La seconde guerre mondiale
Dictionnaire biographique

 

Benito MUSSOLINI

(29 juillet 1883 - 28 avril 1945)

Par Éric Labayle



Benito Amilcare Andrea Mussolini est né en Romagne, à Varano dei Costa, le 29 juillet 1883. Il est d'extraction modeste. Son père, Arnaldo, est forgeron et sa mère, Rosa Maltoni, est une institutrice de campagne. Son enfance et son adolescence sont marquées par deux courants de pensée antinomiques : l'idéologie révolutionnaire du XIXe siècle, dont son père est un adepte, et l'éducation chrétienne qu'il reçoit chez les salésiens de Forli.

En 1901, Mussolini obtient son diplôme d'instituteur. Il est alors âgé de 18 ans et membre depuis peu du parti socialiste. Pacifiste et antimilitariste, il refuse d'accomplir son service militaire et s’exile en Suisse en juillet 1902. Cette période le voit vivre dans la misère, mais elle est importante dans sa carrière politique puisqu'elle lui permet de rencontrer de nombreux autres militants socialistes (des Russes notamment), exilés comme lui de leurs pays d'origine. C'est également pendant ces années qu'il lit les travaux de philosophes et théoriciens politiques comme Nietzsche, Pareto, Proudhon, Marx ou Sorel. En marge de ses lectures et des échanges avec les autres militants, il s'engage au profit de la condition des ouvriers italiens expatriés. C'est précisément cet engagement syndical qui est à l'origine de son expulsion de Suisse. Ayant fomenté une grève, il est banni à vie du pays en novembre 1904. Rattrapé par la loi italienne, il doit tout de même effectuer son service militaire chez les Bersaglieri à son retour au pays, en 1905 et 1906.  

Enfin libéré des obligations militaires mais fiché comme "dangereux anarchiste", Mussolini reprend le cours de sa carrière professionnelle. Il enseigne tout d'abord à Tolmezzo et à Oneglia et donne des cours de langue française. Il fait également ses premiers pas dans le journalisme. C'est à Trente, dans le nord de l'Italie resté autrichien, qu'il publie ses premiers articles. Comme en Suisse, il est bientôt expulsé d'Autriche-Hongrie pour retourner (définitivement, cette fois-ci) en Italie. 

Il s'installe en Romagne en 1909 et y prend la tête d'un hebdomadaire socialiste intitulé La Lotta di Classe, dans lequel il publie des articles d'une rare violence. Poursuivant son parcours d'agitateur, il publie peu après un roman à scandale, Claudial Patricella, la Maîtresse du Cardinal. Si elle ne brille pas par ses qualités littéraires, cette oeuvre choque l'Italie très catholique par son anticléricalisme violent. En octobre 1910, il représente sa région au congrès national du parti socialiste de Milan.

Avec la campagne militaire italienne en Libye (1911-1912), l'antimilitarisme de Mussolini se double d'un anticolonialisme virulent. Il s'oppose même à la majorité des socialistes italiens, plutôt indulgents, voire favorables à ce conflit visant (officiellement) à libérer la Libye du joug ottoman. Il organise des grèves armées (blocus de la gare de Forli) pour protester contre cette guerre, ce qui lui vaut d'être arrêté le 14 octobre 1911 et interné six mois à San Giovanni in Monte. En Romagne, sa popularité est à son comble dans les milieux socialistes.

Au congrès national de Reggio d'Emilia (juillet 1912), il obtient un succès qui dépasse largement le cadre de sa fédération de Romagne. Il affirme à l'occasion sa position à l'aile "dure" du parti, attaquant violemment les socialistes réformistes et leur chef, Leonida Bissolati. Le 1er décembre 1912, il devient le directeur de l'organe officiel du parti socialiste, le quotidien Avanti !, à Milan. S'y affichant comme un socialiste intègre, il publie à l'échelle nationale, cette fois, les articles virulents qui ont fait son succès en Romagne. Il prône le rejet systématique des gouvernements "bourgeois" et refuse toute forme de collaboration avec eux. Il se présente à Forli aux élections législatives de 1913 mais est battu.

Le printemps 1914 s'achève en Italie par une violente crise sociale. En plusieurs points du pays, des grèves insurrectionnelles éclatent. Mussolini ne manque pas d'y participer activement. A Milan, il échappe de peu à la mort lors d'une charge de la cavalerie sur les émeutiers. Dans son journal, il rend compte des événements avec une emphase teintée d'exaltation. 

Avec la crise internationale de l'été, il confirme son orthodoxie socialiste et se fait partisan d'une stricte neutralité de l'Italie. Pourtant peu de temps plus tard, en octobre 1914, il abjure ces idéaux et rompt avec le socialisme. Sa soif d'action et son ambition personnelle le poussent en effet à réclamer désormais l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés des forces de l'Entente, au nom d'une "neutralité active et agissante" qu'il appelle de ses vœux. Fustigeant le pacifisme des socialistes, il le qualifie de "stupidité proche de l'idiotie" (Avanti ! du 18 octobre 1914) ! La direction du parti qui, par ailleurs, lui reproche sa francophilie, le convoque dès le lendemain puis l'exclut sans tarder (le 24 novembre). Mussolini n'est plus socialiste.

