La seconde guerre mondiale
Les biographies

 

Félix ÉBOUÉ

(26 décembre 1884 - 17 mai 1944)

Par Agnès Granjon

"Éboué ! Tu es le lion au cri bref, le lion qui est debout et qui dit non !"
Léopold Sédar-Senghor



Quatrième fils d’une famille de cinq enfants descendant d’esclaves africains affranchis, Adolphe Sylvestre Félix Éboué vient au monde le 26 décembre 1884 à Cayenne, en Guyane française. Son père, Yves Urbain Éboué, est alors orpailleur dans la Haute Mana et, suivant l’exemple paternel, ses trois frères aînés sont devenus chercheurs d’or dans les rivières du territoire de l’Inini, où ils décèdent précocement. Sa mère, Marie Joséphine Aurélie Leveillé, nourrit la famille grâce à son épicerie de Cayenne, qu’elle approvisionne avec les récoltes de son jardin.

L’enfance du jeune Félix est profondément imprégnée des traditions et de la culture créoles transmises par sa mère. Élève intelligent, il réussit brillamment ses études primaires et obtient une bourse, en juillet 1901, pour poursuivre ses études en métropole. En octobre 1901, le jeune Éboué entre en classe de troisième au lycée Montaigne de Bordeaux. Sans négliger ses études, il s’adonne avec adresse au football et devient capitaine de l’équipe des "Muguets" de son lycée, avant de défendre les couleurs du S.B.U.C. et du Sporting Club Universitaire de France. Au cours de ses déplacements sportifs, qui le conduisent jusqu’en Belgique et en Angleterre, Félix Éboué découvre l’Europe et ses habitants. Il se passionne également pour les événements africains. Fervent admirateur de l’explorateur Savorgnan de Brazza, il prend le parti des Boers et suit avec attention la progression de l’influence française en Afrique.

Après avoir obtenu son baccalauréat ès lettres en 1905, Éboué s’installe à Paris pour préparer le concours d’entrée à l’École Coloniale. Il est reçu en novembre 1906 et suit conjointement des études de droit. L’étudiant oriente ses études vers l’administration des colonies africaines et apprend le malagasy. En 1908, il obtient sa licence de droit. La même année, en juillet, lui est décerné le diplôme de l’École Coloniale, où il s’est distingué, en particulier dans les cours de tactique et de stratégie militaires.

Nommé élève administrateur des colonies, il échange à sa demande le poste qui lui était destiné à Madagascar contre un autre, peu prisé, au Congo français. Il rejoint Brazzaville au début de l’année 1909 et obtient d’être affecté en Oubangui-Chari. Le territoire est alors encore en cours d’exploration et de pacification. Jusqu’en 1930, comme administrateur des colonies, Éboué sert les intérêts de la France au cœur de  la brousse. Entre 1909 et 1911, dans son premier poste à Bouka, il participe à la pacification des Morouba. Il passe ensuite un an à la tête de la subdivision de Bozoum, sur la frontière camerounaise. En 1912, il est nommé chef de la subdivision de Damara, près de Bangui. Cette même année, au cours d’un congé en Guyane, le jeune administrateur rencontre Eugénie Tell, qu’il épousera à Saint-Laurent en 1921. Au moment du déclenchement du premier conflit mondial, Éboué demande à s’engager dans l’armée. Mais l’administration lui oppose un refus définitif et l’envoie à Kouango, à proximité de Bangui, où il passe les quatre ans de guerre. En 1918, il est nommé à Bambari, chef-lieu de la circonscription de l’Ouaka, au centre de la colonie congolaise, puis en 1921 à Bangassou, capitale du Bas Mbomou, au sud-est du pays. En 1923, il prend la tête de l’importante subdivision du Bas Mbomou, avant de rejoindre à nouveau l’Ouaka et le Kémo-Gribingui en 1927.

Porteur de sa propre conception de la politique coloniale française, riche de ses racines africaines et guyanaises et respectueuse des traditions locales, l’administrateur Éboué participe dans chacun de ses postes successifs, en concertation avec les populations indigènes avec lesquelles il lie de nombreuses relations d’amitié, à la mise en valeur des territoires dont il a la charge. Dans l’Ouaka, à Bambari, il œuvre à l’extension des cultures commerciales de caféiers, hévéas, bananiers et coton, tout en diversifiant les cultures vivrières. A son initiative, la culture de la pomme de terre est introduite avec succès. Dans le même temps, il soutient les actions de prévention contre la maladie du sommeil. A partir de 1918, sur son impulsion, la culture extensive du coton se développe dans l’est et le centre du Congo. Son programme de plantations, refusé dans un premier temps par ses supérieurs, est mis en œuvre en 1926, alors que l’Afrique Équatoriale Française (A.E.F.) traverse une crise économique. Félix Éboué contribue également à doter  la colonie d’infrastructures modernes. Il lance ainsi la construction du réseau ferroviaire et de l’axe routier reliant Fort-Lamy à Bangui, ainsi que celle d’un grand nombre d’écoles. Éboué tente de retarder du mieux qu’il peut l’application des directives ministérielles qui mettent à mal le système africain des chefferies.

