La seconde guerre mondiale
La déportation

 

Histoire résumée du camp de Buchenwald

Par Éric Labayle



Le camp de Buchenwald est situé dans la forêt de l'Ettersberg, à huit kilomètres de Weimar, foyer prestigieux de la culture germanique et ancienne capitale de la république allemande.

A l'origine, ce camp a été construit pour y enfermer les "ennemis du Reich". Il ouvre ses portes le 19 juillet 1937, pour un premier groupe de 149 détenus de droit commun, des criminels pour l'essentiel. Son premier commandant est le SS Sturmbannführer Karl Koch.

Le camp de Buchenwald prend vite de l'importance. Au 31 décembre 1939, il comporte 11.807 détenus.

Dirigée tout d'abord les "Verts" (les déportés de droit commun), l'administration interne de Buchenwald passe aux mains des "Rouges" (les déportés politiques) vers la fin de l'année 1942. 

Au fur et à mesure de la guerre, la population du camp ne cesse de grandir : 

Au 31 décembre 1943, elle atteint 37.319 détenus et 20 Kommandos.
Fin 1944, elle s'élève à 63.048 détenus et 86 Kommandos.

Cet accroissement s'accompagne d'un net changement des origines géographiques des détenus. Aux Allemands des origines s'ajoutent bientôt des Belges, des Espagnols, des Français, des Hollandais, des Polonais, des Russes, des Tchèques, des Yougoslaves, etc.

Le 24 août 1944, l'aviation alliée bombarde les alentours industriels du camp. Si la plupart des usines sont effectivement détruites, les bombes font de nombreuses victimes parmi la population des détenus. Le bilan officiel fait état de : 

450 déportés tués,
161 SS tués,
16 civils allemands tués,
2.005 détenus blessés,
450 SS blessés,
40 civils allemands blessés.

La réalité est sans doute plus lourde, notamment pour le nombre des déportés tués.

Buchenwald n'est pas un camp d'extermination. La mort n'y est pas systématique. Elle est lente. Mauvais traitements, sévices sexuels et corporels, malnutrition, manque d'hygiène, manque de soins, exécutions sommaires, épidémies, épuisement, tout concourt à accroître régulièrement les chiffres de la morbidité. 

Sur la porte d'entrée du camp figure la devise "Jedem das Seine" (à chacun son dû), qui témoigne d'un humour de mauvais goût de la part des autorités SS. En fait, c'est la souffrance que chaque déporté partage avec ses semblables. Les actes de sadisme des geôliers sont nombreux : enterrer vivant les détenus récalcitrants, étrangler des innocents choisis au hasard (passe-temps favori du SS Martin Sommer), enfermer un fugitif dans une caisse garnie de fil de fer barbelé et de pointes, etc., etc. 

Autre particularité de Buchenwald : la distinction entre le Petit Camp et le Grand Camp. 

Le premier est un camp de quarantaine, dans lequel les détenus sont entassés dans des conditions de vie terribles. C'est dans le Petit Camp que sont prélevés les victimes des convois d'évacuation d'avril 1945. En fait d'évacuation, ces convois ferroviaires ont pour but d'exterminer leurs cargaisons humaines. 

La vie Grand Camp est plus décente. C'est là que sont internés les dirigeants politiques et les personnalités de marque. C'est également dans le Grand Camp que sont implantés les organes de l'administration interne du camp. Dès 1943, celle-ci est entièrement aux mains des déportés communistes (comme par exemple le Français Marcel Paul), avec la bienveillance des gardes SS. 

Début 1945, avec l'approche des troupes américaines, une organisation clandestine de résistance se met en place. Elle organise l'insoumission le 8 avril. Furieux de n'être plus obéis, les SS pénètrent dans le camp et procèdent à des massacres. Le 11 avril, alors qu'ils savent que les Américains ne sont plus qu'à quelques kilomètres du camp, les déportés sortent de leurs cachettes les quelques armes qu'ils avaient pu subtiliser à leurs gardiens. C'est dans un camp en état d'insurrection que les libérateurs pénètrent, quelques heures plus tard. 

 © Anovi - 2003