Le 14 novembre, il fonde un nouveau journal, Il Popolo d'Italia, dans lequel il reprend sa croisade pour l'entrée en guerre de l'Italie. A mesure qu'il s'éloigne du socialisme, son discours se fait de plus en plus nationaliste. En mai 1915, commandité en secret par le clan interventionniste, il organise de violentes manifestations à Milan. La déclaration de guerre à l'Autriche-Hongrie (23 mai) le ravit et l'ancien réfractaire part pour le front en août. Il y sert au 11e Bersaglier. 

Dans les tranchées à partir de septembre 1915, Mussolini se montre courageux et endurant. Il est nommé caporal en février 1916. Le 23 février 1917, il est grièvement blessé par l'explosion du mortier de tranchée qu'il sert. Il est hospitalisé à Udine jusqu'en août, puis, réformé, il est rendu à la vie civile. Il passe la fin de la guerre à la tête de son journal, Il Popolo d'Italia.

Le 23 mars 1919, il fonde à Milan les premiers Fasci italiani di combattimento (Faisceaux de combat d'Italie). Ce nouveau mouvement rassemble à l'origine des anciens combattants, autour d'un ensemble hétéroclite d'idéaux allant du nationalisme au socialisme. Malgré une croissance rapide des effectifs, les Faisceaux subissent un échec aux élections législatives de 1919. 

Très vite pourtant, Mussolini exploite les principaux thèmes du mécontentement populaire italien. Les anciens combattants, laissés pour compte, sont souvent réduits à la misère, le pouvoir d'achat s'effondre, le chômage s'enflamme, les Italiens sont scandalisés par l'attitude des grandes puissances de l'Entente à l'égard de leur pays, etc. En marge des discours et des articles, il entretient un climat de violence, dont ses "squadre" (équipes de gros bras) sont les exécutants. Dans le contexte d'incertitude et de malaise social, les manifestations des fascistes leur attirent la sympathie d'une partie de la population. En s'opposant systématiquement aux mouvements d'extrême gauche (futurs communistes), ils font figure de rempart contre le bolchevisme. La bourgeoisie s'intéresse donc à Mussolini et à ses troupes. 

C'est en novembre 1920, lors du congrès de Rome, que les Faisceaux deviennent un vrai parti politique, avec Mussolini à sa tête. Celui-ci lui donne une idéologie qui n'a plus qu'un lointain rapport avec son socialisme d'avant-guerre. Il développe notamment la notion de corporatisme pour gérer les questions sociales. A compter de cette époque, le destin de Mussolini se confond avec l'histoire du fascisme. 

Fort de 700.000 membres au début de l'année 1922, le parti fasciste devient un acteur essentiel de la vie politique italienne au cours de l'été, lorsqu'il se mobilise pour lutter contre la grève insurrectionnelle déclenchée par les communistes. En octobre, Mussolini réclame la dissolution des chambres et la participation des fascistes au gouvernement puis, pour peser sur le pouvoir, organise la Marche sur Rome des Chemises Noires fascistes (du 27 au 29 octobre). Le 30, il est nommé chef du gouvernement par le roi. Son pari a réussi : en trois ans, l'agitateur obscur est devenu président du Conseil.

Après une période dominée par la prudence et le respect de la légalité parlementaire, il se fait accorder les pleins pouvoirs le 25 novembre 1922. Sans que l'Italie ne réagisse, elle vient d'entrer dans une période de dictature. De fait, peu d'Italiens manifestent leur opposition à Mussolini. Au contraire, celui-ci s'attire les sympathies d'un certain nombre d'intellectuels (Croce) et d'hommes politiques (Giolitti). 

L'année 1924 est une période charnière dans la vie de Mussolini, comme pour l'Histoire de l'Italie. Après de savantes manipulations des lois électorales, les élections législatives d'avril donnent une écrasante majorité aux fascistes. Mais ce succès provoque la réaction de certains opposants, comme Matteotti, enlevé et assassiné par les fascistes en juin. Cet assassinat politique fait trembler un temps le pouvoir du "Duce", mais une habile manœuvre de sa part et une réaction stérile des députés d'opposition (le fameux "retrait sur l'Aventin") le font sortir de la crise plus fort que jamais. Le 3 janvier 1925, il endosse publiquement la responsabilité du meurtre de Matteotti. 

Pendant les années qui suivent, Mussolini conforte sa position à la tête de l'État en faisant adopter une série de lois liberticides. Dirigisme dans tous les secteurs, jeunesse embrigadée, parti unique, propagande omniprésente, culte de la personnalité et oppositions jugulées sont les maîtres mots de cette politique. Très pragmatique, le Duce sait renier son anticléricalisme d'antan pour conclure avec Pie XI les accords du Latran en 1929. Les réussites du fascisme également (grands travaux, restauration de la fierté nationale par le retour de l'Italie dans le concert des nations, limitation du chômage, etc.) font beaucoup pour lui attirer l'adhésion de la population. 