Ses origines, son éducation et sa soif de connaissances l'ont conduit très tôt  à s’intéresser aux cultures et aux structures sociales et politiques africaines. Ce franc-maçon stoïcien apprend les langues locales, entreprend à partir de 1924 avec l’aide de sa femme de décrypter le langage musical des peuples de l’Oubangui-Chari, et conduit de véritables recherches anthropologiques sur l’ensembles des peuples congolais. Il contribue ainsi à une meilleure compréhension de l’Afrique noire en publiant différents ouvrages, résultats de ses études : Langues Sango, Banda, Baya et Mandjia : Notes grammaticales, Mots groupés d’après les Sens, Phrases, Vocabulaire en 1918 ; Société d’Initiés en Pays Banda en 1931 ; Les Peuples de l’Oubangui-Chari. Essai d’Ethnographie, de Linguistique et d’Economie sociale en 1933 ; La clef des Langages tambourinés et sifflés en 1935.

En 1927, sur la proposition du ministre de l’Instruction publique, Félix Éboué est fait chevalier de la Légion d’honneur. Militant à la S.F.I.O., il adhère en 1928 à la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui combat la politique coloniale africaine. Bien qu’il ait fait preuve de ses capacités et de son talent d’administrateur dans les tâches successives qui lui ont été confiées, sa résistance aux directives gouvernementales retarde sa promotion au grade d’administrateur en chef, qu’il n’obtient qu’en 1930. En avril 1931, de congé en France, il participe au congrès international d’anthropologie organisé à l’occasion de l’exposition coloniale de Paris.

En 1932, le ministre des Colonies Paul Reynaud nomme Félix Éboué secrétaire général auprès du gouvernement de la Martinique. Le défi à relever est d’importance : il est le premier haut administrateur noir de ce territoire aux profonds antagonismes raciaux, et ses opinions socialistes ainsi que son opposition à la politique coloniale officielle lui valent de nombreuses inimitiés. Il doit défendre avec loyauté la politique du gouverneur, qu’il n’approuve pas, auprès du conseil général de l’île qui la refuse. A deux reprises, Éboué doit assurer l’intérim du gouverneur, un mois en juillet 1932 et surtout sept mois consécutifs de juillet 1933 à janvier 1934. Au cours de cette période d’intérim, il prend des initiatives politiques et sociales, luttant contre la fraude électorale, faisant élever des logements sociaux à l’emplacement des taudis de Fort-de-France, lançant un véritable mouvement sportif en faveur de la jeunesse martiniquaise. Il s’emploie également à tempérer les antagonismes qui opposent blancs, noirs et métis. Son action est interrompue par le ministre des Colonies Pierre Laval, qui le rappelle en métropole avant de l’affecter en avril 1934, toujours comme secrétaire général, au Soudan français.

Félix Éboué rejoint Bamako en août 1934. De février 1935 jusqu’à son départ en septembre 1936, il assure là aussi l’intérim du gouverneur. Dans un premier temps, il soutient l’action de l’Office du Niger, qui entreprend de mettre en valeur les terres alluviales du fleuve Niger, avant de s’opposer à ses procédés trop dirigistes. Il tente également de lutter contre les abus de l’administration coloniale. Il bénéficie du soutien des élites noires occidentalisées, mais son désir de mettre en place une administration indirecte et décentralisée se heurte à l’opposition du Gouvernement Général. Comme en Oubangui-Chari, il étudie avec intérêt les us et coutumes des différentes ethnies soudanaises, en particulier les Bobo, les Mossi et les Gourounsi.

