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Heinrich HIMMLER (7 octobre 1900 - 23 mai 1945) Par Éric Labayle
Trop jeune pour participer aux premières années de la Grande Guerre, il s'engage à 17 ans au 11e régiment d’infanterie bavarois. Après y avoir effectué ses classes, il suit un cours d’élève-officier (cadet) à Freising, puis effectue une spécialisation d'artillerie à Bayreuth. L'armistice le surprend alors qu'il est encore à l'instruction. Il est démobilisé avant d'avoir été au feu. Il en conçoit une intense frustration qui le conduira à mentir sur son expérience militaire et à déclarer, des années plus tard, qu'il aurait effectivement exercé un commandement sur le front. La paix revenue, Himmler reprend le cours de ses études. Il rejoint une ferme-école dans la région d’Ingolstadt puis l'université de Munich et prépare un diplôme d'ingénieur agronome. Il obtient celui-ci en 1922 et, à 21 ans, se prépare à entamer une carrière professionnelle dans ce secteur. Mais le destin et le hasard des rencontres en décident autrement. Cette année là en effet, il fait la connaissance d'Ernst Röhm, qui lui fait découvrir le nazisme et l'y convertit sans peine : le jeune Himmler avait déjà fait partie de corps francs anticommunistes. Il adhère donc au N.S.D.A.P. l'année suivante. Il ne tarde pas à s'y faire remarquer. En novembre 1923, il participe au putsch de Munich. Par chance et parce qu'en fin de compte son rôle dans la tentative de coup d'État n'avait été que secondaire, il échappe aux poursuites de la justice bavaroise. Alors que les principaux responsables du N.S.D.A.P. (à commencer par Hitler) sont en prison, il met à profit sa liberté pour reconstituer avec Gregor Strasser le parti nazi en Haute Bavière, sous le nom de "Mouvement national-socialiste pour la Liberté". Commence alors pour Himmler une période d'activité fébrile. Il sillonne les campagnes de Bavière sur sa motocyclette et part à la rencontre des paysans pour les convertir au nazisme. Son statut d'ingénieur agronome fait beaucoup pour donner du poids à ses discours et il obtient un certain succès. Strasser dira de lui qu'à cette époque il faisait preuve d'une "véritable fringale de dévouement" à la cause du parti nazi. En 1925, il poursuit sa collaboration avec Gregor Strasser, travaille avec Joseph Goebbels et rejoint la nouvelle organisation para-militaire du parti : la SS. Il fait figure de précurseur en la matière, puisque sa carte d'adhésion porte le numéro 168. A partir de cette époque, son engagement pour le nazisme se confond avec son dévouement total à la personne d'Adolf Hitler. Ce dernier est conscient de cela, lorsqu'il le surnomme "der treue Heinrich" ("Heinrich le fidèle"). Hitler sait à merveille tirer parti de cette admiration profonde, faisant de son "fidèle Henri" un confident docile, auquel il peut tout demander, y compris l'impossible. Il sait également le tenir à distance, en ne l'acceptant jamais dans le cercle restreint de ses vrais amis. Dès qu'il fait son entrée dans l'entourage du chef, Himmler connaît une ascension rapide. En 1925, l'année même de son adhésion à la SS, il devient gauleiter de la Basse Bavière. L'année suivante, il prend en charge toute la Bavière et le pays Souabe et accède à la fonction de délégué à la propagande du parti nazi pour l'ensemble du Reich. En 1928, il passe sous l'autorité directe d'Hitler lui-même. Son rêve se réalise : le voici collaborateur direct de son idole. Le 6 janvier 1929 est une date essentielle dans la carrière d'Himmler, puisqu'il devient Reichsführer SS, c'est à dire chef suprême de la SS. Dès son entrée en fonctions, il met en application son idée maîtresse : créer une élite au sein du parti, puis au sein de l'Allemagne toute entière. Il prend pour modèle les jésuites et leur rôle au sein de l'Église catholique, ce qui lui vaudra ce commentaire de Hitler : "C'est avec Himmler que la SS est devenue cette troupe sans pareille, fidèle jusqu'à la mort. Je vois en Himmler notre Ignace de Loyola". De fait, le Reischsführer transforme profondément la SS. Il la dote d'une organisation complexe et efficace, crée la Gestapo (police politique), son service de renseignements (le SD), sa milice armée (Waffen SS), véritable armée parallèle, et lui