La seconde guerre mondiale
Les articles

 

1917-1939 : la marche à la guerre
D’une guerre à l’autre : 
rappel des événements durant la fin de la première guerre mondiale (1917-1920) 
et condensé de la situation politique et militaire de la France (1930-1939)

Par Charles Chéreau



Pour bien comprendre les origines de la seconde guerre mondiale, il paraît indispensable d'évoquer les événements suivants :

La fin de la guerre 1914 - 1918, et en particulier le traité de Versailles et ses conséquences.

La politique intérieure de la France de 1930 à 1939.

La fin de la guerre 1914-1918

Mai 1917

L'offensive de l'armée française pour la conquête du "chemin des Dames" (Aisne) échoue. Elle est particulièrement meurtrière et sera l'une des causes des mutineries qui éclatent dans l'armée française, et plus précisément dans l'infanterie.

Les soldats sont las de cette guerre meurtrière, des offensives coûteuses et vaines où ils perdent la vie pour parfois quelques centaines de mètres de terrain, qu'une contre-attaque fait souvent reperdre.

Le doute s'installe en eux, notamment envers les états-majors. Certains sont ébranlés par une propagande insidieuse. Des bruits de négociations avec l'ennemi circulent, des nouvelles sont souvent déformées, et ils refusent de "marcher". Cependant, ce mouvement de révolte a touché à peine 1/5 des régiments. Il est aussitôt réprimé. Il y eut au maximum une trentaine de fusillés sur place.

L'état-major réagit ; des mesures habiles prises par le général Pétain, alors commandant en chef des armées. Elles permettent de rétablir le moral des troupes. C'est une réussite et Pétain parvient par un minimum de sanctions, en s'attachant à assurer le bien-être du combattant, à redonner confiance aux "poilus" par une série d'opérations minutieusement montées.

Ainsi il reforge une armée française qui deviendra le magnifique instrument de guerre, grâce auquel le général Foch remportera la victoire en 1918.

L'Allemagne a d’ailleurs subi une crise analogue.

Juin 1917

Le 13 juin, les premiers contingents américains débarquent à Boulogne, commandés par le général Pershing. Ces hommes sont robustes et bien équipés. Ils prendront une part importante dans les combats.

Octobre 1917

En Flandre, les troupes anglaises reprennent leur offensive mais renoncent à atteindre Ostende.

Tandis que l'armée italienne doit se replier pour empêcher l'encerclement, Pétain envoie des renforts : la 10e Armée française. Il concentre les divisions françaises et anglaises et rétablit le front.

C'est le début de la retraite pour les troupes allemandes. Ils évacuent le chemin des Dames.

Novembre 1917

En Russie, la révolution bolchevique éclate. Les soviets et Lénine prennent le pouvoir. Ils annoncent leur intention de conclure immédiatement un armistice avec l'Allemagne et l'Autriche. La suspension d'armes est signée le 15 décembre à Brest-Litovsk.

1918

En mars, le général Foch est nommé commandant en chef des armées alliées.

Du 21 mars au 15 juillet, les Allemands lancent des contre-offensives. Le 29 mai ils entrent à Soissons et le 2 juin ils ne sont plus qu'à 60 kilomètres de Paris.

Clemenceau, chef du gouvernement, garde la tête froide et fait confiance à Foch, qui lance une contre-offensive du 18 juillet au 6 août et contraint les Allemands à repasser la Marne. C'est ce que l'on a appelé alors "la seconde bataille de la Marne", conçue et dirigée par le général Pétain. La victoire qui s'ensuivit a consacré l'échec total de la manœuvre stratégique allemande.

Le 6 août, Foch reçoit des mains du Président de la République Raymond Poincaré le bâton de maréchal de France.

Octobre 1918

Sur tous les points du front occidental, pour l'armée française et ses alliés, c'est la victoire.

Le 4 novembre, les conditions de l'Armistice sont définitivement arrêtées.

Le 8 novembre, le train des plénipotentiaires allemands arrive en forêt de Compiègne, dans une clairière, au carrefour de Rethondes.

Le 11 novembre à cinq heures du matin, l'armistice est signé par le Maréchal Foch, assisté du général Weygand et de deux amiraux pour les Alliés.

Philippe Pétain rédige le dernier communiqué à la presse, en le concluant par "Fermé pour cause de Victoire". C'est le 1.561e jour de la guerre.

Pertes humaines, civiles et militaires

Total général environ 8.700.000 morts
 France (sur 8,5 millions de mobilisés) 1.390.000 morts
740.000 mutilés
Allemagne (sur 13 millions de mobilisés) 1.900.000 morts
Autriche-Hongrie environ 1.000.000 de morts
Russie (sur 15 millions de mobilisés) 1.700.000 morts
États-Unis environ 114.000 morts
Canada  55.000 morts
Grande-Bretagne  764.000 morts

Pour mémoire, pour les événements qui s'ensuivront, il faut retenir que le futur chancelier d'Allemagne Adolf Hitler a servi dans les rangs de l'armée allemande, avec le grade de caporal.

Après tant de souffrances, la défaite militaire allemande provoque de graves désordres à l'intérieur du pays et, le 14 novembre, la révolution éclate partout en Allemagne. La république est proclamée à Munich. L'empereur Guillaume II abdique. Un gouvernement provisoire socialiste est mis en place.

La défaite de l'Allemagne rend à la France l'Alsace et la Lorraine.

1919-1920

Le traité de Versailles

Le Maréchal Hindenburg et ses troupes écrasent à Berlin le soulèvement bolchevique.

Le 7 mai 1919, la délégation allemande arrive au château de Versailles pour prendre connaissance des conditions de paix. Elles sont écrasantes. Les réparations sont évaluées à la somme fabuleuse de douze cent milliards de francs-or. Toutes les contre-propositions sont rejetées par les Alliés.

Le 28 juin, dans la galerie des glaces du château de Versailles, le traité est signé par l'ensemble des puissances alliées, 27 au total, 32 en comptant la Grande-Bretagne parlant au nom du Canada, de l'Afrique du Sud, de la Nouvelle Zélande et de l'Inde.

