La seconde guerre mondiale
Les biographies

 

Robert WAGNER
(Robert BACKFISCH)

(13 octobre 1895 - 14 août 1946)

Par Agnès Granjon

Robert Heinrich Backfisch, fils de Johann Peter Backfisch et de Katharina Wagner, naît à Lindau, non loin de Heidelberg, le 13 octobre 1895. Devenu instituteur, il s’engage dès août 1914 dans l’armée allemande, pour la durée de la guerre. Sa bravoure lui vaut d’être décoré de la Croix de Fer dans les premiers mois du conflit. Devenu lieutenant, il écrase une mutinerie d’hommes de troupe le 2 novembre 1918, à proximité de Valenciennes. Au cours des mois troublés qui suivent la capitulation allemande, Robert Backfisch, toujours militaire, s’oppose avec force aux révolutionnaires. En 1919, il participe en Bade à l’écrasement d’une bande de communistes. En 1921, il obtient l’accord du ministère badois de la justice pour changer son nom de famille (Backfisch signifie "fritures") et adopte alors celui de sa mère, Wagner, dont la consonance lui semble plus aryenne. En septembre 1923, le lieutenant Wagner est affecté à l’école d’infanterie de Munich. Il fait très tôt la connaissance de Hitler et participe au putsch manqué de la brasserie le 9 novembre 1923. Arrêté pour haute trahison, Wagner est condamné à 15 mois de forteresse. Le 1er avril 1924, il est incarcéré à la forteresse de Landsberg, avec Hitler. L’armée le rend officiellement à la vie civile le 31 mai suivant. Libéré dès l’automne 1924, il adhère au NSDAP (il devient le 11.540e membre du parti) et s’installe en Bade, où il créé le parti national-socialiste badois, dont il prend officiellement la tête le 22 mars 1925. Le 27 octobre 1929, il est élu au Landstag de Bade. Sa brutalité, sa vulgarité et son sectarisme lui valent d’être très vite remarqué par les autres députés. L’année suivante, le 11 octobre 1930, il épouse Anna Luise Theresia Mayer, dont il aura un enfant. Sa vie privée sera toujours irréprochable.

En décembre 1932, alors que le parti nazi est en plein essor, Robert Wagner prend la tête du bureau central du personnel du NSDAP, à Munich. Son ascension s’accélère avec l’accession au pouvoir du NSDAP. Le 5 mars 1933, il est élu au Reichstag comme député de la circonscription de Bade. Deux mois plus tard, le 5 mai, il est nommé Gauleiter de Bade par Hitler. Il le restera jusqu’à la fin du Reich en mai 1945. Le Führer sait qu’il peut compter sur le soutien indéfectible de ce fanatique dévoué et consciencieux. En juin 1940, il le choisit à nouveau comme chef de l’administration civile en Alsace (départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin). Cet organe administratif n’est pas prévu par les institutions du droit civil allemand. Les fonctions dévolues à Wagner sont donc totalement distinctes de ses autres charges. Directement subordonné au Führer, il devient ainsi son représentant personnel en Alsace, sous son autorité exclusive. Le 18 juin 1940, il s’installe à la préfecture de Colmar, avant de rejoindre celle de Strasbourg début juillet. Très vite, il affirme ses objectifs : "Le problème alsacien a été créé artificiellement par la France. (...) L’Alsace sera débarrassée de tous les éléments étrangers à son peuple et à sa race (...). Quand un trimestre de notre travail commun se sera écoulé, il n’y aura plus de "problème alsacien" ; car le peuple alsacien est resté pur dans son noyau et profondément convaincu que son destin est scellé à tout jamais" (discours tenu le 17 juillet 1940 devant les préfets d’Alsace et les délégués d’administration). Le 7 août 1940, Wagner est nommé Gauleiter de Bade-Alsace, avec pour ordre de Hitler de "faire en dix ans de cette terre un pays allemand", en utilisant à sa guise tous les moyens qu’il juge nécessaire. Pour le fidèle et zélé Wagner, cette mission est la plus belle de sa vie. Il se donne cinq ans pour réussir. Persuadé de la justesse de sa mission, il aspire sincèrement à éduquer les Alsaciens, leur promettant "un bonheur indicible dans le Reich national-socialiste". Il y consacre toute son énergie et fait preuve d’une certaine efficacité.

Très vite, le Gauleiter enclenche le processus de germanisation et de nazification de l’Alsace. Pour gagner à sa cause la population, il mise sur le soutien des mouvements autonomistes alsaciens et fait revenir triomphalement les autonomistes libérés de la prison de Nancy, où ils avaient été internés en 1939. Wagner s’appuie également sur le pro-allemand Robert Ernst, qu’il nomme en juin 1940 Oberstadtkommissar (maire) de Strasbourg et rapporteur général. Disposant d’une autonomie politique totale, le Gauleiter décide souverainement et ses ordonnances ont force de loi. Il introduit en Alsace les lois allemandes, en particulier les lois raciales, ainsi que les structures du NSDAP. Dès l’été 1940, l’aryanisation de l’Alsace commence. Sur l’ordre du Gauleiter, les noms sont germanisés, tant pour les habitants que pour les rues, les villages, etc. La langue française est proscrite. L’école est entièrement germanisée et devient un terrain d’endoctrinement. Les lieux de loisirs également. Début septembre 1940, Wagner établit la Hitlerjugend et le Bund Deutscher Mädel pour encadrer la jeunesse. En décembre, il ordonne l’autodafé en place publique des livres français détenus par les bibliothèques municipales. Dans le même temps, il se consacre au rapatriement des évacués de septembre 1939 et de mai-juin 1940, occasion rêvée pour lui de faire la preuve de l’efficacité de l’organisation nationale-socialiste. Sur décision de Wagner, les indésirables, Alsaciens de confession juive ou ceux qui sont jugés irrécupérables en raison de leur francophilie, sont expulsés vers la France. Autre tâche importante pour le Gauleiter, la remise en marche de l’économie. Ses talents d’organisateur et les importants moyens financiers et matériels qui sont mis à sa disposition lui permettent dès l’automne 1940 d’obtenir des résultats probants dans la reconstruction des infrastructures et des habitations détruites et dans la remise en culture des terres. Pour lui, l’objectif est double : contrôler étroitement l’appareil économique pour produire plus pour l’industrie de guerre, tout en donnant à la population un sentiment de mieux-être et faciliter ainsi son adhésion à l’idéal national-socialiste. Les entreprises, les travailleurs indépendants et la main-d’œuvre sont mis au pas, les productions sont planifiées. Le 8 mai 1941, Wagner introduit pour les jeunes Alsaciens, filles et garçons, le service du travail obligatoire, le RAD.