En septembre 1936, Éboué est rappelé par le ministre des Colonies Violette, qui lui confie la tâche d’appliquer en Guadeloupe, où sévit une forte crise économique et sociale, les réformes du Front Populaire. Le 29 septembre 1936, il est nommé gouverneur intérimaire ; il prend ses fonctions à Pointe-à-Pitre le 20 octobre. Guidé par les principes de "Légalité, Neutralité, Égalité", le nouveau gouverneur parvient, à la suite de négociations tripartites souvent difficiles, à faire entrer en vigueur les nouvelles lois sociales. Il lance de nombreuses mesures, financées sur les fonds publics, pour améliorer le sort des Guadeloupéens : assainissement des eaux, plan de constructions de cités ouvrières, aide au crédit coopératif agricole, développement de l’instruction, formation professionnelle, actions en faveur de la jeunesse, création d’un office de tourisme, mise en place des premières structures syndicales. En deux ans, Éboué réussit, en partie grâce à une conjoncture plus propice, à épurer les finances publiques de l’île. Sous son administration, un nouveau style de gouvernement apparaît : Éboué est parmi ses administrés et multiplie les déplacements sur l’ensemble du territoire. Auprès de la population, il développe le thème de la "solidarité antillaise". Mais en juillet 1938, le ministre Georges Mandel le rappelle. Éboué est porté en triomphe par les Guadeloupéens jusqu’à l’embarcadère où l’attend le navire qui doit le reconduire en métropole.

En novembre 1938, le ministre des Colonies nomme Éboué gouverneur de 2e classe au Tchad, territoire qui vient d’être élevé au rang de colonie en prévision du conflit qui s’annonce. Laissant sa famille en France, le nouveau gouverneur rejoint seul Fort-Lamy, le 4 janvier 1939. Le Tchad n’est pas totalement pacifié, et pâtit, dans les secteurs sous contrôle civil, d’un indéniable déficit en structures administratives. Dès son arrivée, Félix Eboué s’oppose au gouverneur général Boisson qui lui ordonne de restreindre l’autorité des chefs autochtones, et lance de grands travaux pour établir des voies de communication, essentielles en raison de la position géostratégique du Tchad qui ouvre vers le cœur de l’Afrique, en particulier vers le Congo. Aucune route ne relie alors le Soudan anglo-égyptien à l’Afrique Occidentale Française et au Nigeria, et l’axe routier conduisant de Fort-Lamy à Bangui est praticable six mois par an seulement. La politique d’Éboué vise également à améliorer la défense du Tchad. Face aux troupes italiennes massées à la frontière libyenne, il constitue des unités de méharistes, chargées de consolider le dispositif français et de harceler les Italiens.

En juin 1940, la métropole française est envahie par les forces allemandes. Le 16, Pétain demande l’armistice. Après quelques jours d’hésitation, le gouverneur général de l’A.E.F. Boisson se rallie au régime de Vichy et donne l’ordre au gouverneur et aux autorités militaires du Tchad d’appliquer la convention d’armistice. Mais Éboué refuse la défaite. Le 18 juin, à Fort-Lamy, il a entendu sur les ondes l’appel du général de Gaulle. Fort du soutien de la majorité des militaires et de ses subordonnés, il câble le 29 juin à Boisson qu’il est résolu à maintenir la colonie en guerre. Il s’oppose aux injonctions répétées du gouverneur général et entre en contact avec de Gaulle, à Londres. Le 16 juillet, le général lui télégraphie : "Je suis informé de votre attitude que j’approuve entièrement. Le devoir consiste à tenir chaque point de l’Empire, pour la France, contre les Allemands et les Italiens. Je vous demande de me renseigner sur votre situation pour autant que vous jugerez opportun de le faire. Je suis à votre disposition pour le concours que je pourrais vous apporter. Je vous demande de vous tenir en liaison avec moi. Cordiale sympathie. Charles de Gaulle". Le 20 juillet 1940, Félix Éboué réaffirme son refus de l’armistice à Boisson, qui s’est déplacé à Fort-Lamy. Mais la survie de la colonie dépend de l’aide militaire et financière des Britanniques, et les négociations entreprises n’avancent pas. Le 29 juillet, par l’intermédiaire de l’Anglais Giles, Éboué écrit cependant à de Gaulle que le Tchad reste en guerre. Le 24 août, les émissaires du général, le commandant Colonna d’Ornano et René Pleven, sont chaudement accueillis à Fort-Lamy. Après une journée de concertation, le 26 août 1940 à la mairie de Fort-Lamy, le colonel Marchand, commandant des troupes tchadiennes, lit à la population européenne de la ville rassemblée, au nom du gouverneur Éboué et du commandement militaire, l’acte de ralliement de la colonie à la France Libre, qui est aussi un véritable programme politique :

"Le Tchad est devenu français grâce à l’abnégation, au courage, à la volonté, au travail d’une phalange de soldats, d’administrateurs et de colons dont l’esprit est devenu dans toute l’Afrique le symbole de l’énergie française.

