La seconde guerre mondiale
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Notice sur l'organisation de la Résistance en France

Par Jean-Louis Philippart



I - Les Mouvements de Résistance

Ils naissent en France dès la fin de 1940, à partir d’initiatives individuelles sans liens directs avec les alliés. Les premiers contacts directs entre certains d’entre eux et le Comité Français de Libération nationale (C.F.L.N.) du général de Gaulle ne seront pris qu’au début 1942.

Si tous les mouvements entendent participer à la lutte contre l’Allemagne, certains le feront de préférence par la propagande (journaux, tracts), d’autres par la recherche du renseignement, d’autres par la mise sur pieds de groupes paramilitaires.

Les principaux mouvements en zone occupée :

La présence de troupes Allemandes favorise l’éclosion de nombreux petits groupes souvent décimés. Le cloisonnement est assez rigoureux. Les mouvements s’ignorent et sont réticents à accepter une politique de coordination voire d’unification.

Les Comités Départementaux de Résistance (C.D.R.) : Ils sont apolitiques, orientés vers le renseignement, la constitution de chaînes d’évasion et de groupes paramilitaires. Après l’arrestation de leur chef, le commandant Guedon, ils sont dirigés par Lecompte-Boinet (gendre du général Mangin) et Ingrand. Ils sont implantés surtout en Vendée, Normandie et Champagne.

Les Comités Départementaux de Libération (C.D.L.) : Crées par ordonnance du Gouvernement Provisoire de la République Française en 1940, ces mouvements étaient surtout implantés en région parisienne et avaient les mêmes missions que les C.D.R. Ils comprenaient des mouvements de résistance des grandes organisations ouvrières résistantes, des représentants résistants des partis ou des tendances politiques locales et éventuellement de personnalités locales dont l’attitude était irréprochable. Le Conseil National de la Résistance disait dans sa circulaire du 23 mars 1944 que "dans la période clandestine, les C.D.L. coordonnent l’action immédiate, préparent l’insurrection nationale et la tâche des pouvoirs publics pour le jour de la libération".

L’organisation civile et militaire (O.C.M.) : Mouvement mixte, né en décembre 1940 de la fusion d’un organisme militaire créé par des officiers aviateurs (colonel Heurteaux) et d’une équipe de hauts fonctionnaires et cadres administratifs. Dirigés par le colonel Touny et son adjoint Maxime Block-Mascart, il constitue des groupes paramilitaires et étudie tout projet politico-économique de nouvelles institutions.

Libération Nord : Mouvement très politisé, crée en décembre 1940 par des militants socialistes et syndicalistes dont Christian Pineau. Il se consacre d’abord à la propagande ( journal "Libération"). Après une liaison auprès du général de Gaulle en 1942, Christian Pineau sera chargé d’organiser les réseaux de renseignements et des groupes paramilitaires.

Front National : De juillet 1940 à mai 1941 les communistes prennent violemment à parti le régime de Vichy mais leurs publications proclament que la France doit rester en dehors de la guerre "impérialiste". Cependant après juin 1941 la mouvance communiste se convertit à la résistance la plus déterminée contre l’Allemagne et Vichy. Elle crée son mouvement, le Front National, dans le 2e semestre 1941. Comme les Mouvements Unifiés de Résistance (M.U.R.) en zone occupée, le Front National organisera en septembre - octobre 1943. son noyau militaire, les F.T.P.F., les Francs Tireurs et Partisans Français, plus souvent désignés sous le sigle F.T.P.

Les principaux mouvements en zone non occupée :

L’absence de troupes allemandes donne des coudées plus franches aux mouvements de résistance malgré la répression qui s’abat parfois sur eux du fait de certains organismes du gouvernement de Vichy. Les tentatives d’organisation s’appuient sur un réseau très restreint de métropoles régionales : Lyon, Marseille, Montpellier, Toulouse, Clermont-Ferrand. La sur-représentation de la capitale auvergnate s’explique par la proximité de la capitale de l’État français, de la direction d’organismes nationaux et par un fort contingent d’Alsaciens. Les mouvements se connaissent, s’interpénètrent parfois et sont organisés à une plus grande échelle qu’en zone occupée. Au détriment du cloisonnement, la coordination et l’unification progressent.

