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Adolf HITLER (20 avril 1889 - 30 avril 1945) par Éric Labayle
Après la mort de ses parents (son père décède en 1903 et sa mère en 1907) il part pour Vienne, sans diplôme. Là, il espère vivre de son art. Son double échec au concours d'entrée de l'école des Beaux Arts, en 1907 puis en 1908, lui cause une cruelle désillusion. Se disant incompris, il se marginalise et connaît une période de dépression. Sans ressources, il est contraint pendant quelques mois de fréquenter les asiles de nuit de la capitale. Cette déchéance ne dure pourtant pas très longtemps. Hitler met à profit son goût pour l'architecture et la peinture, pour entamer une carrière de peintre indépendant. Il réalise des tableaux et des illustrations pour cartes postales ayant pour thème exclusif les monuments. La vente de ses oeuvres lui procure un revenu décent et qui lui permet de se cultiver. Il achète des livres, va à l'opéra et forme pour lui-même des projets d'avenir (il veut devenir dessinateur en cabinet d'architecte). C'est à cette époque qu'il découvre l'œuvre de Richard Wagner, dont il restera un fervent admirateur tout au long de son existence. En 1913, il quitte l'Autriche pour l'Allemagne. Aigri par ses échecs viennois, il s'expatrie sans regret. C'est à Munich qu'il exerce désormais son activité et c'est là que la Grande Guerre le surprend. Le 3 août 1914, il s'engage dans l'armée bavaroise avec enthousiasme. Commence alors un parcours sans originalité, semblable à ceux de milliers de ses compagnons d'armes. Il est assez vite nommé caporal, grade qui restera le sien pendant toute sa vie sous les drapeaux. Au front, il occupe la dangereuse fonction d'agent de liaison. Il se distingue à plusieurs reprises par son zèle et son courage, ce qui lui vaut d'être décoré de la Croix de Fer de 2e classe, puis de celle de 1re classe. Il profite des longues périodes d'inaction de la guerre des tranchées pour peindre des aquarelles, lire de nombreux livres et commencer à se forger une idéologie. La guerre se termine pour lui en octobre 1918. Il est gazé et évacué. Rendu aveugle par le gaz, il ne retrouve que lentement une vue normale. C'est pendant cette période de convalescence qu'il est informé de la signature de l'armistice. Il en conçoit une rage telle qu'il décide d'entamer une carrière politique dès que son état de santé le lui permettra. En sortant de l'hôpital, il retrouve l'armée. Comme le reste de l'Allemagne, la Bavière connaît alors une période troublée : violences urbaines, assassinats politiques et tentatives de coup d'État. Le caporal Hitler n'est pas encore très sûr de ses idées politiques. Après avoir hésité un temps en faveur de l'extrême gauche (il fait partie d'un comité de soldats), c'est pour l'extrême droite qu'il prend finalement fait et cause. Après l'écrasement des groupes révolutionnaires, il est employé par l'armée pour des missions de propagande nationaliste et d'observation des mouvements politiques. C'est au cours de l'une d'elle, le 12 septembre 1919, qu'il entre en contact avec un groupuscule politique munichois : le D.A.P. (parti des travailleurs allemands). Il s'y inscrit et s'y fait vite remarquer par une éloquence particulière. Il passe sans transition de la vie militaire à l'engagement politique. Très vite, Hitler s'affirme comme un membre essentiel du D.A.P. En février 1920, il en expose le programme, en 25 points. C'est à cette époque que le parti est rebaptisé N.S.D.A.P. (parti national-socialiste des travailleurs allemands, plus simplement appelé parti nazi) et qu'il se dote des symboles et des structures qui assureront son succès : croix gammée, service d'ordre para-militaire (les SA), etc. Tout en élaborant celle de son parti, Hitler structure sa propre idéologie. L'antisémitisme devient l'un de ses thèmes favoris. Associé à l'anti-capitalisme, à un nationalisme exacerbé, à un puissant désir de revanche sur les vainqueurs de 1918, il revient sans cesse dans les discours de l'orateur qu'il est devenu. Dans une Bavière qui doute et qui souffre de la crise économique, ces propos obtiennent vite un certain succès. A l'été 1921, l'ancien peintre et caporal prend la tête du parti nazi. L'année 1923 marque une nouvelle et importante étape dans la carrière d'Adolf Hitler. Après l'intervention militaire franco-belge dans la Ruhr, toute l'Allemagne est en proie à l'une des plus terribles crises de son histoire. L'inflation est spectaculaire et la rancœur des Allemands à l'égard des envahisseurs est vive. Les thèmes revanchards et populistes du N.S.D.A.P. n'en ont que plus de succès. En automne, Hitler se croit suffisamment fort pour tenter à son tour une prise du