Gardienne des marches de l’Afrique française, avant-postes d’une armée qui a dû déposer ses armes avant même d’avoir combattu, les garnisons du Tchad se sont soumises avec douleur, mais dans la plus stricte discipline, à un armistice qui fut conclu sans que fût consulté l’Empire français.

Au cours des deux derniers mois, les Français d’Afrique ont constaté que l’armistice ne se borne pas à obliger la France à abandonner la lutte, mais que, sous la contrainte évidente de l’ennemi, le gouvernement métropolitain est obligé d’accumuler les mesures d’hostilité envers la Grande-Bretagne et d’imposer à l’Afrique française une politique d’isolement économique qui mène les populations indigènes aussi bien que les Européens à la ruine. Le gouverneur du Tchad et le commandant militaire du territoire, constatant que les intérêts de toute nature confiés à leur garde sont mis en péril par une politique qui ignore les nécessités de la vie du territoire, convaincus que la restauration de la grandeur et de l’indépendance française exige que la France d’Outre-Mer continue à se battre aux côtés de la Grande-Bretagne, décident de proclamer l’union du territoire et des troupes qui le protègent aux Forces françaises libres du général de Gaulle, d’organiser immédiatement une coopération économique étroite avec les colonies britanniques voisines et de faire appel aux autres parties de l’Afrique française également menacées pour qu’elles imitent l’exemple du Tchad.

Le Tchad fut gagné à la France malgré l’indifférence des autorités centrales. Fidèles à l’esprit des aînés, les Tchadiens garderont le territoire à la France envers et contre tous".

Le remplaçant d’Éboué, désigné par le gouvernement de Vichy qui a relevé le gouverneur de ses fonctions, n’atteindra jamais Fort-Lamy. Le 27 août, de Gaulle cite Félix Éboué à l’ordre de l’Empire. Quelques jours après, le Congo-Brazzaville, puis l’Oubangui-Chari rejoignent la France Libre. Le 15 octobre 1940, Éboué accueille de Gaulle, venu à Fort-Lamy consacrer le ralliement de la colonie à la France Libre. Les deux hommes s’apprécient. Le 27 octobre, le général le fait entrer au nouveau Conseil de Défense de l’Empire. Puis, le 13 novembre, par un décret pris à Brazzaville, il le nomme gouverneur général de l’A.E.F. Le 10 décembre, Éboué reçoit les honneurs des troupes du Tchad du colonel Leclerc et rejoint Brazzaville. Le 29 janvier 1941, il est décoré par de Gaulle de la croix de la Libération. En 1941, au sein du Conseil de défense de l’Empire, Félix Éboué se déclare partisan du combat en Syrie contre les troupes du gouvernement de Vichy.

Il mobilise alors toute son énergie pour faire de l’A.E.F. un point d’appui géostratégique pour les troupes de la France Libre. De Brazzaville, il contribue à la formation d’une armée de 40.000 hommes et soutient la progression militaire en Afrique du Nord contre le Sahara italien. En juillet 1942, de Gaulle supprime le Haut-Commissariat de l’Afrique française libre. Éboué a désormais seul la charge d’entraîner les populations de l’A.E.F. dans l’effort de guerre et d’assurer le ravitaillement des troupes de la colonne Leclerc. Le gouverneur peut enfin appliquer sa propre politique coloniale. Dès janvier 1941, il énonce dans une circulaire générale les grands points de celle-ci : respect des traditions et des particularités tribales, administration en liaison avec les chefs locaux, décentralisation administrative par la participation à la gestion locale de la bourgeoisie autochtone, amélioration des conditions de travail, établissement d’un système économique autonome. Il espère ainsi faire émerger une classe moyenne indigène capable de prendre les rênes de la colonie. Éboué libère ainsi les chefs africains qui avaient été emprisonnés sur ordre de Boisson. Il affirme avec force ses convictions dans son étude La nouvelle Politique indigène pour l’Afrique Équatoriale Française, qui paraît à Brazzaville en novembre 1941.