Combat : le mouvement naît en novembre 1941 de la fusion de deux mouvements. L’un, "Vérité", créé à Marseille en juillet 1940 par Henri Frenay publiait un journal et organisait des actions de choc et renseignement , l’autre "Liberté" de tendance démocrate-chrétien, avait été crée par des universitaires, tous professeurs de droit : F. de Menthon, P.H. Teitgen et Coste-Floret. En 1941 le fondateur, Henri Frenay prend la direction du mouvement Combat.

Franc-tireur : ce mouvement qui s’appelait d’abord "France-Liberté", fut créé à Lyon en novembre 1940 par des radicaux : le cantalien Avinin et Claudius Petit. Il fut implanté dans la vallée du Rhone et le Massif Central. 

Libération : il est né en Auvergne en novembre - décembre 1940, créé par Emmanuel d’Astier de la Vigerie ancien officier de marine, Jean Cavailles professeur de philosophie à la faculté de Clermont-Ferrand, des syndicalistes (R. Lacoste) des socialistes (A . Philip), ainsi que le couple Aubrac, l’avocat Léon Blum et le journaliste Jean Rochon. Au cours de 1941, l’organisation se structure, recrute Gabriel Montpied (qui sera plus tard maire de Clermont-Ferrand), Maurice Bayle venu du journal "La Montagne" et commence la parution du journal "Libération" à partir de juillet 1941.

Les Mouvements Unifiés de Résistance (M.U.R.) : en septembre 1942, les trois grands mouvements (Combat, Libération et Franc-tireur) évoluent peu à peu vers la coordination de leurs efforts et se concertent en vue de l’unité. Le regroupement des trois mouvements, décidé en début d’année 1943, prend alors le nom de Mouvement Uni de Résistance et le comité directeur des M.U.R. naît le 26 janvier 1943.

L’armée secrète (A.S.) : elle est la force armée du Mouvement Unifié de Résistance, constituée dès novembre 1942 mais qui ne naquit véritablement qu’après la formation des M.U.R.en janvier 1943. En fait, chaque mouvement conserva pendant quelques mois l’autonomie de ses groupes armés et la fusion se fit progressivement.

L’Organisation de Résistance de l’Armée (O.R.A.) : mouvement créé fin 1942 qui s’appelait initialement Organisation Métropolitaine de l’Armée (O.M.A). Elle était tournée non vers Londres mais vers Alger car elle se sentait Giraudiste. L’O.R.A. fut successivement commandée par les généraux Frère (commandant la 13e région militaire de Clermont-Ferrand), Verneau et Revers. Elle refusait toute action commune avec l’Armée Secrète des Mouvements Unifiés de Résistance et avec les Francs-tireurs et Partisans du front national, en avançant qu’elle était apolitique et qu’elle ne plaçait pas toute sa confiance dans cette résistance civile. L’O.R.A. a été tenue à l’écart des regroupements jusqu’en juin 1944 mais grâce à une mission envoyée à Londres en 1943, L’O.R.A. reçut régulièrement un appui en armes, munitions et fonds du réseau britannique S.O.E. ( Special Opération Executive) par l’intermédiaire du réseau Buckmaster (voir plus bas "les réseaux"). L’O.R.A. voulait s’organiser, se préparer mais elle refusait de passer à l’action militaire "armée" avant l’arrivée en métropole des alliés. Pourtant en avril 1944, en Auvergne, le colonel Garcie de l’O.R.A. et Coulaudon des M.U.R. feront un pas l’un vers l’autre avant le rassemblement du Mont Mouchet dans le Cantal.

II – Les réseaux

Ils sont mis en place en France après l’armistice de 1940, soit par le Bureau central de Renseignement et d’Action de la France libre à Londres (B.C.R.A.), soit par des services secrets britanniques comme l’Intelligence service (I.S.) ou le Special Operation Executive (S.O.E.) ou l’Office of Strategic Service américain (O.S.S.). Ils dépendent directement de ces organismes et disposent de moyens importants : émetteurs radio, liaisons par avion ou par sous-marins. Le processus traditionnel de création de réseaux est l’envoi depuis Londres d’un chef de Mission qui arrive clandestinement en France avec son radio, prend les contacts nécessaires au recrutement de ses agents.

