****** On aurait pu craindre qu'après l'inoubliable journée de l'an dernier, la fête de cette année ne lui fût inférieure en nombre et enthousiasme. Il paraissait impossible que ce fût plus beau et plus puissant. Et ce le fut cependant. La double masse humaine qui s'est dirigée vers la place de la Nation et s'y est rejointe l'emportait considérablement sur le cortège de 1935. A quel chiffre atteignait-elle ? Je suis quant à moi, incapable de le fixer. Mais je demeure assuré qu'ailes marchantes et haie de spectateurs sympathisants s'élevaient au million. L'enthousiasme était égal, mais de timbre différent. L'an dernier c'est pour la première fois que le peuple républicain, sans distinction de partis et de doctrines, s'était uni pour faire front contre les trublions des ligues factieuses. On ne savait pas ce que produirait ce rassemblement. On était heureux de se sentir les coudes et d'avoir conscience que tous les cœurs battaient de la même pulsation. C'est contre les ennemis que la démocratie que s'étaient groupés des hommes venus de tous les pôles de la pensée politique et sociale pour signifier au fascisme qu'il ne passerait pas. Cela oui, intensément, irrésistiblement. Mais rien de plus ... Et voici que ce que personne n'avait osé espérer s'était réalisé. Les forces éparses de la démocratie s'étaient rencontrées, non plus provisoirement, non pas pour une journée, mais pour une longue union solidaire. Les partis et les organisations ne s'étaient pas séparés pour s'affronter de nouveau en des luttes stériles, mais ils avaient réussi à élaborer un programme politique, économique et financier reflétant les aspirations qui leur étaient communes. Et c'est sur ce programme que s'étaient faites, triomphales, les élections. Et c'est ce programme que le gouvernement, composé en majeure partie d'hommes nouveaux, s'était engagé à réaliser. Et cet engagement, il l'a tenu. Depuis six semaines qu'il est au pouvoir, il a fait passer dans les faits les revendications les plus pressantes des classes laborieuses. Un peu de justice sociale a été créée. Un peu de lumière à lui. Et l'on se prenait à espérer que si, le Rassemblement demeurant indissoluble, on laissait vivre ce gouvernement, cette lumière, encore indécise, deviendrait une grande flamme. Ce sont ces sentiments dont il m'a semblé que vibraient les foules innombrables qui passaient devant nos yeux ... C'était cette armée qui avait remporté une première et décisive victoire. Car ce sont elles, les masses, qui, par l'élan et la cohésion de leurs volontés, avaient mené l'assaut et étaient entrées dans la forteresse des féodaux. Le gouvernement était l'émanation même du Rassemblement. C'est lui qui était le triomphateur. |
© Anovi - 2003