pouvoir par la force. Le 9 novembre, avec la complicité d'anciens officiers de l'armée impériale (et non des moindres, comme le général Erich Ludendorff), il organise un putsch à Munich. Le sang coule. C'est un échec. Hitler et ses complices sont arrêtés. Le procès qui suit aurait dû mettre fin à ses agissements. Il lui offre au contraire une tribune inespérée. Devant des juges plutôt séduits, l'accusé se lance dans des discours politiques virulents. La presse s'en fait l'écho. Pour la première fois de son histoire, le N.S.D.A.P. s'offre une audience qui dépasse très largement le cadre de la Bavière. Le verdict est clément. Hitler est condamné à cinq années de prison, mais il n'y reste que quelques mois. Il en sort en décembre 1924. Cette période de semi-isolement (il peut recevoir des visiteurs) est mise à profit pour structurer l'idéologie nazie et pour réfléchir aux moyens d'accession au pouvoir. Puisque l'usage de la force n'a mené à rien, c'est par des voies légales qu'il faut parvenir à ses fins. En outre, Hitler dicte Mein Kampf à son secrétaire, un livre dans lequel se mélangent, pêle-mêle, des éléments autobiographiques, une profession de foi politique et des propos haineux. Avec ce texte, le nazisme se dote d'un fondement doctrinal, sans ambiguïté quant aux ambitions de son chef. Dès sa sortie de prison, Adolf Hitler entame une métamorphose. Il se fait homme politique respectable, flattant les milieux capitalistes qu'il critiquait jusqu'alors. Il réorganise entièrement le parti nazi (création de la SS et des Hitlerjugend notamment) et le transforme en une véritable machine à gagner les élections. Des hommes font alors leur apparition dans son entourage : Joseph Goebbels, Heinrich Himmler, Gregor Strasser... D'autres, plus anciens dans les cadres du parti comme Ernst Röhm ou Hermann Goering, confortent leur position à ses côtés. Dans les années qui suivent, les différents organes du nazisme sont définitivement structurés : les SA, les SS, les organisations de jeunesse, etc. Mais l'assise populaire tarde à venir et Hitler doit se multiplier pour nouer les alliances politiques qui lui permettront de parvenir à ses fins. Le débat autour du plan Young sur les réparations, puis la crise économique de 1929 lui offrent une opportunité qu'il saisit sans hésiter. Avec l'explosion des chiffres du chômage, le désespoir envahit l'Allemagne. Le débat politique se radicalise. Communistes et nazis gonflent leurs rangs. Dans ce contexte, le discours d'Hitler fait mouche. Pour lui, les malheurs du pays sont dus aux Juifs, aux vainqueurs de 1918, aux signataires du "diktat" de Versailles ou à la république. "Notre dernier espoir : Hitler", proclame une affiche de propagande électorale. Les déshérités, les chômeurs et les classes moyennes en sont de plus en plus convaincus. Le 14 septembre 1930, le N.S.D.A.P. recueille 18 % des suffrages aux élections législatives. L'ascension a commencé. En juillet 1932, ce sont 37 % des voix qui se portent sur lui. Hitler intrigue avec adresse. Il se constitue un solide réseau de soutiens, dans les milieux politiques comme chez les dirigeants économiques. Fin 1932, il s'impose comme un futur chancelier en puissance. Seule l'opposition teintée de mépris du président-maréchal von Hindenburg le tient encore éloigné du gouvernement. Fin janvier 1933, la situation politique se complique et Hitler en tire parti avec adresse. Le 30 janvier, il est finalement appelé au poste de chancelier par le vieux maréchal, qui croit encore pouvoir le contrôler. Mais le pari est gagné : Adolf Hitler est parvenu à la tête du gouvernement par des voies légales. Pour s'y maintenir, il utilise toutes les ressources de son parti. Les nouvelles élections législatives donnent lieu à une vague de terreur anti-communiste. Le 27 février, l'incendie du Reichstag fournit le prétexte d'une interdiction du K.P.D. (parti communiste) et de l'abolition des droits fondamentaux (les lois liberticides sont rendues définitives par un vote du 23 mars suivant). L'un après l'autre, tous les outils de la dictature se mettent en place : un ministère de la Formation du Peuple et de la Propagande du Reich confié à Joseph Goebbels est créé le 13 mars, le camp de concentration de Dachau ouvre ses portes le 22 mars, Hitler obtient les pleins pouvoirs le 23, les syndicats sont interdits et remplacés par un Front du Travail début mai, le parti nazi est le seul parti autorisé le 14 juillet et, en décembre, Hitler se proclame "seul dépositaire de la notion allemande de l'État". Celui qui est devenu le Führer après la mort du président Hindenburg (août 1934) s'emploie alors à trois chantiers :