Les réseaux peuvent avoir trois missions nettement déterminées :

Réseaux de renseignement : transmettre au plus vite à Londres toute information sur les troupes Allemandes, leur implantation, leurs transport.

Réseaux d’évasion : récupérer en territoire occupé tout aviateur ou technicien allié abattu et le faire passer en territoire contrôlé par les alliés.

Réseaux action : actions de sabotage.

Réseaux du B.C.R.A. : 

Le Bureau Central de Renseignement et d’Action est né pour permettre à la France libre à Londres de disposer de relations régulières avec la métropole, et développer les liens. Il est dirigé par Dewavrin (Passy). Les réseaux constituent l’antenne avancée du Comité Français de Libération Nationale en territoire français. Leurs membres sont engagés volontaires dans les Forces Françaises Libres (F.F.L.).

La Confrérie de Notre-Dame : créé en 1940 il est le principal et premier réseau constitué. Il est dirigé par Rémy (Gilbert Renaud). Malgré de multiples arrestation il fonctionnera de 1940 à 1944 en territoire occupé et deviendra la grande centrale de renseignements de la France libre. C’est par son intermédiaire que les premiers contacts seront pris entre le général de Gaulle et les mouvements de résistance en zone occupée.

Réseaux Lucas-Froment : mis sur pied en 1940 par le capitaine Fourcaud, officier F.F.L, revenu de Londres par l’Espagne.

Allah : créé en 1941 , implanté en Bretagne, il est spécialisé dans le renseignement naval. 

Phalanx : réseau créé à partir de 1942 au retour de la mission de Christian Pineau à Londres. Il est implanté en zone sud (Lyon, Clermont, Toulouse), et est chargé du renseignement politique et économique. 

Cohors : réseau créé par Pineau en 1942, chargé de drainer tous les renseignements provenant de la région parisienne et des centres industriels du nord. 

Phratrie : créé en 1942 simultanément aux deux réseaux Phalanx et Cohors, dirigé par le dessinateur Chancel, et chargé de collecter les renseignements d’ordre militaire. 

Ajax : réseau mis en place pour la recherche de renseignements au sein de la police française métropolitaine. Grâce à "Ajax", les milieux gaullistes de Londres eurent connaissance des contacts que prenaient les britanniques avec les administrations de Vichy, démarches que les britanniques voulaient cacher à la France libre. 

Gallia : réseau centralisateur créé en 1943, au moment de la création des M.U.R., pour mettre fin à la multiplication des réseaux de renseignements de la zone sud. Il dirigea le service de renseignement des M.U.R.

Les réseaux de l’Intelligence Service britannique (I.S) :

Alliance : le réseau créé fin 1940 par le commandant Loustaunau-Lacau en zone non occupée, portait initialement le nom "Copernic".Après l’arrestation de son fondateur par le gouvernement de Vichy, le commandant Faye, puis Marie-Madeleine Méric le dirigeront. Le réseau était animé par des français pro vichyste au début et plutôt anti-gaulliste. Il était très implanté en Auvergne dès 1942. 

Sosies : dirigé par le colonel Groussard depuis Genève. 

Special Operation Executive (S.O.E.) : rattaché au ministère anglais de la guerre économique. Créé par Churchill en 1940 pour "porter des coups à la machine de guerre nazie" , monté en France par les britanniques, chargé des sabotages d’installation militaires et du potentiel économique comme tous les réseaux de l’I.S. Il avait deux types de réseaux : Ceux qui en théorie étaient uniquement britanniques qui constituaient la section "F" dite Bruckmaster et qui travaillaient avec les membres des administrations de Vichy, et ceux de la section "RF" (capitaine Picquet- Wicks) qui reposaient sur une coopération entre le S.O.E. et les Français libres de Londres.

Les réseaux américains :

L’Office of Strategic Service (O.S.S.) : dirigé par Allen Dulles, avait une base à Genève et une autre en Espagne. Les agents américains cherchèrent surtout à entrer en relation avec les chefs de l’armée d’armistice. Ils aidèrent par leurs crédits le général de la Laurencie dans ses efforts pour fédérer en zone libre les mouvements de résistance hors de toute obédience gaulliste (1941). Ils participeront au financement de Combat et de certains maquis de l’O.R.A. dans les Alpes. En 1944 l’O.S.S. détachera 50 officiers pour constituer les "Jedburghs" qui seront parachutés en territoire occupé pour instruire, encadrer le maquis et coordonner leur action avec celle des troupes alliées. L’O.S.S a été le prédécesseur de la C.I.A.