Mais, plus que tout, c'est le personnage même du Duce qui domine toute cette période. Mussolini se met en scène. Torse nu dans les champs pour les moissons, en grand uniforme avec les soldats ou en tenue de sport sur une moto, il se fait filmer, photographier, enregistrer... C'est que l'homme est un acteur. Lors de ses apparitions en public, il fascine les foules par ses mimiques, ses gesticulations, ses discours enflammés. Grand amateur de femmes, il ne compte plus les maîtresses, ce qui ne fait qu'accentuer le côté excessif, jovial, bon vivant et, en fin de compte, latin du personnage. 

La crise économique des années trente met à mal le fragile équilibre du système fasciste. L'Italie sombre à son tour dans le marasme. Les mesures économiques tendant vers une accentuation du dirigisme et une mise en place d'une autarcie ne résolvent pas les problèmes. En 1935, l'agression contre l'Éthiopie est une nouvelle tentative de réponse à la crise, par la constitution d'un empire colonial. Cette campagne militaire, en mettant l'Italie au ban des nations, rapproche Mussolini d'Adolf Hitler. Alors qu'auparavant le Duce n'avait pas caché sa méfiance envers l'Allemagne (il avait même été jusqu'à dénoncer le réarmement allemand), le voici allié de l'Allemagne nazie. La participation commune à la guerre d'Espagne puis, en novembre 1936, la signature de l'Axe Rome-Berlin scellent dans les faits ce rapprochement des deux dictatures. 

Les remous précédant la seconde guerre mondiale, puis la guerre elle-même, fournissent à Mussolini l'occasion de poursuivre sa politique d'expansion territoriale. En avril 1939, il entame l'occupation militaire de l'Albanie. Un an plus tard, il assiste en spectateur à la défaite de la France. L'armée italienne n'est pas prête. Le 10 juin pourtant, elle est lancée dans le conflit, contre une armée française agonisante, mais qui lui tient tête brillamment sur le front des Alpes.

L'accumulation des revers militaires entraîne le renforcement de la dictature. Mussolini se montre incapable de gérer son outil militaire et très vite l'Italie se retrouve dans le rôle d'exécutant, face à une Allemagne régulièrement contrainte de lui sauver la mise (Afrique du Nord, Balkans, etc.). Même au sein du parti fasciste, le mécontentement et l'angoisse grandissent. Le pouvoir du Duce se fissure. 

C'est l'arrivée des armées alliées en Italie (débarquement en Sicile le 9 juillet 1943) qui porte le coup de grâce au fascisme. Le 25 juillet, le Grand Conseil Fasciste déchoît Mussolini de ses fonctions, bientôt imité par le roi. Le dictateur est incarcéré sur l'île de Ponza, puis à l'hôtel du Gran Sasso, dans les Abruzzes. C'est là qu'un commando de SS, sous le commandement du célèbre Otto Skorzeny, vient le délivrer au cours d'une opération aussi spectaculaire qu'audacieuse. Il est alors conduit en Allemagne et devient un simple pion aux mains de Hitler. Afin de conserver le contrôle du nord de l'Italie non encore libéré par les Alliés, ce dernier le place à la tête d'un État fantoche : la R.S.I. (République Sociale Italienne), dont la capitale est installée à Salo. 

Retrouvant un semblant de pouvoir, Mussolini se venge des dignitaires fascistes responsables de sa destitution. En janvier 1944, il fait exécuter plusieurs anciens membres du Grand Conseil, dont son propre gendre, le comte Ciano. A la tête de sa "république", il tente sans succès de mettre en place un système authentiquement fasciste, proche du socialisme de ses débuts politiques. Il renoue également avec sa passion pour le journalisme et rédige plusieurs articles. 

Après la rupture du front italien, Mussolini se sait perdu. Sous un déguisement, il tente de rejoindre le Tyrol, puis la Suisse. Reconnu et arrêté par des maquisards le 26 avril, il est exécuté le surlendemain à Giulino di Mezzegra, près du lac de Côme. Sa maîtresse Clara Petacci, qui l'accompagnait, est passée par les armes en même temps que lui. 

Les corps des deux amants sont ensuite transportés à Milan où ils sont exhibés sur la place Loreto, pendus par les pieds et livrés à la fureur d'une populace haineuse. Il faut l'intervention d'officiers alliés pour faire cesser cette mascarade morbide et procéder à l'inhumation du Duce. Mais son histoire ne s'arrête pas là puisque dans la nuit du 22 au 23 avril 1946, un groupe de fascistes repère sa tombe et déterre sa dépouille pour la conserver comme relique. Il faut l'intervention du Vatican pour que celle-ci soit restituée, pour être inhumée (définitivement, cette fois) à San Cassiano, en Romagne

© Anovi - 2003