Le gouverneur général organise l’économie de guerre des colonies, multipliant les interventions auprès des représentants britanniques pour obtenir le soutien du Royaume-Uni. Un accord est enfin conclu le 20 mai 1941 et renouvelé le 18 mars 1942. Félix Éboué développe des circuits commerciaux avec les Etats-Unis, le Congo belge, l’Afrique du Sud et le Nigeria pour écouler les productions agricoles et minières et obtenir des devises. Politique économique et commerciale qui porte ses fruits, puisque dès 1943 le budget de l’A.E.F. est ainsi largement excédentaire. Cependant, Éboué planifie aussi le développement économique à long terme des territoires. Suivant les principes qu’il avait déjà énoncés en Oubangui-Chari, au Soudan et au Tchad, il commence à appliquer sa politique indigène. Le 6 novembre 1941, il réunit à Brazzaville une commission consultative des notables de l’A.E.F. Deux jours plus tard, dans une circulaire générale, citant Lyautey comme modèle, le gouverneur précise les nouvelles orientations qu’il souhaite faire prendre à l’A.E.F. : association à l’administration des chefs, des notables et des conseils indigènes ; création de juridictions civiles africaines pour faire respecter le droit coutumier ; contrats de travail garantissant les droits des employés ; mise en place du "travail associé" appelant colons et concessionnaires à créer des entreprises pilotes pour initier les exploitants et les ouvriers africains aux méthodes modernes ; liberté d’entreprendre pour les Africains ; constitution de sociétés de prévoyance pour Africains et colons. Le gouverneur général Éboué souhaite aussi agir en faveur de l’hygiène, de la morale, de l’instruction et former des cadres africains, en particulier dans le secteur médical. Les effets de son impulsion politique se manifestent rapidement. En juillet 1942, sur propositions du gouverneur, de Gaulle signe plusieurs décrets : création d’un office du travail ; définition du statut des "notables évolués" qui peuvent désormais siéger dans les collèges électoraux et les conseils municipaux ; organisation, sur la base d’unité ethnique, de communes urbaines africaines bénéficiant d’une certaine autonomie administrative et financière. En septembre 1942, Éboué guide de Gaulle lors de sa tournée d’inspection de l’A.E.F.. Quelques mois plus tard, le 13 mai 1943, il obtient l’autorisation de créer des tribunaux civils africains. Fidèle à de Gaulle, en mars 1943 il appelle ses compatriotes d’Outre-Mer à le soutenir contre le général Giraud.

Devant les gouverneurs et les gouverneurs généraux des colonies françaises réunis en conférence à Brazzaville à partir du 30 janvier 1944, Éboué, qui a minutieusement préparé son intervention, déclare alors : "Les territoires africains doivent être acheminés vers la décentralisation administrative et la personnalité politique". Ses grands principes d’administration coloniale sont officiellement validés dans les recommandations prises à l’issue de la réunion : décentralisation, participation des indigènes à l’administration, principe de justice sociale, modernisation de l’économie par l’établissement d’un programme d’industrialisation, redistribution des terres en fonction des ethnies, des entités politiques et des intérêts économiques de chaque colonie, représentation des colonies dans la future assemblée constituante. Cependant, plusieurs idées chères à Félix Éboué ne sont pas retenues, en particulier la question si importante de l’autonomie politique à long terme des colonies françaises.

Épuisé par ses années de lutte, le gouverneur général de l’A.E.F. quitte Brazzaville le 16 février 1944 en compagnie de sa femme et de sa fille. Sa famille a en effet réussi à quitter la France occupée en décembre 1942, pour le rejoindre. Après avoir séjourné quelques temps en Syrie, les Éboué rejoignent l’Égypte. Au Caire, Félix Éboué intervient efficacement pour atténuer les tensions entre les représentants du Comité Français de Libération Nationale et le premier ministre égyptien Nahas Pacha. Sa médiation permet de rétablir les relations diplomatiques entre les deux gouvernements. Début mai 1944, alors qu’il donne une conférence sur l’A.E.F. aux élèves du lycée français, Félix Éboué est pris d’un brusque malaise. Il  décède quelques jours plus tard, le 17 mai, à 14 h 45, des suites d’une congestion pulmonaire.

De Gaulle rend un vibrant hommage à celui qui l’a toujours soutenu : "Chaque Français sait et se souviendra qu’en maintenant en guerre, aux pires moments de notre histoire, le territoire du Tchad, dont il était le gouverneur, Félix Éboué a arrêté aux lisières du Sahara l’esprit de capitulation, avant-garde de l’ennemi, consacré un refuge à la souveraineté française, assuré une base de départ au triomphe de l’honneur et de la fidélité. Félix Éboué, grand Français, grand Africain, est mort à force de servir. Mais voici qu’il est entré dans le génie même de la France".Par la loi du 28 septembre 1948, la France décide d’inhumer au Panthéon les restes de l’ancien gouverneur. Débarquée à Marseille le 2 mai 1949, la dépouille de Félix Éboué est inhumée au Panthéon le 20 mai 1949 aux côtés de celle de Victor Schoelcher.

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