II entra en vigueur le 10 janvier 1920.

Cependant, la France n'obtint pas entière satisfaction. Le président américain Thomas Woodrow Wilson refusa à Clemenceau l'occupation permanente de la rive gauche du Rhin et l'annexion de la Sarre, menaçant même de conclure une paix séparée avec l'Allemagne. Clemenceau s'inclina. Les grandes lignes de ce traité étaient les suivantes :

Les clauses territoriales :

Elles prévoyaient notamment, pour la France :

La restitution de l'Alsace-Lorraine

Le territoire de la Sarre, avec la propriété de ses mines de charbon.

Ce territoire devant être administré par la S.D.N. pendant 15 ans.

D'autres cessions sont exigées au bénéfice de la Belgique et de la Pologne. L'Allemagne doit également renoncer à toutes ses colonies au profit des puissances alliées, en particulier, la France, le Royaume-Uni et ses dominions, la Belgique et le Japon.

Les clauses militaires :

L'armée allemande serait ramenée à 100.000 hommes, sans armes modernes, ni aviation.

La marine devait être réduite à 15.000 hommes et à quelques navires de surface, les sous-marins étant interdits. Par ailleurs, l'Elbe, l'Oder, le Niémen, le Danube et le canal de Kiel étaient internationalisés.

Les clauses financières stipulaient le versement par l'Allemagne, au titre des dommages de guerre et des pensions, d'une somme de 20 milliards de mark or (l'équivalent de 1.200 milliards de francs or).

Les garanties politiques et morales : Guillaume II et ses sujets, coupables de crimes de guerre, étaient mis en accusation devant un tribunal spécial international. Mais l'empereur se réfugia aux Pays-Bas, à Doorn, et le gouvernement néerlandais refusa de l'extrader. Il mourut en 1941.

Les garanties militaires était complétées par des garanties politiques, l'Allemagne s'engageant à ne jamais réaliser l’Anschluss, et par des garanties morales, l'Allemagne devant reconnaître sa responsabilité dans les dommages de guerre causés aux Alliés et à leurs associés.

Par ses dispositions très rigoureuses, le traité de Versailles ne fut jamais réellement approuvé par l'Allemagne, qui le considéra, jusqu'en 1939 comme un Diktat. Elle refusa également le tracé de ses frontières orientales, ainsi que la création du couloir de Dantzig. Les citoyens allemands refusaient de se reconnaître collectivement coupables et considéraient que les dispositions de ce traité et notamment la somme faramineuse exigée au titre des dommages de guerre les maintenait dans la misère.

C'est une Allemagne vaincue, désarmée, et affamée. Ce fût une grande erreur, qui contribua indiscutablement au réveil du nationalisme allemand, que le chancelier Hitler sût exploiter.

Au stade final de l'inflation, 43.000.000.000 de marks s'échangeaient contre une livre !

Quant à la France, par l’effort qu'elle avait soutenu et par les pertes qu'elle avait subies, elle occupait de droit la première place. Cinq fois en cent ans, en 1814, 1815, 1870, 1914, et 1918, les tours de Notre-Dame avaient vu briller l’éclair des canons prussiens, et entendu gronder leur tonnerre.

C'était sûrement cette fois la paix et la sécurité et un grand cri passionné s'élevait du peuple Français: "Plus jamais ça".


La politique intérieure de la France de 1930 à 1934 les années difficiles

1930

Après avoir frappé l'Amérique, le chômage sévit en Europe et n'épargne pas la France.

La Chambre des députés vote les crédits nécessaires pour la construction de la "ligne Maginot".

La gauche est au pouvoir et les gouvernements se succèdent. Doumergue est président de la République.

Arrivent au gouvernement des ministres dont on reparlera pendant plusieurs années : Paul Reynaud, Pierre Laval, P.E. Flandin.

Quatre Ministères en un an.

Le 30 juin , les troupes françaises évacuent la Rhénanie, cinq ans avant le délai fixé par le traité de Versailles !

Fin décembre, évacuation de la Sarre.

1931

Mort du maréchal Joffre, le 3 Janvier.

Exposition coloniale.

Le 27 janvier, Pierre Laval est nommé président du Conseil. Plusieurs fois ministre, c'est un homme encore jeune, il a quarante huit ans. Auvergnat robuste, bon avocat, ardent au travail. Il a longtemps milité dans les rangs de la gauche et même de l'extrême gauche, un tantinet anarchiste au début de sa carrière. Cependant, il s'est rapidement rapproché des modérés.

9 mars, la Légion étrangère a cent ans.

10 mars, contrairement aux stipulations du traité de Versailles, l'Allemagne annonce qu'elle va signer un accord douanier avec l'Autriche. Le président Doumergue condamne cet accord en précisant que la France doit se tenir sur ses gardes.

Le chancelier allemand Brüning annonce que son pays n'est plus en mesure de payer les annuités de réparations de guerre.

La crise économique s'abat sur toute l'Europe, seule la France semble encore épargnée. Elle touche également les États-Unis et le monde entier.

Le septennat de Doumergue s'achève.

Paul Doumer devient le nouveau président de la République. Auvergnat, né à Aurillac en 1857, professeur et publiciste, c'est un radical. A noter que, ministre des finances de 1895 à 1896, il présenta le premier projet d'impôt sur le revenu. Il sera assassiné le 6 mai 1932, par Gorguloff, lequel sera condamné à mort et guillotiné.

1932

En janvier, mort d' André Maginot, ministre de la Guerre, C'est lui qui fit voter la loi du 4 janvier 1930 sur les fortifications de l'Est, qui ont porté son nom depuis.

Le 12 février, la chambre des députés vote une loi instituant le droit de vote pour les femmes. Cette loi ne sera pas adoptée par le Sénat. Le 16 février, Pierre Laval démissionne.

Painlevé devient le nouveau président du Conseil. Mathématicien, il fut plusieurs fois Président du Conseil. Ministre de la guerre en 1917, c'est lui qui nomma Pétain commandant en chef, et Foch chef d'état-major général. En 1924, il fut un des fondateurs du Cartel des gauches (groupement politique). Il prit également les premières décisions concernant la construction de la ligne Maginot.

