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Henry FRENAY (19 novembre 1905 - 06 août 1988) Par Agnès Granjon
Jusqu’alors, le jeune militaire n’a porté aucune attention à la politique. Sa rencontre avec Berty Albrecht, en 1935 à Sainte-Maxime, où il est en vacances, va déterminer ses engagements ultérieurs. Frenay tombe sous le charme de la belle Berty. Issue de la grande bourgeoisie protestante marseillaise, madame Albrecht est une féministe proche des communistes, mais également des milieux antifascistes. Par son intermédiaire, Frenay va rencontrer un grand nombre de réfugiés allemands, autrichiens et tchèques et ouvrir les yeux sur les dangers du nazisme. Après avoir brillamment réussi à l’École Supérieure de Guerre, d’où il sort en 1937 capitaine d’infanterie breveté, Frenay rejoint le Centre d’études germaniques de Strasbourg. Durant une année, il étudie la nouvelle Allemagne, lit Mein Kampf dans le texte et rédige un mémoire très fouillé sur la minorité allemande de Haute Silésie. Il devient ainsi l’un des meilleurs spécialistes de l’Allemagne nazie au sein de la communauté militaire Dès cette époque, il sépare très clairement le nazisme de l’Allemagne elle-même. En 1939, Frenay est affecté à l’état-major de la 17e région militaire à Ingwiller, au nord de Strasbourg. Mobilisé comme capitaine d’active au moment de la déclaration de guerre, il participe à la campagne de France sur le front vosgien. En avril 1940, il est affecté à l'état-major d'un corps d’armée. A la suite des combats décisifs de mai-juin 1940, il est fait prisonnier au col du Donon le 25 juin. Se jurant d’être libre pour le 14 juillet, il tente de s’évader dès le 26 juin. Il réussit le 30 juin, traverse les Vosges puis la Haute-Saône, se procure des vêtements civils, passe la ligne de démarcation près d’Arbois, puis s’arrête à Lyon le 9 juillet avant de rejoindre Sainte-Maxime. Le 27 juillet, avec son consentement, Frenay est affecté à l’état-major du commandant d’armes de la place de Marseille. Refusant la défaite, il est consterné par la résignation des Français. Dès l’été 1940, il rédige une sorte de profession de foi et dessine très rapidement les cadres théoriques d’un mouvement de résistance armée, cadres qui seront adoptés par le mouvement de libération nationale (M.L.N.) puis par Combat. La structure qu’il conçoit alors comprend trois branches distinctes :
Le recrutement doit bien sûr être clandestin. Frenay prévoit d’articuler le mouvement en sizaines et en trentaines avec un cloisonnement entre les membres pour des raisons évidentes de sécurité. Sans argent ni relation, il dispose cependant de son expérience militaire et de sa connaissance approfondie de l’ennemi. Il peut aussi s’appuyer sur sa forte personnalité, son assurance, son dynamisme, son obstination, sa facilité à nouer des contacts, ainsi que sur son goût de l’action et de l’organisation. Dans un premier temps, il diffuse ses idées auprès d’amis sûrs, le lieutenant Maurice Chevance, Claude Bourdet, le docteur Recordier, Jacques Baumel, Jean Gemähling. En novembre 1940, il rédige avec certains d’entre eux le texte fondateur du M.L.N. : C’est à la fois un acte de confiance envers le maréchal Pétain et à sa politique de Révolution nationale : « A l’œuvre du maréchal Pétain, nous sommes passionnément attachés (...). Nous souscrivons à l’ensemble des grandes réformes qui ont été entreprises » et un refus total de l’occupation allemande. Pour Frenay et ses amis, il est alors évident que Pétain joue un double jeu. Mais « dans l’ordre chronologique, cette Révolution nationale viendra après la Libération nationale, laquelle vise à bouter le Boche hors de France ». L’objectif du M.L.N. est clair : reprendre la lutte armée pour libérer la France des occupants allemands. En novembre 1940, à l’instigation du lieutenant-colonel Baril, le capitaine Frenay est affecté au 2e Bureau de l’état-major à Vichy. Ce service est chargé du renseignement. Frenay accueille cette affectation favorablement, comptant sur ce nouveau poste pour