Tout puissant dans son pays et parvenant en toute impunité à se jouer des gouvernants étrangers, Hitler est au faîte de sa puissance. Mais cet homme de pouvoir, ambitieux et déterminé, n'a qu'une vie privée misérable. Ses relations avec les femmes sont dramatiques. L'une de ses maîtresses se suicide, ne pouvant plus supporter son sadisme ni ses absences. Eva Braun, qui lui succède, est elle aussi tenue soigneusement à l'écart. Elle se morfond dans la villa que le Führer se fait construire dans les Alpes, à Berchtesgaden. Après plusieurs tentatives de suicide, elle parvient à obtenir des concessions, mais ne sera jamais aimée comme elle le souhaiterait. La politique d'annexions territoriales et de violations du traité de Versailles aboutit fatalement à la guerre. Les gouvernements français et britannique, après avoir fait preuve à maintes reprises d'une inqualifiable faiblesse envers le dictateur, cessent de se laisser manipuler et lui déclarent la guerre après l'attaque de la Pologne, début septembre 1939. Dès lors, le destin d'Hitler se confond avec l'histoire du second conflit mondial. La campagne de Pologne et, plus encore, celle de France en mai-juin 1940, lui procurent une intense satisfaction : après avoir montré toute l'étendue de ses talents politiques et diplomatiques, il s'affirme comme un chef de guerre, promoteur de la force mécanisée (il a soutenu Guderian dans les années trente) et capable d'assumer toutes les audaces tactiques. La chute rapide de la France, surtout, lui offre une revanche inespérée. En signant l'armistice à Rethondes, il venge le déshonneur allemand de 1918. Mais il fait suivre cet écrasant succès d'une grave erreur de jugement, probablement la plus importante de sa carrière. En choisissant d'attaquer les îles britanniques, il espère contraindre le Royaume-Uni à une paix rapide. La "bataille d'Angleterre" est un double échec : pour l'armée allemande (et notamment la Luftwaffe) et pour Hitler lui-même. La poursuite du combat par les Britanniques aura de très lourdes conséquences sur la suite du conflit... L'année 1941 voit la mise en oeuvre de l'un des grands projets du Führer : l'invasion de l'Union Soviétique. Plus qu'une simple campagne militaire, il s'agit pour lui de s'emparer des gigantesques ressources du pays, tout en permettant l'asservissement d'une population de "sous-hommes". Objectifs racistes, politiques (destruction du communisme), militaires et économiques sont ici réunis. Jusqu'à la fin de la guerre, Hitler accordera la plus grande attention au front de l'est, quitte à délaisser d'autres théâtres d'opérations importants, comme l'Afrique du Nord. Il fait de la victoire sur les Russes un point d'honneur, allant jusqu'à refuser obstinément d'abandonner Stalingrad. Cette obstination aura de multiples conséquences fâcheuses pour la Wehrmacht. Avec les premiers revers, le racisme du dictateur franchit un nouveau seuil. En 1942, la Solution Finale est mise en place, afin d'exterminer les Juifs d'Europe. Quel est le rôle exact de Hitler dans cette abominable mécanique de mort ? Il est bien difficile à définir car la bureaucratie nazie a pris la peine de maquiller soigneusement les pièces du dossier. Il n'assiste pas à la conférence de Wansee, mais son impulsion est incontestable. Il n'intervient jamais personnellement dans la mise en oeuvre de l'Holocauste, mais fait agir les rouages administratifs, politiques et para-militaires (les SS) qu'il a si bien su mettre en place depuis 1933. Et lorsqu'il se rend compte que son entreprise de destruction est sur le point d'échouer, c'est tout le peuple allemand qu'il envoie au suicide, en 1944 et 1945, face aux armées alliées et au "rouleau compresseur" soviétique. Le 20 juillet 1944, Hitler échappe de peu à un attentat. Très choqué, il lance une répression féroce qui touche de nombreux officiers et généraux de valeur, à commencer par le maréchal Rommel. La pression des événements pèse sur sa santé. Il ne parvient plus à contrôler son bras gauche, agité de soubresauts nerveux, et son caractère s'assombrit. Ses sautes d'humeur sont fréquentes et violentes. Lorsque l'Armée Rouge parvient aux portes de Berlin, il s'enferme dans son bunker souterrain, sous la Chancellerie. Sa dernière sortie est pour passer en revue un détachement de Jeunesses Hitlériennes qu'il envoie à la mort. Dans son délire, il espère encore saigner à blanc l'armée russe dans la capitale du Reich, comme une sorte de Stalingrad à l'envers, qui ferait basculer le sort des armes. Mais la cause est entendue. Le 30 avril 1945, vers 15 heures 30, Adolf Hitler se suicide avec sa maîtresse Eva Braun, qu'il avait épousée quelques instants auparavant. Son corps est découvert par les troupes russes puis brûlé. |
© Anovi - 2003