En février, Painlevé est remplacé par André Tardieu. Chef politique du Centre. Il conserve la plupart des ministres du cabinet précédent, dont Laval, Reynaud, Piétri.

7 mars, mort d’Aristide Briand.

6 mai, assassinat de Paul Doumer.

8 mai, le gouvernement Tardieu est renversé. La gauche devient majoritaire.

En Grande-Bretagne, le gouvernement MacDonald-Baldwin crut devoir appliquer de sévères réduction à des armements déjà modestes et restait obstinément aveugle et sourd devant les symptômes inquiétants qui se manifestaient en Europe. En France, bien que la politique soit continuellement changeante, les Français se cramponnaient à leur armée. Cette attitude leur valut les remontrances de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Cependant, en mai 1932, Winston Churchill se prononça contre. Au cours d'un discours à la chambre des Communes, il annonçait avec solennité, pour la première fois, la guerre qui venait : "Je regretterais vivement de voir se produire une égalité approximative entre les forces militaires de la France et de l'Allemagne. Je voudrais dire à ceux qui souhaitent une parité d'armement entre les deux pays : souhaitez-vous la guerre ?" Winston Churchill fut un des grands visionnaires de cette époque.

Le 10 mai, Albert Lebrun, président du Sénat, est élu président de la République. C'est un ancien ingénieur des Mines, Député, et démocrate de gauche. Polytechnicien honnête et scrupuleux, il fut un médiocre président. Sous son septennat, les institutions de la IIIe République ne vont cesser de se détériorer. De 1932 à 1940, seize crises ministérielles. Cependant, à l'expiration de son septennat, il n'en sera pas moins réélu.

Le 3 juin, Édouard Herriot cherche à former un cabinet de concentration républicaine ; il échoue et doit se rejeter vers la gauche (radicaux-socialistes). Le Sénat est de même tendance.

En France, la situation économique s'aggrave et le chômage augmente. Le nombre de chômeurs passe de 247.000 à 287.000 en trois mois. Mais pour relativiser les choses, il y a lieu de noter qu'en Allemagne il y en a 6 millions et aux États-Unis 14 millions.

Le 14 septembre, Gorguloff condamné à mort est guillotiné.

Le 14 décembre, le gouvernement Herriot est renversé. Ce sera le onzième en quatre ans, ce qui prouve la décadence des institutions de la IIIe République.

Paul Boncourt lui succède. Son gouvernement ne durera que trente huit jours. En 1931, il fonda " 'Union Socialiste Républicaine". A Vichy, en juillet 1940, il refusa les pouvoirs constitutionnels au maréchal Pétain. Il signa la Charte des Nations-Unies en 1946.

1933 -1934

Le 31 janvier, Édouard Daladier forme son premier ministère. C'est un ancien élève d'Édouard Herriot. Agrégé d'histoire et député radical-socialiste. Il est un ardent promoteur du "Front Populaire". Après la défaite de 1940, il sera arrêté sur ordre du gouvernement de Vichy, emprisonné puis déporté en Allemagne de 1943 à 1945. Au lendemain de la guerre, il sera constamment réélu député, de 1946 à 1958.

Le nombre des chômeurs est d'environ 800.000.

Le 31 mai 1933 , institution de la Loterie nationale.

Le 24 octobre, le gouvernement Daladier est renversé.

Albert Sarraut met sur pied un nouveau gouvernement où l'on retrouve la plupart des ministres précédents.

Le 5 novembre, Marcel Déat fonde le "Parti Socialiste de France". Il fonda également le parti collaborateur du R.N.P. (Rassemblement National Populaire). Condamné à mort par contumace, il disparut à la Libération et se réfugia en Italie.

Le 12 novembre, Adolf Hitler est plébiscité et obtient 95 % des voix. Les nazis détiennent le pouvoir depuis le début de janvier 1933.


L'Allemagne sombre dans le nazisme

Mais qui est Adolf Hitler ? Né en 1889 à Braunau en Haute Autriche, fils d'un douanier autrichien, il est orphelin de bonne heure. En 1905, il se rend à Vienne pour y faire des études artistiques et connaît la misère. Il est fortement marqué par l'administration municipale qui pratique l'antisémitisme et où la condition ouvrière est déplorable. En 1912, il s'installe à Munich et devient peintre. Le chômage fréquent lui permet de nombreuses lectures (Georges Sorel , Nietzsche). En 1914, il s'engage dans l'armée bavaroise. Nommé caporal, blessé et gazé, il est décoré de la Croix de Fer et conserve un souvenir exaltant du front. Il entre alors en conflit avec les conseils de soldats de Munich et, après leur chute, devient dans la nouvelle Reichswehr officier de propagande (août 1919 - avril 1920) chargé de lutter contre le bolchevisme et de répandre l'idéal nationaliste. Au sein du parti ouvrier allemand d'extrême droite, il entre au comité directeur et écrit dans l'hebdomadaire du parti le Volkischer Beobacher.

Comme l'écrit Winston Churchill dans le premier tome de la "Deuxième Guerre Mondiale" : "Dans cet abîme s'avança à grandes enjambées, un fou au génie féroce, dépositaire et incarnation des haines les plus virulentes qui jamais dévorèrent le cœur humain : le caporal Hitler".

En 1921, il en élimine son chef, Dexler, rebaptise le parti en "Parti ouvrier allemand national-socialiste" et en devient le président. Plus nationaliste que socialiste, il lie d'utiles relations avec la Reischswher et les syndicats patronaux. L'importance de sa formation paramilitaire, les S.A., lui vaut la direction de la Ligue des associations de combat, la "Kampfbund" qui se forme en 1923 et tente alors un coup de force qui échoue. Il est blessé lors de la manifestation et condamné en janvier 1924, à cinq ans de forteresse. En réalité, il ne fera qu'un an.