faciliter l’essor du M.L.N. En décembre, il quitte Marseille, laissant le soin à ses amis de poursuivre le développement de leur organisation dans le sud du pays. Son passage à Vichy sera cependant de courte durée. Il lui permet de retrouver Berty Albrecht, qui travaille au commissariat au chômage féminin. Peu à peu, Frenay perd ses illusions. Il prend conscience que l’insurrection armée devra être clandestine. Il écrit ainsi au capitaine Paillole : « Je ne resterai pas dans l’armée. Malgré le patriotisme de la plupart des militaires, elle est aux ordres de chefs et d’un gouvernement aux ordres de l’ennemi. Non seulement elle sera paralysée dans ses velléités de résistance, mais encore elle cautionne la politique de collaboration (...). Le relèvement de la France exige une action d’un autre caractère. Il faut appeler à la résistance de tous les milieux. Il faut se battre par tous les moyens, non seulement contre l’occupant, mais aussi contre le régime qui accepte sa loi. Il faut se battre même si le sang doit couler. Peut-être faudra-t-il des martyrs. C’est à ce prix que nous nous redresserons (...) ». Le doute devient plus fort encore pour Frenay à la suite de la rencontre, le 18 janvier 1941, entre Pétain et Laval à La Ferté-Hauterive. Le 23 janvier, le capitaine Frenay écrit à son ministre pour demander un congé d’armistice. En février 1941, juste avant son départ de Vichy, il rencontre en compagnie de son vieil ami Robert Guédon, qui travaille comme lui au 2e Bureau, le général de La Laurencie. Celui-ci se montre plutôt favorable à ses idées. A la suite de cette entrevue, en juin 1941, Frenay recevra du général, par l’intermédiaire de Georges Batault, une première somme de cent mille francs. Alors qu’il s’apprête à retourner à la vie civile, avec le concours de Berty Albrecht qui est devenue son bras droit, Frenay rédige et diffuse un premier Bulletin d’Information et de Propagande. Ces simples feuilles, dactylographiées en 18 exemplaires, apportent des informations brutes sur les actions des occupants et sur la poursuite de la guerre en Europe, informations qui sont obtenues via la section allemande du 2e Bureau, l’écoute de la B.B.C. et de la radio de Genève. Les quelques exemplaires sont envoyés à des amis sûrs, qui sont eux-mêmes chargés de les reproduire et de les diffuser. Le 28 février 1941, la demande de congé du capitaine Frenay est acceptée. Il quitte l’armée, mais conservera des mois durant des contacts au sein du 2e Bureau. L’ex-militaire se consacre désormais entièrement à l’essor du M.L.N. Il installe son bureau à Lyon, tout en effectuant de nombreux voyages en zone libre. Ses déplacements se font le plus souvent par chemin de fer, de nuit et en 3e classe. Des groupes se créent ainsi à Lyon, à Nice, à Toulon, à Clermont-Ferrand, ... Au contraire d’autres mouvements émergents, le recrutement du M.L.N. s’effectue suivant un large éventail politique et social. Dans un premier temps, son action vise surtout l’information, la propagande et le renseignement. Surveillé par la police française, Henri Frenay échappe de peu à l’arrestation au printemps 1941. Il doit abandonner son appartement lyonnais du quai Gailleton et entrer dans la clandestinité. Devant sans cesse changer de logement, il trouve refuge chez des amis sûrs, tels les Roussillon à Villieu, puis les Roujoux à Charnay-lès-Mâcon... Il s’impose de lourdes contraintes de sécurité, emploie plusieurs pseudonymes, qu’il change souvent : Francen, Molin, Maurin, Tavernier, Gervais, Lefebvre, Xantrailles, etc. Le plus connu restera Charvet. Il modifie aussi souvent son apparence, par le port de nouvelles lunettes, de nouvelles coiffures, et de nouveaux vêtements. En mars 1941, le M.L.N. est implanté dans quatre départements. Frenay passe alors en zone Nord, où il retrouve Robert Guédon qui a créé son propre réseau de renseignements. Grâce à lui, l’action du M.L.N. se poursuit en zone occupée. Lors de ses déplacements en zone Nord, Frenay noue également des liens avec Brossolette, Jean Texcier, le