élabore un plan d'action au service du racisme et de la dictature politique (Service de la Race et de la Colonisation puis, plus tard, organisation des camps de concentration). Devenue "l'Ordre Noir", la SS de Himmler est "la Garde de la nouvelle Allemagne", selon ses propres termes. Sélection raciale, endoctrinement politique et fidélité sans faille au Führer en sont les piliers. L'accession d'Hitler au pouvoir ne s'accompagne pas d'un réel changement dans la carrière d'Himmler. Par un mécanisme logique, il cumule les pouvoirs et les fonctions, dans la continuité de son emploi de Reichsführer SS. En février 1933 il devient chef de la police en Bavière, puis s'assure le contrôle de toutes les polices des États allemands. Le 10 avril 1934, il prend la tête de la Gestapo, avec laquelle il joue un rôle de premier plan dans l'élimination d'Ernst Röhm et des chefs de la SA, en juin suivant. Cet épisode montre qu'entre la fidélité à l'ami qu'est Röhm (lequel, rappelons-le, l'avait converti au nazisme) et celle au Führer, Himmler n'hésite pas une seconde... En juin 1936, il devient chef de toutes les polices allemandes. Dès lors, il met ses talents d'organisateur au service de la répression. Réorganisateur de l'administration des camps de concentration, il en fait un outil redoutable de la dictature nazie. Au sein de l'appareil d'État également, il renforce son pouvoir personnel, balayant toute opposition comme en 1938, lorsqu'il élimine les généraux Fritsch et Blomberg. Heinrich Himmler est alors au sommet d'un pouvoir dont la seule limite semble être la volonté d'Hitler. Mais cet homme omnipotent reste méconnu de ses contemporains. Personnage falot et fuyant, il est myope, travailleur acharné, routinier, fanatique et fait preuve d'une méthode de travail et d'organisation impressionnante : "une application d’écolier borné, mais aussi quelque chose de méthodique comme peut l’être un automate", dira de lui Karl Burckhardt. Marié et père de famille, il avait épousé en 1928 une infirmière, Margarete Boden, fille d'un propriétaire terrien de Prusse Orientale, qu'il avait rencontrée deux ans auparavant. Pendant toute la durée de leur vie maritale, il la tient isolée dans sa villa de Dahlem et entretient une liaison suivie avec sa secrétaire, dont il aura deux filles. Pourtant, sa femme a sur lui une influence certaine, puisqu'elle l'initie à l'occultisme, à l'homéopathie et aux théories de Mesmer sur le magnétisme animal. Une fille légitime, Gudrun, naît en 1929. Avec la seconde guerre mondiale, Himmler étend son pouvoir à toute l'Europe conquise. Le système répressif né et testé en Allemagne s'abat tout d'abord sur la Pologne puis, un à un, sur tous les pays envahis par la Wehrmacht. Le Reichsführer SS se fait l'âme de la traque impitoyable des opposants, des Juifs et de tous ceux que l'idéologie nazie a classés indésirables. A ce titre, il est responsable de la "Solution finale" mise en place en 1942. En novembre 1943, il est nommé ministre de l'Intérieur du Reich. Dans le même temps, il s'acharne à renforcer le pouvoir militaire de sa Waffen SS, qui ouvre ses rangs aux volontaires européens, quitte à bafouer le principe initial de sélection raciale. C'est que Himmler rêve de devenir un chef de guerre. Il n'en a pourtant pas l'étoffe car, ainsi qu'en a témoigné le général Dornberger, "s'il est un bon maître d'école, il n'est certainement pas un chef". L'attentat contre Hitler du 20 juillet 1944 lui donne pourtant l'occasion de réaliser ce rêve. En décembre, il devient commandant du Groupe d'Armées du Rhin puis, en janvier 1945, du Groupe d'Armées de la Vistule. A ce poste, il s'avère incapable de résister à la puissante offensive russe sur l'Oder. Le 23 avril 1945, constatant que tout est perdu, il fait savoir aux Alliés par l'intermédiaire du comte Bernadotte, qu'il se tient prêt à négocier la capitulation de l'Allemagne. Informé de cette trahison par Martin Bormann, Hitler lui retire toutes ses charges. C'est en homme fini et traqué qu'Himmler se réfugie dans le Schleswig, où il est arrêté par les troupes britanniques. Quelques semaines après le 8 mai, il se suicide à l'aide d'une capsule de cyanure, privant ainsi le tribunal de Nuremberg de l'un de ses principaux accusés. |
© Anovi - 2003