La seconde guerre mondiale
Les documents

 

Royaume-Uni
1939

Lettre de Winston Churchill à Chamberlain, 
le 15 septembre 1939

A la date du 15 septembre 1939, le sort de la Pologne est déjà scellé. Le premier lord de l'Amirauté, Winston Churchill, fait part à son premier Ministre de son analyse de la situation militaire. 

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Il me paraît très improbable que l'Allemagne entreprenne une offensive à l'ouest en cette saison avancée... Son plan doit consister évidemment à se forcer un passage à travers la Pologne, la Hongrie et la Roumanie pour aller jusqu'à la mer Noire; il est possible, d'ailleurs, qu'elle se soit entendue avec la Russie, qui s'annexerait une partie de la Pologne et reprendrait la Bessarabie (1)

Il serait sage, semble-t-il, de la part de Hitler, d'assurer ses relations avec l'est et ses greniers pendant les mois d'hiver, et il offrirait ainsi à son peuple le spectacle de succès continus en même temps qu'il lui donnerait l'espoir de voir notre blocus diminuer d'importance. C'est pourquoi je n'appréhende pas qu'il déclenche une attaque à l'ouest avant d'avoir recueilli le facile butin qui l'attend à l'est. Néanmoins je reste fermement d'avis qu'il nous faut, à l'ouest, tout préparer pour notre défense. Il faut tout faire pour obtenir que la Belgique prenne les précautions nécessaires, conjointement avec les armées françaises et britanniques (2). Entre temps, il faudrait travailler jour et nuit à renforcer par tous les moyens imaginables les lignes françaises derrière la Belgique. En particulier on devrait combiner dans un vaste système de défense les dispositifs antichars, les rails dressés verticalement, les fossés profonds, les casemates de ciment, des mines à certains endroits et des inondations toutes prêtes à d'autres, etc... Une attaque de trois ou quatre divisions blindées allemandes, comme celles dont les effets ont été si décisifs en Pologne, ne saurait être arrêtée que par des obstacles matériels que défendraient des troupes résolues et une puissante artillerie… Car sans ces obstacles physiques, on ne résistera pas efficacement à une attaque de blindés (3).

Je suis très heureux de constater que le stock d'artillerie mis en réserve par moi en 1919 (4) reste entièrement utilisable. Il comprend 32 Howitzers de 12 pouces, 145 de 9 pouces, de nombreuses pièces de 8 pouces, près de 200 Howitzers de 6 pouces, et une quantité considérable de munitions. Cela suffirait en fait d'artillerie lourde non seulement pour notre petit corps expéditionnaire, mais même pour une grande armée. Il conviendrait d'amener sans tarder une partie de ce matériel sur les terrains d'opérations, afin que, si nos troupes manquent d'autre chose, elles ne manquent pas du moins d'artillerie lourde... 


Notes : 

1 - Le traité germano-russe du 28 septembre 1939 fixe le partage de la Pologne entre l’Allemagne et l’U.R.S.S. La Hongrie, amie de l’Allemagne, adhèrera au pacte tripartite du 27 septembre 1940 ; la Roumanie, traitée en pays vaincu bien que n’ayant pas participé à la guerre, devra céder à l’U.R.S.S. la Bessarabie et la Bukovine le 26 juin 1940, puis en août et en septembre 1940, une partie de la Transylvanie à la Hongrie et la Dobroudja méridionale à la Bulgarie.

2 - Le roi Léopold voulant alors à tout prix conserver la neutralité de son pays refuse, en vue d’une offensive alliée, le passage des troupes franco-britanniques en Belgique.

3 Le plan allié du printemps 1940 prévoira au contraire que les troupes franco-britanniques se porteront en cas d’attaque allemande en Belgique, sur la " ligne KW " de Anvers à la Meuse jusqu’à Namur, ou se replieront les troupes belges. La stratégie alliée sera bien appliquée au moment de l’offensive allemande, mais, menacées d’être tournées par le sud après la percée allemande de Sedan, les troupes alliées devront décrocher de cette ligne dès le 15 mai 1940.

4 A l’époque, Winston Churchill était ministre de la guerre.

© Anovi - 2003