colonel Touny, chef de l’organisation civile et militaire (O.C.M.) et les dirigeants syndicalistes Christian Pineau et Charles Laurent. Par le biais de son ami Pierre de Froment, il entre en contact avec Jacques Mulliez, le fondateur d’une feuille clandestine, Petites Ailes du Nord et du Pas-de-Calais. Très intéressé par ce journal, qui est ronéotypé à 700 exemplaires, Frenay fait en sorte qu’il devienne, sous le nom Les Petites Ailes de France, celui de l’ensemble du M.L.N., avec une diffusion nationale. Berty Albrecht trouve un imprimeur à Villeurbanne, M. Martinet, qui accepte de prendre le risque. Le premier numéro imprimé des Petites Ailes de France, premier journal clandestin imprimé de la zone Sud, paraît le 16 juillet 1941. En août, l’étau se resserre autour de Frenay. Prévenu la veille par un inconnu d’une descente de police, il doit abandonner avec Berty Albrecht leurs bureaux de l’avenue de Saxe à Lyon. Avec l’aide de sa secrétaire, Simone Gouyou, Frenay arrive cependant à sauver les archives du mouvement, ainsi que les mécanismes d’explosifs qu’ils ont en dépôt. Pour éviter que le lien ne soit fait par les polices française et allemande entre leur groupe et le mouvement de la zone occupée, la décision est alors prise de changer le nom du journal et de lui donner des noms distincts : Vérités pour la zone Sud et Résistance pour la zone Nord. En juin 1941, Frenay fait plusieurs rencontres décisives. Vers le milieu du mois, il recrute deux étudiants de l’École polytechnique, André Bollier et Jean-Guy Bernard. Quelques mois plus tard, dans le courant de l’automne, il confie à Bollier la mission d’assurer l’impression et la diffusion du journal. Quant à Bernard, il devient en quelque sorte son secrétaire général. Ces deux jeunes résistants seront pour Frenay de précieux appuis. Surtout, en juin 1941 le chef du M.L.N. rencontre pour la première fois François de Menthon. Professeur à la faculté de droit et militant catholique, celui-ci est le fondateur, avec d’autres membres de l’ancien parti démocrate-populaire, dont Pierre-Henri Teitgen, d’un mouvement de tendance chrétienne démocrate qui publie un journal clandestin de propagande, Liberté. Dès lors, Frenay et de Menthon se tiennent informés de leurs actions et de leurs projets, et se rencontrent à plusieurs reprises. C’est par le biais de celui-ci que Frenay apprend la création de Libération Sud par d’Astier de la Vigerie. En juillet 1941, autre rencontre déterminante pour Henri Frenay : celle de Jean Moulin. Celui-ci, qui s’apprête à rejoindre Londres, cherche à rassembler le maximum d’informations possibles sur la résistance intérieure. Organisée par le pasteur Howard, de l’association américaine d’aide sociale Joint Committee, la première entrevue Frenay-Moulin a lieu à Marseille chez le docteur Recordier. Frenay fait à Moulin un historique du M.L.N. et lui dévoile ce qu’il connaît des autres mouvements. Pour le chef du M.L.N., il s’agit de l’occasion rêvée d’entrer en contact avec les Français de Londres et de transmettre les renseignements récoltés par les membres du groupe. Jusqu’alors, les informations d’importance glanées par le M.L.N. étaient transmises à Constance Harvey, au consulat général des Etats-Unis à Lyon. Au cours des mois suivants, l’action de Frenay vise à regrouper en une seule organisation les différents mouvements de la zone Sud. Dès l’été 1941, il subdivise la zone en six régions, nommées de R1 à R6. Mais les pourparlers avec le chef de Libération Sud échouent. D’Astier, dont le mouvement regroupe essentiellement des résistants de tendance socialiste et syndicaliste, se méfie des positions de Frenay vis-à-vis du maréchal Pétain et de Vichy. Convié par Frenay à une réunion des organisateurs de mouvements à Grenoble en novembre 1941 pour organiser leur union, d’Astier ne vient pas. La fusion s’effectue donc uniquement entre le M.L.N. et Liberté. Elle donne naissance au Mouvement de Libération française (M.L.F.) et à un nouveau journal, Combat. L’appellation M.L.F. reste vite lettre