Il profite de sa détention, pour dicter à Rudolf Hess les éléments de ce qui sera "Mein Kampf". L'état de siège levé, en février 1925, Hitler se heurte dans son parti aux frères Gregor et Otto Strasser qui refusent de rentrer dans la légalité. Il nomme alors lui-même les chefs de pays (Gauleiter). Les S.A., dont Hitler se méfie, sont doublés par les S.S. Mais la période 1924-1929, marquée par la prospérité industrielle, n'est pas favorable aux extrémistes. C'est la crise économique de 1929 qui ramène l'hitlérisme au pouvoir En 1928, le parti nazi a 12 députés ; en 1930, il en obtient 107. Le maréchal Hindenburg devient le chef de l'État. Il se laisse convaincre par von Papen, chancelier du Reich en 1932, et par les milieux de la grande industrie, d'appeler Hitler au pouvoir. Le chancelier Henrich Brüning (1930-1932), lui propose sa place s'il accepte pour deux ans, la prorogation du mandat du président Hindenburg. Hitler refuse et se présente à l'élection présidentielle ; il est battu mais il recueille 13.400.000 voix. Brüning est alors contraint par les conservateurs de démissionner.

Von Papen devient le nouveau chancelier. Il représente la droite et croit utiliser les nazis. Il accorde à Hitler la dissolution du parlement et l'autorisation des S.A. et des S.S.. Hitler, avec 230 députes élus en juillet 1932, réclame le pouvoir. Mais von Papen dissout le parlement une nouvelle fois, et la consultation de novembre ne ramène que 196 députés nazis.

En décembre, la chancellerie passe au général Schleicher, décidé à lutter contre Hitler. Mais les gros industriels soutiennent les nazis et Schleicher est rapidement évincé par les intrigues de von Papen.

Le 30 janvier 1933, Hitler devint chancelier du Reich. Il commence par dissoudre le parlement. Avec l'aide financière des magnats de la Ruhr, les violences des S.A. et l'incendie du Reichstag (attribué faussement aux communistes), il obtient 44 % des voix lors des élections du 5 mars 1933. Les communistes sont mis hors la loi et Hitler obtient les pleins pouvoirs pour 4 ans. Il réorganise l'Allemagne et consolide sa domination. Il ambitionne d'annexer l'Autriche Il y parviendra un peu plus tard.

Les S.A. ou Milices brunes (pour leurs chemises) implantées en Bavière, comptaient 6.000 hommes, organisées en 1931 dans tout le Reich par le capitaine Röhm qui, jusqu'à 1934, contrôlait aussi les milices noires, les redoutables S. S. ainsi que les groupes motorisés du parti. Les S.A. jouèrent un rôle essentiel dans la conquête du pouvoir par Hitler.

Mais les S.A. entendent monopoliser les bénéfices du pouvoir. Hitler décide alors de s'en débarrasser. Dans la nuit du 30 juin 1934, la "Nuit des longs couteaux", il fait massacrer Röhm, les chefs de la S.A. et des adversaires politiques tels que Gregor Strasser, Schleicher, von Kahr et les secrétaires de von Papen. Hindenburg , qui a félicité Hitler de cette purge, meurt le 2 août 1934.

Hitler cumule alors, la présidence du Reich et la Chancellerie et prend le titre de "Reichsführer", ratifié à 88 % par un plébiscite en août 1934. Il détient alors tous les pouvoirs. Sa réussite s'explique par son énergie, sa force de dissimulation, son instinct, la ruse et la violence. Il développe des idées-forces simplistes, en particulier la supériorité de la race allemande et la domination à laquelle ils ont vocation. Sa doctrine du national-socialisme se traduit par son immense orgueil et son ambition frénétique.

Dès l'arrivée au pouvoir du régime nazi, il met en place une police d'État, la redoutable Gestapo et ouvre des camps de concentration. Il persécute les antinazis, les juifs qu'il voudra exterminer, et même les Églises. Il est le maître absolu de l'Allemagne.


Retour en France : 1933 - 1939

Abandonnons Hitler et revenons en France.

En novembre 1933, le cabinet Sarraut est renversé. Comme toujours, "la France est politiquement à gauche et financièrement à droite". Le parti radical entraîne le pays vers la débâcle financière. Le mécontentement grandit dans l'opinion publique et parmi les anciens combattants, groupés autour du mouvement des Croix de Feu dont le chef est le colonel de La Rocque, brillant officier qui a quitté l'armée en 1929.

Le chômage s'étend et le malaise s'aggrave. Camille Chautemps forme le nouveau cabinet.

En décembre, un scandale politico-financier éclate, c'est "l'affaire Stavisky". Cet homme d'affaires français d'origine russe avait émis sur le Crédit municipal de Bayonne, qu'il avait fondé, des bons de caisse pour un montant de 500 millions, qui se révélèrent gagés sur des bijoux volés ou faux. Ces bons ne furent pas remboursés.

On laisse entendre que plusieurs hommes politiques seraient compromis, dont le ministre des colonies, Dalimier, beau-frère de Chautemps, président du Conseil, le procureur général Pressard et bien d'autres. Le procès, dix-neuf fois inscrit au rôle a été dix-neuf fois remis et Chautemps s'oppose à la nomination d'une commission d'enquête.

L'affaire sera-t-elle étouffée ? Atteint d'une balle de revolver, Stavisky est retrouvé mourant dans un chalet de Chamonix. Suicide ou assassinat ? L'affaire provoqua une vive agitation dans le monde politique et contribua à la chute du cabinet Chautemps. Elle entraîna également la mort (suicide ou crime) du conseiller à la cour d' Appel Prince et occupa la première place de tous les journaux. Des manifestations et des bagarres éclatent à Paris. Chocs acharnés. 400 arrestations.

1934

Mécontentement général dans la population française. Les syndicats ont pris une place prépondérante, depuis que le droit syndical a été reconnu aux fonctionnaires ceux-ci en usent habilement, et parviennent face à leur masse, à influencer les décisions du gouvernement.

Les diverses ligues de l'extrême gauche à l'extrême droite s'agitent et manifestent; cela va aboutir à des émeutes sanglantes dans Paris.

Le 6 février, les manifestations tournent à l'émeute. Les heurts les plus violents se produisent des Champs-Élysées à la Concorde. II y a 7 morts et une quarantaine de blessés.

Le 7, l'émeute se poursuit : 20 morts et plus de 1.500 blessés.

