnies, suivies par la 7e du capitaine Guinard dans laquelle je me trouve. A l'aile droite, le 3e bataillon du 6e R.T.M. est également passé à l'attaque. Hurlant leurs cris de guerre les tirailleurs se ruent à l'assaut des défenses ennemies. Le bataillon Renié, du 5e, est pris sous un feu nourri de l'artillerie allemande qui l'oblige à se déployer et à se terrer. Le général Juin, arrivé depuis peu sur le terrain, suit le déroulement de la bataille à la jumelle. Ayant traversé un ravin, les fusiliers voltigeurs sont à mi-pente du Feuci. Sur un terrain particulièrement difficile, en plein soleil, parfois obligés d'escalader des rochers, la ligne progresse partout. A 11 heures 30, la compagnie Sigmann est au sommet du Feuci. Le système de défense allemand, complètement désorganisé, s'effondre. Notre compagnie, chargée de "nettoyer" le terrain, éliminant des tireurs isolés et faisant quelques prisonniers, parachève la conquête. Nous n'avons plus ni eau, ni rations K. Peu de temps après, le 6e R.T.M. s'empare du Ceschito et du Siola, en direction de Castelforte, faisant de nombreux prisonniers. Dans nos rangs, comme hélas dans toutes les autres unités, les pertes sont nombreuses. Je me souviens, entre autres, du lieutenant Bourgeois, venant d'Alger et arrivé à la compagnie depuis peu. Lors du bombardement de l'artillerie allemande, vers la fin de la nuit du 11 mai, il se trouvait avec moi, ainsi que quelques tirailleurs, à l'abri sous un rocher. Inquiet, fébrile, manquant d'expérience, il me dit : "Nous ne sommes pas bien ici, je vais aller en face". Je l'en ai dissuadé. Les obus s'écrasant à nos pieds, sortir de notre abri était tout simplement suicidaire. N'écoutant que lui-même, profitant d'un faux répit, il s'élança au dehors au moment où un obus s'abattait. Fauché par un éclat qui lui arracha le bras, il mourut dès son arrivée au poste de secours. Je suis convaincu qu'il savait qu'il allait mourir, et qu'il n'échapperait pas à son destin. Dans le dispositif ennemi, une brèche importante est ouverte. La ligne Gustav est enfoncée sur un front de 9 kilomètres. Derrière, il ne reste que le Majo, dernier bastion ennemi dans les monts Aurunci, culminant à 940 mètres. Partout on sent que la victoire est proche, car les nouvelles sont enfin bonnes. Un événement imprévu vient de se produire. La section d'écoute du Q.G. de Juin vient de capter un message en clair du général allemand Mackensen, adressé à ses généraux : "Le Feuci étant pris, ordre de retraite générale". II paraît impensable que l'ennemi renseigne ainsi les troupes du C.E.F., mais c’est pourtant le cas. Ce message étant diffusé à tous les échelons, c'est l'enthousiasme général. Tout le 5e R.T.M. est prêt pour l'assaut sur Majo. Auparavant, le commandant Pons va faire reconnaître le terrain par une patrouille commandée par un de mes camarades, l'adjudant Vella. Lui aussi, il a la barraka. Jusqu'au jour où, hélas, elle l'abandonnera à jamais. Vella, adorant ce genre de mission, entraîne ses tirailleurs par gestes, évitant tout bruit, utilisant admirablement le terrain en se coulant dans les failles des rochers. II avance toujours, s'attendant à des rafales de mitrailleuses, mais toujours rien, aucun bruit. Il se décide à se relever et continue d'avancer avec ses hommes qui le suivent, debout. Puis soudain, le voici à la cote 940, il est au sommet du Majo sur lequel il lève sa carabine en signe de victoire. Il est 15 heures. La victoire est totale. L'audacieuse manœuvre du général Juin a réussi. Bien que sceptique au départ, le haut état-major allié va se rendre à l'évidence et rendre hommage au C.E.F. tout entier et à son chef. Grâce à cette manœuvre, tout le front allemand va par la suite céder. |
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