morte. Dès la parution du premier numéro de Combat en décembre 1941, c’est sous son nom que le mouvement, porteur d’un réel projet politique, trouve son identité. En janvier 1942, Frenay rencontre à nouveau Jean Moulin. L’ancien préfet est désormais l’envoyé officiel du général de Gaulle, qui l’a missionné pour unifier les mouvements de résistance. Le chef de Combat a quant à lui choisi de se rallier au chef de la France Libre. En décembre 1941, il a refusé de suivre le général de La Laurencie, qui bénéficie alors de l’appui des Américains, et de s’affilier aux services anglo-saxons. Pour Frenay, de Gaulle est « un symbole nécessaire ». Mais il souhaite une coordination des actions entre la résistance intérieure et la France Libre, non une subordination. Il refuse de devenir un simple exécutant et défend l’indépendance des mouvements. Des tensions apparaissent donc entre Frenay et Moulin à propos de la fonction et de l’organisation de la résistance intérieure. Frenay est particulièrement réticent à l’idée de séparer les activités civiles des actions paramilitaires comme veut le lui imposer le délégué du général. A cette date, Combat est le premier mouvement de la zone non occupée en terme d’effectifs. De tous les mouvements de résistance, c’est le plus structuré et le plus ramifié. Le groupe comprend 14 services nationaux spécialisés et jusqu’à 200 permanents clandestins. Dans les premiers mois de 1942, il est touché, tant en zone Sud qu’en zone Nord, par une importante série d’arrestations. Berty Albrecht est interpellée à deux reprises, en janvier puis en avril 1942. Avec l’accord des membres du comité directeur de Combat, dans l’espoir d’obtenir la libération des personnes incarcérées, Frenay se rend alors à deux reprises à Vichy, sous sa vraie identité, pour rencontrer Pierre Pucheu. Mais le ministre de l’Intérieur pose des conditions inacceptables à la fin de la répression contre les militants de Combat : l’arrêt des attaques dans Combat contre le gouvernement et le maréchal, la promesse de ne pas s’engager dans l’action armée, le maintien d’une liaison avec le gouvernement. En dépit de son échec, la tentative de dialogue avec le gouvernement en place soulève un fort sentiment de malaise au sein des différents mouvements de résistance. Ces entrevues sont en effet très mal perçues par les dirigeants et mettent un frein pour quelques mois aux tentatives de rapprochement, en particulier avec d’Astier. Après le retour de Laval à la tête du gouvernement en avril 1942, Frenay écrit : « Le mythe Pétain a vécu ». Il rompt définitivement avec Vichy. Durant l’année 1942, pour préparer les résistants à la lutte armée le chef de Combat créé les premières cellules de l’Armée secrète (A.S.) et les premiers groupes francs. En août 1942, Henri Frenay part pour Londres, où il rencontre pour la première fois le chef de la France Libre. En octobre 1942, un accord est conclu à Londres entre de Gaulle, Frenay et d’Astier sur la nécessité de coordonner les différents mouvements en un Conseil National de la Résistance. Le chef de Combat se montre toutefois hostile à la volonté du général d’inclure dans cet organisme les anciens partis politiques de la IIIe République. Il aspire à la fondation d’un grand parti de la résistance. Il déclare alors à de Gaulle : « Nous nous considérons comme un parti politique vis-à-vis d’un gouvernement », ce à quoi le général répond : « La France choisira entre vous et moi ». Frenay fait également preuve d’une certaine méfiance vis-à-vis des résistants communistes. Il rentre en France le 17 novembre 1942. Dix jours plus tard, le 27 novembre, le comité de coordination des mouvements de la zone Sud est réuni pour la première fois. Il regroupe autour de Moulin le général Delestraint, Frenay, d’Astier, Lévy (chef du mouvement Franc-Tireur). Cette première entrevue et les suivantes aboutissent à la création en janvier 1943 des Mouvements unis de résistance (M.U.R.), qui regroupent Combat, Franc-Tireur et Libération Sud. En ce début d’année 1943, Combat doit à