C'est une véritable insurrection. Le 6 février a été une révolte contre le Parlement et un attentat contre le régime. Les titres des journaux sont éloquents :

Le Petit Journal : "Paris couvert de sang" - "Du sang a coulé"

Le Figaro : "Du sang de Français répandu par des Français" - "Paris a connu des heures révolutionnaires" - "Atmosphère de guerre civile"

L'Intransigeant : "On a fait s'entretuer des hommes qui, hier, se battaient côte à côte"

Quelques semaines avant de mourir, Léon Blum rappellera que "l'attaque par la rive gauche s'arrêta d'elle même, à quelques mètres du Palais Bourbon, devant un faible rideau de police. Pourquoi ? Comment ? C'est ce qui, à ma connaissance, n'a jamais été complètement éclairci".

La Rocque expliquera, par la suite, qu'il avait "repoussé l'idée d'entrer au Palais-Bourbon au prix d'existences humaines et aux dépens de l'intérêt général. Si nous avions voulu, nous aurions occupé la Chambre".

La république a tremblé sur ses fondations.

Commencé très probablement bien avant 1934, il semblerait que son germe se trouve dans des décisions prises à Moscou par la énième Internationale. En fait, le Front Populaire est né bien avant qu'il n'apparaisse. Il s'achève en 1939, avec la guerre.

Le Cabinet Chautemps renversé, Gaston Doumergue, avocat protestant, forme un nouveau cabinet d'union nationale avec Tardieu, Herriot, etc. Le maréchal Pétain reçoit le portefeuille de la Guerre.

Le 9 octobre, le roi de Yougoslavie Alexandre Ier, en visite officielle en France, débarque à Marseille où il est accueilli par le ministre des Affaires Étrangères, Louis Barthou. Il est abattu par Pétrus Kalamen, croate membre d'une organisation des Oustachis. Le ministre est blessé. Le 3 novembre, démission du cabinet Doumergue.

Le 8 novembre, formation du Cabinet P.E. Flandin. On retrouve d'anciens ministres, dont Pierre Laval, qui conserve les Affaires Étrangères. Georges Mandel devient ministre des Postes, qu'il va rénover et améliorer. La crise économique est loin d'être surmontée et le chômage augmente de 15.000 par mois.

1935

15 Janvier, le général Gamelin est nommé chef d'état-major de l'armée.

En novembre, Raymond Poincaré meurt. En 1914, il s'est consacré entièrement à la lutte contre l'Allemagne. En novembre 1917, il avait confié la direction du gouvernement à Clemenceau, qu'il estimait seul capable de terminer victorieusement la guerre. II restaura la confiance ce qui permit la stabilisation du franc, les capitaux étrangers revinrent, l'encaisse or de la banque de France se reconstitua. Ce fut un grand homme d'État.

Pierre Laval signe avec Mussolini (élu député en 1921, il devient le Duce chef du parti fasciste) des accords franco-italiens tendant à garantir l'indépendance de l'Autriche. Laval abandonne au Duce 104.000 km2 aux confins de la Libye et de l'Afrique équatoriale, en échange d'une réduction de légers privilèges en Tunisie. Mais le Duce à l'ambition de conquérir l'Éthiopie.

13 janvier , le plébiscite organisé en Sarre, selon les conventions du traité de Versailles, donne une majorité écrasante de 93 % en faveur de l'Allemagne.

Le service militaire passe de dix huit mois à deux ans.

Paul Reynaud est acquis aux idées du colonel de Gaulle sur la constitution d'unités de chars de combat. Le ministre de la Guerre lui réplique que la doctrine de l'état-major étant la défensive derrière l'imprenable ligne Maginot, de telles unités sont inutiles !

16 mars, au mépris du traité de Versailles, Hitler rétablit le service militaire obligatoire en Allemagne. Par un geste purement symbolique, la S.D.N. condamne cette dénonciation des clauses du traité de Versailles.

2 mai, Laval signe un pacte avec l'U.R.S.S., mais il supprime la clause essentielle d'assistance mutuelle entre les deux pays en cas d'agression. Ce pacte n'aura aucune portée. Le 14 mai, il a des entretiens avec Staline pour renforcer la coopération entre les deux pays, car ce dernier, redoute de plus en plus le nazisme.

Le front commun de la gauche remporte d'importants succès aux élections municipales.

Après la signature des accords franco-soviétiques, les communistes français veulent maintenant une armée forte et abandonne leur antimilitarisme traditionnel.

Le 31 mai, le gouvernement Flandin est renversé. Pierre Laval forme un nouveau gouvernement de centre gauche. Par ses initiatives malheureuses, il amènera le triomphe du Front Populaire.

Le 3 juin, le paquebot Normandie conquiert le ruban bleu, en battant le record de traversée de l'Atlantique.

Le 18 juin, l'Allemagne et la Grande-Bretagne signent un accord naval. La France et l'Italie refusent de s'associer à cet accord.

Le 14 juillet, les radicaux que la nouvelle politique attire, se rallient en masse au Front Populaire. 500.000 personnes défilent et acclament Léon Blum, Thorez et Daladier, en réclamant "Travail , Paix , Liberté". Laval gouverne par décrets-lois.

Le 3 octobre, les troupes italiennes commencent à envahir l'Éthiopie. Le roi des rois d'Éthiopie Hailé Sélassié Ier se défendra courageusement. Laval applique fort mal les sanctions économiques décidées par la S.D.N..

Début mai 1936, l'Éthiopie est entièrement occupée.

1936

Au mois de mars, les premières stations radar (Radio Detecting And Ranging - détection et évaluation de la distance par radio), furent construites et équipées sur la côte sud de l'Angleterre. A la fin de l'année elles devinrent opérationnelles et capables de repérer à plus de 50 kilomètres de distance et à 3.000 mètres environ d'altitude des avions ennemis.

Le gouvernement de Pierre Laval démissionne. Il est remplacé par le gouvernement d'Albert Sarraut. C'est un ministère de transition.

Après un attentat commis contre Léon Blum, le gouvernement dissout la Ligue d'Action française, et les Camelots du Roi.