Toutefois, dépendant totalement du Führer, Wagner manque de personnalité et de souplesse, en particulier dans l’application de la politique nationale-socialiste en Alsace. En dépit de l’intensification de sa propagande, les résistances à la nazification demeurent. Contre elles, le Gauleiter se montre implacable. Le 22 juin 1942, il adresse un avertissement solennel à tous les opposants : "Un mot très clair aux ennemis déclarés de notre État : malgré leur prudence, qu’ils ne se trompent pas : nous les connaissons ! Car rien ne reste caché à la longue pour une direction d’État national-socialiste. Qu’ils sachent que leur activité dans un État national-socialiste est plus que dangereuse. Dans ce temps de combat avec sacrifices suprêmes des meilleurs de notre peuple, nous avons en face de notre peuple un seul devoir pour ces ennemis de l’intérieur : les détruire !". L’année 1942 marque un tournant dans la politique de Wagner. Les insuccès militaires allemands le conduisent à durcir ses positions et à exiger toujours plus de ses administrés, les exhortant au travail et au sacrifice pour le Reich.  Persuadé que "le service militaire serait le meilleur moyen d’accélérer l’assimilation des Alsaciens par l’Allemagne à travers la camaraderie de l’armée", il se met en rapport dès le début de 1942 avec les Gauleiter de Lorraine et du Luxembourg, Burckel et Simon, en prévision de l’introduction du service militaire obligatoire. En effet, en dépit d’une habile propagande, l’appel aux volontaires, utilisé dès 1940, a été un échec cuisant. Wagner souhaite également stopper l’hémorragie des jeunes Alsaciens mobilisables qui s’enfuient vers la France. Le 25 août 1942, le Gauleiter Wagner décrète ainsi le service militaire obligatoire. L’incorporation de force des jeunes Alsaciens dans la Wehrmacht ne fait que consolider les résistances. La répression devient féroce. En février 1943, en vertu de son pouvoir de justice, Wagner fait procéder, à la suite d’un simulacre de procès, à l’exécution de 12 jeunes de Ballersdorf qui avaient tenté de franchir la frontière suisse. A Colmar, le 28 février 1943, il proclame : "Je vous le répéterai une fois de plus : quiconque se dérobera à ses obligations, quiconque désertera l’armée ou son lieu de travail aura à faire à moi ! Quiconque résistera, commettra des actes de sabotage ou de violence, sera puni de mort. Nous exterminerons sans pitié les lâches qui commettent des actes de trahison". Par l’ordonnance du 1er octobre 1943, avec effet rétroactif au 25 août 1942, le Gauleiter introduit le "Sippenhaftung", notion de responsabilité de la famille élargie, rendant responsable l’ensemble d’une famille des fautes commises par l’un de ses membres. Ainsi, tout jeune Alsacien refusant l’incorporation prend le risque de faire déporter ses proches.

En 1944, en dépit de la progression à l’Ouest des troupes alliées, Robert Wagner demeure à son poste. Tenant toujours l’Alsace d’une main de fer, il affirme, le 9 septembre 1944 : "Le Reich défendra l’espace du peuple allemand à l’Ouest aussi impitoyablement qu’à l’Est. Ni l’Alsace, ni la Lorraine, ne seront abandonnées sans protection à l’arbitraire de l’ennemi ; le temps viendra où tout danger aux frontières de l’Allemagne sera écarté. La condition en est notre volonté de combattre". Le 22 octobre 1944, il institue le Volksturm, mobilisant de force tous les hommes encore disponibles de 16 à 60 ans. Le 23 novembre 1944, alors que les troupes de la 2e D.B. entrent dans Strasbourg, Wagner quitte précipitamment la capitale alsacienne. Replié dans la poche de Colmar, il lance aux Alsaciens, dans un discours radiodiffusé à la fin décembre 1944 : "Le Reich national-socialiste reviendra (...), ne trahissez pas votre sang allemand !". Réfugié en Bade lors de l’entrée des troupes alliées en Allemagne, Robert Wagner se rend en juillet 1945 à la justice militaire américaine. Remis aux autorités françaises, il est incarcéré à Strasbourg en janvier 1946. Lors de son procès, qui débute le 23 avril 1946, il se déclare non coupable, arguant que dans un État national-socialiste, est coupable celui qui décide, non celui qui exécute. Condamné à mort par la cour de Justice de Strasbourg le 6 mai 1946, il est fusillé au fort Ney le 14 août. Face au peloton d’exécution, il injurie la justice française et affirme une dernière fois sa vénération pour le Führer. Il est inhumé au cimetière de Strasbourg-Cronenbourg, dans le carré des suppliciés. 

© Anovi - 2005