nouveau faire face à une vague d’arrestations. Lui-même menacé, Frenay se réfugie en compagnie de Berty Albrecht (ui s’est évadée en décembre de l’asile de Bron avec l’aide d’un groupe franc de Combat) chez les Gouze, à proximité de Mâcon. Membre du comité directeur des M.U.R., Frenay est dans un premier temps chargé des affaires militaires. Le développement de groupes armés, dont le premier lui est signalé en Savoie en janvier 1943, créé d’importants besoins en argent et en équipement. Le comité directeur de Combat décide d’aider et d’organiser les maquis naissants. Au sein des M.U.R., Frenay insiste pour qu’un « service national maquis » œuvre à transformer les réfractaires du S.T.O. en véritables combattants, et désigne à la tête de la direction générale des maquis Michel Brault. Les moyens fournis par Londres étant insuffisants, Frenay confie alors à Pierre de Bénouville et à Philippe Monod la tâche de trouver des subsides. Après deux mois de recherches, le 4 avril 1943, Frenay fonde une délégation des M.U.R. en Suisse, et entre directement en contact avec les services spéciaux américains dans l’objectif d’obtenir un soutien financier et des moyens de communication en échange de renseignements sur l’armée allemande. Jean Moulin, averti à la fin du mois d’avril, prend l’initiative de Frenay comme « un coup de poignard dans le dos du Général », l’accusant d’être un agent à la solde des Etats-Unis et d’agir dans un sens favorable au général Giraud. Ce n’est nullement l’intention de Frenay, qui reste publiquement rallié à de Gaulle. Pierre de Leusse, représentant du chef de la France Libre à Berne, assiste d’ailleurs aux rencontres entre les membres de Combat et les Américains et tient Londres informé de leur déroulement. Mais le délégué du général ne peut accepter cette prise d’autonomie du chef de Combat. L'A.S. est un autre point de friction : alors que Combat regroupe à lui seul environ 80 % des effectifs de celle-ci, la direction en est confiée non à Frenay mais au général Delestraint. Enfin, les tensions entre les deux hommes se focalisent autour de la création du Conseil national de la Résistance (C.N.R.). L’intégration en son sein de membres des anciens partis politiques est en effet un autre point fort de friction. Frenay, pour qui la vie politique française de l’après-guerre doit se structurer autour d’un grand parti de la Résistance, propre de toutes attaches avec les anciens partis, se montre hostile à la mise en place de cette structure. Alors que le chef de Combat s’apprête à rejoindre Londres une nouvelle fois, à la demande de de Gaulle, Berty Albrecht est arrêtée à Mâcon par la Gestapo, le 27 mai 1943. Frenay, qui lui-même a échappé de peu aux agents allemands, tente en vain d’organiser son évasion. Finalement, ayant confié la direction de Combat à Claude Bourdet, il quitte Lyon le 16 juin et arrive à Londres le 17. C’est là qu'il apprend l’arrestation de Jean Moulin le 21 juin à Caluire. Il donne immédiatement ordre à ses hommes de tout faire pour sortir le délégué de de Gaulle des griffes de la Gestapo. En juillet 1943, il est encore en Angleterre lorsque lui parvient la nouvelle du décès de Berty Albrecht. C’est un coup très dur pour Frenay. Au même moment, son hostilité envers le C.N.R. lui vaut d’être écarté de la métropole : de Gaulle l’envoie à Alger. En août 1943, il reçoit des mains du général la Croix de la Libération qui lui avait été décernée par décret le 24 mars 1943 avec la citation suivante : « Patriote ardent, au courage exceptionnel, a, dès la première heure, mis son activité totale au service de la Résistance française. Toujours à la pointe du combat, s’est attaché à forger les armes de la délivrance en créant, malgré les pires dangers, une organisation de propagande et de lutte contre l’ennemi, qui a acquis des titres impérissables à la reconnaissance de la Nation ». Frenay s’affirme alors de plus en plus comme un homme politique. Dans une lettre au général en date du 8 novembre 1943, il écrit qu’il faudra après la guerre se