Le 7 mars, Hitler dénonce le pacte de Locarno, donne à ses troupes l'ordre de réoccuper la zone rhénane et propose la création d'une zone démilitarisée entre la Belgique, la France et l'Allemagne.

Le gouvernement faible et apathique de Sarraut se contente d'une simple manifestation verbale. Les Anglais n'hésitèrent pas à lui déconseiller toute action, alors que dans le cas contraire, Hitler aurait cédé, car son armée était bien loin d'être forte.

La S.D.N. se contente d'une condamnation morale de l'Allemagne. Hitler a gagné son premier combat.

Le 7 avril, ouverture de la campagne électorale. C'est le plus fort pourcentage de votants depuis 1914 : 85 %. C'est la victoire incontestable du Front Populaire. Il prend donc le pouvoir.

Le Front Populaire

Union des Communistes, Socialistes et Radicaux

Voici ce qu'en pensaient certains hommes politiques et le général de Gaulle (citations relevées dans l'ouvrage "Histoire vivante du Front Populaire" de Jean Grandmougin) :

Paul Reynaud : "Le Front Populaire est, en France, le drame d'entre les deux guerres"

Lucien Lamoureux : "Le Front Populaire fut la réponse aux émeutes du 06 février"

Jean Coutrot : "Plus tard, les journées de juin 1936 seront connues des petits-enfants comme des jours historiques"

Jacques Doriot : "Lorsque nos petits-enfants étudieront cette période du déclin de la France, ils seront frappés de l'incohérence de notre politique"

Charles de Gaulle : "Hélas, moi j'ai connu le Front Populaire. Il m'a fallu bien déchanter et finalement le régime du Front Populaire, la majorité du Front populaire, le gouvernement du Front Populaire, cela a fini par le désastre de Sedan, l'abdication de la République et la capitulation devant l'ennemi".

A elles seules, ces citations illustrent parfaitement et rigoureusement ce que fut le Front Populaire, avec sa politique, et ses conséquences directes sur le désastre que connut notre pays en 1940.

Le 4 juin, le gouvernement de Léon Blum est formé.

Léon Blum est le chef incontesté du parti socialiste. Il est âgé de 64 ans. Il appartient à une vieille famille de la bourgeoisie parisienne israélite. Il a préféré les carrières juridiques à l'enseignement ; c'est un ancien élève de l'École Normale Supérieure. Tout en satisfaisant intégralement les revendications du Front Populaire, il refuse d'aller trop loin. Mais le peuple, vainqueur, va sans attendre lui forcer la main. Impatients d'obtenir les avantages promis, les syndicats vont déclencher une série de grèves avec occupation d'usines. La grève devient générale. Léon Blum demande aux ouvriers de reprendre le travail ; il n'est pas écouté. Un appel de Léon Jouhaux, secrétaire général de la C.G.T., n'a pas plus de succès.

Léon Blum décide alors d'accorder aux ouvriers certaines de leurs revendications :

La semaine de 40 heures

Les congés payés

Les conventions collectives

La reconnaissance du droit syndical

Une augmentation des salaires de 7 % à 15 %.

Le 18 juin, la Chambre et le Sénat votent les lois concernant ces revendications.

A la radio, Léon Jouhaux clame le succès et annonce une ère nouvelle pour la classe ouvrière. C'est la fin de la grève.

Le 20 juin le gouvernement, par décret, dissout l'Association des Croix de Feu, le Parti National Populaire "Le Francisme". Le colonel de La Rocque transforme ses Croix de Feu en un parti politique le P.S.F. (Parti Social Français). Doriot crée le P.P.F. (Parti Populaire Français). Cet ancien communiste ne cache pas son admiration pour les doctrines nazies.

Le 16 juillet, début de la guerre civile en Espagne.

Le général Franco lève l'étendard de la révolte. L'armée et la troupe le suivent. C'est le début d'une cruelle guerre civile qui durera trente deux mois et dans laquelle s'affronteront l'armée franquiste et l'armée républicaine, constituée en grande partie par les milices ouvrières du Front Populaire. De l'étranger les deux camps reçoivent des appuis clandestins. Anglais, Français et Soviétiques pour les républicains, Italiens et Allemands pour Franco. Ce fut un terrain d'entraînement pour l'aviation allemande.

C'est en 1937, que l'aide étrangère s'intensifie dans les deux camps. L'aide italienne atteint cinq divisions de "chemises noires". L'intervention allemande se traduit par de fructueuses expériences sur les nouveaux matériels (chars) et par l'envoi des bombardiers de la Légion "Condor". Ceux-ci se signalent par la destruction de la ville de Guernica, dont le retentissement sera profond sur l'opinion internationale. Les gouvernementaux sont renforcés par les Brigades communistes internationales, avec l'appui de cadres et de matériels soviétiques. Chaque parti engagera près de 800.000 hommes. Cette guerre se terminera par la victoire de Franco. Menée avec acharnement par les deux camps, elle aura coûté au pays plus d'un million de morts. Le général Franco règnera en dictateur jusqu'à sa mort.

Léon Blum est obligé de dévaluer le franc d'environ 25 %.

Suite à l'attaque de la presse d'extrême droite sur le ministre de l'intérieur Roger Salengro, l'accusant de désertion en 1915, ce dernier se suicide. Un mois plus tard, la chambre vote une loi permettant d'empêcher la presse de calomnier impunément.

1937

En février, Daladier fait voter un plan d'équipement permettant d'augmenter notre armement, surtout en matière d'aviation où nous avions un retard considérable.

L'état-major, fidèle à la tactique de la guerre précédente, continue à refuser les divisions motorisées que le colonel de Gaulle est pourtant venu préconiser auprès de Blum et Daladier.

16 mars, de violentes bagarres éclatent entre les adhérents du P.S.F. et les communistes. Bilan : 7 morts et 304 blessés.

Le roi des Belges, Léopold III, déclare que son pays pratiquera une stricte neutralité.

Le 22 juin, chute du ministère Blum. Le 28 juin, formation du cabinet Chautemps. La situation financière de la France est catastrophique, et le pays est entièrement paralysé par de nouvelles grèves.