III - Les tentatives de coordination et d’unification de la résistance intérieure

Réseaux et mouvements, malgré les cloisonnements, ne purent à la longue s’ignorer car ils recrutaient dans le même réservoir humain. Or si les réseaux étaient, par définition, reliés à l’extérieur, les mouvements vivaient en vase clos en territoire français et cherchaient l’aide extérieure qui pût remédier à leur pénurie en armement et en fonds. Aussi de nombreux contacts furent-ils pris à titre personnel. Par ailleurs, de Londres, à partir de 1941, le général de Gaulle recherchera systématiquement le contact avec les mouvements afin de coordonner leurs efforts et de faire admettre son autorité à la résistance intérieure.

Une telle politique était encouragée par la nécessité d’éviter les doubles emplois et la dispersion des efforts et d’imposer aux mouvements une seule autorité qui pût au jour J, déclencher les opérations de l’armée secrète conjuguées avec l’action des forces alliées.

Par contre cette politique se heurtait à diverses nécessités : 

celle du cloisonnement indispensable à la sécurité ; 
à la spécialisation des équipes ; 
à l’autonomie des chefs de mouvements soucieux de conserver sous leurs ordres les militants qu’ils avaient recrutés ; 
également aux divergences politiques entre les mouvements de plus en plus affirmés au fur et à mesure que se profilait la perspective de la libération et de la prise du pouvoir.

En application de cette politique, le comité français de libération national (C.F.L.N.) entreprit des contacts en zone nord et c’est la confrérie Notre-Dame qui prend les liaisons avec Libération nord, l’O.C.M. et les F.T.P.. Christian Pineau, de Libération nord, est chargé d’organiser des réseaux au profit du C.F.L.N.

En zone sud , l’action de Jean Moulin est prépondérante. Envoyé personnel du général de Gaulle, il est chargé d’unifier sous l’autorité du C.F.L.N., les mouvements de résistance, d’abord en zone sud, ensuite dans les deux zones, et d’organiser une armée secrète où tous les mouvements fonderaient leurs contingents.

Jean Moulin possède des pouvoirs étendus. Il distribue les fonds. Il garde sous son autorité tous les moyens techniques de transmission envoyé en France. Il crée le service des opérations aériennes et maritimes (S.O.A.M.). Au total, il met en place un outil qui oblige les mouvements à passer par son canal pour obtenir la liaison avec le C.F.L.N. et en obtenir de l’aide.

C’est à l’initiative de Jean Moulin qu’est constitué le comité de coordination des trois mouvements de la zone sud et que tous les éléments armés des mouvements sont groupés dans l’A.S de zone sud au commandement de laquelle est nommé, par le général de Gaulle, le général Delestraint.

Après les arrestations du général Delestraint et de Jean Moulin en juin 1943 Londres procéda à une décentralisation du commandement qui était souhaitée. On mit en place : 

douze délégués militaires régionaux en zones nord et sud faisant liaison avec le B.C.R.A., deux délégués militaires de zone (colonel Ely pour la zone nord, Bourges-Maunoury pour la zone sud), et un délégué militaire national (Chaban-Delmas) chargé d’arbitrer les conflits entre les délégués régionaux et les mouvements.

Un commandant en chef des Forces Françaises de l’Intérieure (F.F.I.) exerçant son commandement depuis Londres : général Koening.

C’est l’état-major de l’Armée Secrète, dirigé à Paris par le colonel de Jussieu, qui prépara la fusion dans l’Armée Secrète des éléments F.T.P. et O.R.A. pour former les F.F.I. (janvier 1944). Le Conseil National de la Résistance qui estimera que l’insurrection devrait être conduite de France accordera le commandement suprême des F.F.I. à l’état-major des F.F.I. dirigé, après l’arrestation de Jussieu, par Malleret-Joinville membre du parti communiste (1944).

Dans le Cantal , la fusion des éléments armés (A.S. + O.R.A.+ F.T.P.) pour former les F.F.I. fut réalisée peut avant les évènements du Mont Mouchet qui se sont déroulés du 6 au 11 Juin 1944.

© Anovi - 2003