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Hugo GEISSLER (25 février 1908- 12 juin 1944) Par Jean-Louis Philippart
Les prénoms des enfants (Wilhem, Gertrude, Elfried, Ruth et Lothaire) ainsi que les origines allemandes des parents de Hugo montrent que les Geissler étaient soit d’origine allemande installés en Alsace après 1871, soit des alsaciens pro-Allemands. En août 1919, après le retour de l’Alsace-Moselle à la France, la famille Geissler quitte l’Alsace et s’installe à Leipzig. Hugo a onze ans et les Geissler continuent de nouer des liens avec la famille de la mère d’Hugo, restée en Alsace. Pendant son adolescence, le jeune Hugo acquiert une formation technique. En mai 1933, trois mois après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, il a 25 ans et adhère au parti national socialiste (NSDAP). Geissler, comme d’autres jeunes de son époque, comprend que sa carrière dépend de son adhésion au parti nazi. Le numéro de sa carte d’adhésion (1.963.797) montre qu’il n’adhère pas dans les premiers... Entre 1935 et 1937, Geissler change d’activité et entre dans la police criminelle. En 1938-1939, il devient inspecteur de police, d’abord à Leipzig, dans le service de renseignement et de surveillance du parti national socialiste, le SD (abréviation de Sicherheitsdienst). Le 11 mai 1940, il est nommé à Prague commissaire de police criminelle par le Sipo-S.D. (abréviation de Sicherheitspolizei-Sicherheitsdienst) qui est la police de l’État allemand et du parti national socialiste. Tandis que la Gestapo (abréviation de Geheime Staatspolizei : police secrète d’État) avait une compétence à l’intérieur du territoire allemand (comme le rappelle l’historien Eugène Martres 1), la compétence de la Sipo-SD s’exerce à l’extérieur du Reich. Après l’effondrement de l’armée française en juin 1940 et le repli du gouvernement français à Vichy, en zone non occupée, Hugo Geissler, déjà à Vichy depuis décembre 1940 et parlant un excellent français, est nommé en février 1942 à la tête d’une délégation de police allemande venant renforcer le dispositif de police et de répression français en place à Vichy. Il noue des relations dans tous les milieux officiels, avec les chefs militaires et dans la société vichyssoise et bourbonnaise. En novembre 1942, il dirige officiellement un service de 75 à 80 policiers basés à Vichy. En 1943, lorsque la répression doit s’intensifier, le capitaine SS Geissler met en place à Clermont-Ferrand un service d’une vingtaine d’agents et une autre unité nommée Sonderkommando (commando spécial), chargée des opérations contre les maquis. Il a aussi à sa disposition les services du service d’ordre légionnaire (S.O.L.) et de la milice. En 1944, pour mieux réprimer les oppositions, Geissler constitue une "brigade" de vingt deux agents français commandée par un ancien policier, Batissier Jany, originaire de Moulins. Jusqu’en août 1944, les services du Sipo-SD sont logés dans une douzaine d’immeubles de Vichy et dans deux autres à Clermont-Ferrand. La caserne du 92e R.I. de Clermont-Ferrand héberge la prison. Les pouvoirs de Geissler en zone sud sont très étendus et "il a le dernier mot" pour toutes questions policières et non militaires. L'historien Eugène Martres recense six domaines dans lesquels les actions implacables et violentes du Sipo-SD dirigé par Hugo Geissler sont exercées :
En septembre 1943 en effet, Geissler, chargé avant tout de la sécurité des troupes allemandes dans le sud, comme il aime le rappeler, renforce sa lutte contre la Résistance intérieure en Auvergne et contre les "partisans-terroristes". Il n’intervient quasiment jamais sur le terrain et laisse à ses subordonnés, sans jamais rien ignorer de leurs activités, le soin de pratiquer des interrogatoires musclés et d’infliger des sévices aux personnes arrêtées. C’est l’efficacité qu’il recherche. Les témoignages de ses agents recueillis après leurs arrestations montrent un "homme secret", "très personnel et renfermé". Le 3 juin 1944, devant la mobilisation depuis un mois des résistants en Margeride, aux confins des trois départements du Cantal, de la Haute-Loire et de la Lozère, le général von Brodowski commandant l’état-major principal de liaison de Clermont-Ferrand est chargé de faire éliminer les rassemblements et de restaurer l’autorité des forces d’occupation. Pendant les deux jours (les 11 et 12 juin) de l’attaque des maquisards au mont Mouchet par les troupes du général Jesser, le Kommandeur Geissler, sous les ordres du général von Brodowski, ne participe pas au combat. Cependant, pendant la journée du 11juin il arrête 40 personnes à Saint-Flour. Le matin du 12 juin, il quitte Saint-Flour et se rend avec le groupe Batissier et une compagnie de Feldgendarmes dans la petite ville de Murat, située à 25 kilomètres, pour y faire d’autres arrestations. Peu avant Murat, il fait exécuter sur le bord de la route quatre otages pris à Saint-Flour. A Murat, dans l’après-midi, Geissler fait arrêter une douzaine de personnes. Mais l’action implacable du capitaine SS Hugo Geissler va s’arrêter dans cet après-midi du 12 juin 1944. Devant l’hôtel de ville de Murat, Geissler et le groupe de soldats qui l’accompagne sont mitraillés par des maquisards postés sur les hauteurs de la ville. Outre Geissler, six soldats allemands sont tués. Douze jours plus tard, le 24 juin 1944, en représailles, cent quinze Muratais sont raflés par la Wehrmacht et déportés à Neuengamme où soixante quinze d’entre-eux devaient périr. Notes : 1 - Eugène Martres, Les Archives parlent (1940-1944), de Borée, 2004, 318 pages. |
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