1938

13 janvier, Chautemps démissionne. Le 19, il reforme un nouveau cabinet. La situation financière continue de se dégrader et les réserves d'or s'amenuisent.

17 février, Hitler lance un ultimatum à l'Autriche.

13 mars, proclamation de l'Anschluss, Hitler annonce que les troupes allemandes sont entrées en Autriche. L'Europe et l'U.R.S.S. ne bougent pas. La France est de nouveau sans gouvernement.

13 mars, Léon Blum, forme un nouveau cabinet.

Devant le péril d'une guerre imminente, la France se refuse à augmenter sa production d'armement.

10 avril, démission du cabinet Blum. C'est la fin du Front Populaire.

12 avril, Daladier forme un nouveau gouvernement, excluant les socialistes, les communistes ayant voté "la confiance" pour protéger le pays contre le fascisme international.

Le 17 mai, premiers mouvements de troupes allemandes en direction de la frontière tchèque.

Le 20 mai, mobilisation partielle de l'armée tchèque.

Hitler, ayant acquis la conviction que ni la France, ni la Grande-Bretagne, ne se battraient pour la Tchécoslovaquie, donna l'ordre le 28 mai à ses principaux conseillers de préparer l'attaque. D'entrée de jeu, il annonce : "La Tchécoslovaquie sera effacée de la carte". Il le confirma dans un discours prononcé au Reichstag, le 30 janvier 1939.

Daladier déclare que la France respectera ses engagements d'assistance militaire à la Tchécoslovaquie, bien qu'elle soit peu favorable à sa cause. Néanmoins, pour répondre aux menaces de l'Allemagne, 100.000 hommes de réserve, dont des spécialistes de la Ligne Maginot, sont rappelés. Chamberlain pour l'Angleterre, fait la même déclaration d'assurer l'indépendance de la Tchécoslovaquie.

Pour permettre de rattraper le retard en matière d'armement, et surtout d'aviation, Daladier déclare qu'il faut renoncer à la semaine de quarante heures, malgré l'opposition des socialistes.

Le 6 septembre, au congrès national-socialiste de Nuremberg, devant 140.000 délégués du parti nazi, Hitler affirme qu'il ne reculera pas devant la Tchécoslovaquie, la France et l'Angleterre.

Roosevelt déclare que les États-Unis n'interviendront pas en cas de conflit.

Devant le péril allemand qui s'affirme, la France resserre son alliance avec la Grande-Bretagne.

Pour tenter de sauver la paix, Chamberlain rencontre Hitler à Berchtesgaden. Hitler exige la cession immédiate au Reich des territoires comptant plus de 50 % d'Allemands.

Le 22 septembre, Hitler, prétextant des troubles imaginaires, exige l'entrée des troupes allemandes en Tchécoslovaquie et la cession des territoires le 28. Refus de Chamberlain qui obtient que la date soit reportée au 1er octobre.

Le 23 septembre mobilisation générale en Tchécoslovaquie.

Le 24 septembre, la France mobilise 1.100.000 hommes. La guerre paraît cette fois inévitable. Conférence militaire Franco-Britannique à Londres.

Le 28 septembre, sur l'initiative de Mussolini, il est décidé qu'une conférence réunira à Munich le lendemain Mussolini, Hitler, Chamberlain, Daladier. La conférence est houleuse. Commencée le 29 à 12 heures 45, elle se termine le 30 à 1 heure 30 du matin. Pratiquement, la France et l'Angleterre ont cédé à Hitler.

Le 30 septembre, signature des accords de Munich, qui consacrent le démembrement de la Tchécoslovaquie.

La nouvelle se répand dans le monde entier et, partout, on pousse un immense soupir de soulagement. En apprenant que la paix est sauvée, la France explose de joie, et Daladier est acclamé à son retour à Paris.

Retour triomphal de Chamberlain : "La paix dans l'honneur".

A Prague, le Président Edouard Benès est consterné, c'est le désespoir.

En France, le 5 octobre, la Chambre ratifie les accords de Munich.

Le gouvernement s'engage à assainir les finances et porte la durée du travail hebdomadaire à 48 heures. Les syndicats décident une grève générale; le gouvernement tient bon, c'est un échec des syndicats.

Dans le même temps, en Italie, Mussolini revendique Nice, la Tunisie, la Corse et la Savoie.

Il dénonce les accords signés avec Laval concernant la statut des Italiens en Tunisie ; sans conséquence, ces accords n'ayant jamais été appliqués.

En novembre, en Allemagne, violentes manifestations contre les Juifs. On pille leurs magasins, on incendie leurs synagogues.

1939

En Espagne, après la défaite des troupes républicaines, la France reconnaît officiellement, le 27 février le gouvernement du général Franco et nomme le maréchal Pétain ambassadeur à Madrid.

Le 15 mars, les troupes allemandes entrent à Prague au milieu d'une foule consternée.

La Bohême et la Moravie, deviennent un protectorat allemand, la Slovaquie, un pays satellite de l'Allemagne. Dès lors, la Tchécoslovaquie a cessé d'exister.

A noter que la responsabilité de cette évolution de la politique française, de cette dérobade devant les conséquences possibles des engagements pris, incombent certes d'abord au gouvernement. II ne faut cependant pas minimiser le rôle joué par une opinion publique qui, en France comme en Angleterre, a poussé jusqu'à la lâcheté collective la peur de la guerre. Cependant, on peut admettre qu'en période d'extrême tension, une opinion publique est influençable et peut en outre être abusée. Flandin proclamait d'ailleurs dans une affiche, "Peuple Français, on te trompe", et il dénonçait avec une vertueuse indignation, "le mécanisme savant monté par des forces occultes pour rendre la guerre inévitable".

Constat de la pression des principaux journaux et quotidiens, pour le parti de la paix à tout prix et non de la guerre.

Les pacifistes, ou plus exactement les défaitistes, ont joué leur jeu à fond.

Certes, ils étaient d'origines très différentes et obéissaient à des préoccupations contradictoires. Authentiques idéalistes, anciens combattants, gardant la hantise de Verdun, journalistes sans scrupules, fascistes désireux de voir la France s'aligner sur l'Allemagne de Hitler ou l'Italie de Mussolini.