réconcilier avec les Allemands, que le conflit marquera la fin du règne des nations. Le 9 novembre 1943, de Gaulle le nomme commissaire aux Prisonniers de Guerre, aux Déportés et aux Réfugiés au sein du Comité français de libération nationale (C.F.L.N.). Durant dix mois, Frenay séjourne dans une petite maison d’Hussein-Dey, chez une dame âgée. C’est là qu’il reçoit plusieurs personnalités avec lesquelles il discute de la préparation politique de l’après-guerre. Il fréquente ainsi Saint-Exupéry, avec qui il se lie d’amitié, et Jacques Soustelle. Exilé, Frenay conserve des liens étroits avec les membres de la résistance intérieure. Il continue à écrire des articles pour Combat, fait plusieurs discours à la radio. Au printemps 1944, il essaie de plaider auprès du chef du gouvernement provisoire la cause de son ami Dunoyer de Ségonzac, ancien directeur de l’école d’Uriage qui a créé un groupe de résistants dans le Tarn. En vain. Il siège également à l’assemblée consultative provisoire d’Alger. A la Libération, en août 1944, il accepte de poursuivre l’œuvre commencée en tant que ministre des Prisonniers, des Déportés et des Réfugiés. Il rentre en France avec les autres membres du gouvernement provisoire sur la Jeanne, via Cherbourg, le 1er septembre 1944, et participe dès le lendemain à Paris au premier Conseil des Ministres. Comme ministre, Frenay fait preuve d’une grande efficacité, réussissant à rapatrier en trois mois seulement, entre mars et début juillet 1945, la quasi-totalité des prisonniers et des déportés. En novembre 1945, il démissionne de son ministère. Ses idées politiques l’éloignent en effet du gaullisme. Partisan d’une Europe fédérale, il est élu en septembre 1946 président de l’Union Européenne des Fédéralistes (U.E.F.). Toujours désireux de réaliser un grand parti de la Résistance, qui serait une force de renouveau de la vie politique nationale, il participe la même année à la fondation de l’Union Démocratique et Socialiste de la Résistance (U.D.S.R.). Mais son rêve de fédérer les anciens résistants au sein d’un grand parti échoue ; de même que celui de faire du journal Combat un grand quotidien. En 1948, Frenay poursuit son action politique au sein du groupe Socialisme et Liberté. En pleine guerre froide, ses positions en faveur de la construction d’une Europe fédérale sont source de fortes inimitiés. En 1954, à la suite de l’échec de la Communauté européenne de Défense, il démissionne de la présidence de l’U.E.F. et s’éloigne de la politique. De 1954 à 1958, il occupe le poste de délégué général du syndicat des producteurs et exportateurs de films, avant de devenir administrateur de sociétés d’édition. En 1965, aux moments des élections présidentielles, il appelle à voter contre le général de Gaulle. En 1946, Frenay avait publié un premier ouvrage, Combat. Mais c’est la sortie de ses mémoires, La Nuit finira, en 1973, qui déclenche la polémique : Frenay accuse Jean Moulin d’avoir travaillé en secret pour les communistes. En 1975, il publie Volontaires de la Nuit, puis en 1977 L’Énigme Jean Moulin, dans lequel il prend fait et cause pour René Hardy, soupçonné d’être à l’origine de l’arrestation de Moulin, et réaffirme que celui-ci aurait tenté de favoriser les communistes au sein du C.N.R. Ses prises de positions tranchées, qui trouvent sans doute en grande partie leur origine dans son anticommunisme grandissant, lui valent l'animosité des gaullistes et des communistes. Le 15 mars 1988, quelques mois avant sa disparition, Henri Frenay reçoit des mains du président Mitterrand la grand croix de la Légion d’honneur. L’ancien résistant meurt le 6 août 1988 à Porto Vecchio, où il est enterré. En sa mémoire, François Mitterrand organise le 20 septembre 1988 un hommage public dans la cour d’honneur des Invalides. Bien que Henri Frenay ait été le premier grand initiateur et organisateur de la résistance intérieure, son parcours personnel est souvent minoré voire quasiment occulté par l’Histoire officielle. |
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