En sous-main, ces "bonnes volontés" éparses, avaient vite trouvé à s'employer grâce à un appui extérieur considérable dont elles bénéficiaient parfois à leur insu. Celui des agents de l'Allemagne en France, et qu'on appelle "la 5e colonne". Leur influence sur l'opinion publique française de 1938, s'est exercée dans tous les domaines : presse, politique, mais aussi les arts et les lettres et, dans tous les milieux, de la haute banque au prolétariat, ainsi que dans les cercles gouvernementaux. Leur action a revêtu les formes les plus diverses, et au grand jour :

Création du Comité France-Allemagne

Le Grand Pavois, dans un immeuble des Champs-Élysées, réunissant les admirateurs d'Hitler.

Certains, dans les milieux politiques, fréquentant l'Ambassade d'Allemagne.

Un Centre de propagande Hitlérienne chargé notamment de corrompre certains journalistes, etc.

Devant cette triste énumération d'erreurs commises par des hommes capables et bien intentionnés, mais aussi par des compromissions, des trahisons idéologiques ou politiques, ou tout simplement d'une démission d'affronter le danger d'une nouvelle guerre, le terme fatal avait été atteint.

Faisons le bilan de ce qui avait été successivement accepté ou abandonné :

Le désarmement de l'Allemagne par traité solennel et le réarmement de l'Allemagne en violation de ce même traité.

L'abandon de la supériorité aérienne et ensuite l'égalité.

La réoccupation de la Rhénanie par des forces armées et la construction de la ligne de défense Siegfried.

La création de l'axe Berlin - Rome.

L'absorption et la digestion de l'Autriche par le Reich.

L' abandon et le dépeçage de la Tchécoslovaquie par les accords de Munich.

La ligne de fortifications tchécoslovaque aux mains des Allemands et l'utilisation des usines de munitions Skoda.

Enfin la disparition des 35 divisions tchèques qui auraient pu tenir contre une armée allemande encore mal préparée, alors que la Grande-Bretagne n'était pas en mesure d'envoyer plus de 2 divisions sur le front français.

Et c'est dans ces conditions que maintenant, la Grande-Bretagne tenant la France par la main, s'avance pour offrir sa garantie à la Pologne. A cette même Pologne qui, pas plus de six mois auparavant, avait participé au partage et à la destruction de la Tchécoslovaquie. Étrange république de Pologne.

Chamberlain avoue que la Russie lui inspire la plus profonde méfiance.

Combattre pour la Tchécoslovaquie en 1938, cela avait un sens lorsque l'armée allemande pouvait aligner à peine 6 divisions bien entraînées sur le front occidental, tandis que la France avec 60 ou 70 divisions était en mesure de franchir rapidement le Rhin, ou d'occuper la Ruhr. On ne pouvait mieux faire pour accepter une guerre évidemment imminente, et dans les plus mauvaises conditions. L'attitude des Polonais, au moment de la liquidation de la Tchécoslovaquie qui leur avait rapporté Teschen, avait été honteuse, mais ils n'allaient pas tarder à payer leur forfait. Les armées allemandes étaient sur les frontières méridionales de la Pologne.

En mars, Hitler demande au gouvernement polonais l'ouverture immédiate de négociations sur le sort de la ville libre de Dantzig, qu'il revendique , et oblige la Lituanie à lui céder la ville de Memel. La Hongrie se trouve dans le camp allemand.

Dans le même temps, la France et l'Angleterre garantissent l'intégrité du territoire de la Belgique, des Pays-Bas, de la Suisse, et de la Grèce ! Ils assurent la Pologne de tout leur appui.

Le 5 avril, Albert Lebrun est réélu Président de la république.

Les troupes italiennes envahissent l'Albanie.

Le 22 mai, signature à Milan du pacte d'acier, confirmant l'alliance de l'Allemagne et de l'Italie, par le comte Ciano et Ribbentrop.

Le 3 avril, le général Keitel, chef d'état-major de Hitler, lança son ordre secret : "Le Plan Blanc", "Directives pour les forces armées, 1939-1940", au sujet de la Pologne. Le Führer y ajouta la précision suivante : "Les préparatifs doivent être menés de telle sorte que les opérations puissent commencer n'importe quand à partir du 1er septembre".

Le 23 août, à la stupeur générale, l'Allemagne et l'U.R.S.S. signent un pacte de non-agression. Ce renversement des alliances sera décisif pour la guerre à venir. 

Le 30 août, la Pologne décrète la mobilisation générale.

Le 1er septembre, sans déclaration de guerre, les troupes allemandes franchissent la frontière polonaise, tandis que l'aviation bombarde les aéroports et les villes.

Le 2 septembre, la mobilisation générale est décrétée en France.

Le 3 septembre, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l'Allemagne.

Le 28 septembre, avec la capitulation de Varsovie, c'est la fin des opérations militaires en Pologne. Elle se trouve rayée de la carte. Russes et Allemands se partagent son territoire.

Les députés communistes écrivent au président de la Chambre Édouard Herriot, pour demander l'ouverture de négociations de paix avec l'Allemagne ! !

Trente cinq d'entre eux sont arrêtés. Thorez s'enfuit en Russie. Il sera condamné à mort par contumace.

En octobre, Hitler affirme avec véhémence sa volonté de paix ! Daladier et Chamberlain repoussent les propositions d'Hitler.

En septembre, Winston Churchill redevient Premier Lord de l'Amirauté. Le 10 mai 1940 , il deviendra Premier Ministre et jouera un rôle déterminant dans la victoire des Alliés sur l'Allemagne.

Sur mer, les sous-marins allemands attaquent et coulent de nombreux navires de commerce anglais et français. La flotte britannique reste maîtresse du Pas de Calais.

Le 30 novembre, l’U.R.S.S. attaque la Finlande qui résiste avec acharnement.

Bloqué à Montevideo, le croiseur allemand, Amiral Graf von Spee, se saborde.

Décembre 1939, sur le front, absence totale d'opérations militaires : C'est ce que l'on a appelé "la drôle de Guerre".

© Anovi - 2004