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Prenez garde, Vénérables Frères, qu'avant toute
autre chose la foi en Dieu, premier et irremplaçable fondement de
toute religion, soit conservée en Allemagne, pure et sans
falsification. Ne croit pas en Dieu celui qui se contente de faire
usage du mot Dieu dans ses discours, mais celui-là seulement qui
à ce mot sacré unit le vrai et digne concept de la
Divinité. Quiconque, suivant une prétendue
conception des anciens Germains d'avant le Christ, met le sombre
et impersonnel destin à la place du Dieu qui "fortement et
suavement agit d'une extrémité du monde à l'autre" (Sagesse, VII, 1) et conduit toutes choses à une bonne fin :
celui-là ne peut pas prétendre à être mis au
nombre de ceux qui croient en Dieu. Quiconque
prend la race, ou le peuple, ou l'État, ou la forme de l'État,
ou les dépositaires du pouvoir, ou toute autre valeur
fondamentale de la communauté humaine (toutes choses qui tiennent
dans l'ordre terrestre une place nécessaire et honorable),
quiconque prend ces notions pour les retirer de cette échelle de
valeurs, même religieuses, et les divinise par un culte
idolâtrique, celui-là renverse et fausse l'ordre des choses
créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi
en Dieu et d'une conception de la vie répondant à cette
foi. Prenez garde, Vénérables Frères, à
l'abus croissant, dans la parole comme dans les écrits, qui
consiste à employer le nom de Dieu trois fois saint comme
étiquette vide de sens que l'on place sur n'importe quelle
création, plus ou moins arbitraire, de la spéculation et du
désir humain. Agissez sur vos fidèles, afin qu'ils soient
attentifs à opposer à une telle aberration le refus qu'elle
mérite. Notre Dieu est le Dieu personnel, surnaturel,
tout-puissant, infiniment parfait, unique dans la trinité des
personnes, et tripersonnel dans l'unité de l'essence divine, le
Créateur de tout ce qui existe, le Seigneur et Roi et l'ultime
consommateur de l'histoire du monde qui n'admet et ne peut
admettre à côté de lui aucun autre Dieu. Ce Dieu
a, en souverain Maître, donné ses commandements. Ils valent
indépendamment du temps et de l'espace, du pays et de la race. De
même que le soleil de Dieu luit sur tout visage humain, de même
sa loi ne connaît ni privilège ni exception. Gouvernants et
gouvernés, couronnés et non couronnés, grands et humbles,
riches et pauvres sont également soumis à sa parole. De la
totalité de ses droits de Créateur découle naturellement la
totalité de son droit à être obéi par les individus et par les
communautés de toute espèce. Cette obéissance exigée embrasse
toutes les branches de l'activité dans lesquelles des questions
morales réclament la mise en accord avec la loi de Dieu, et par
conséquent l'intégration de la changeante loi humaine dans
l'ensemble de l'immuable loi divine. Seuls
des esprits superficiels peuvent tomber dans l'erreur qui consiste
à parler d'un Dieu national, d'une religion nationale ; seuls ils
peuvent entreprendre la vaine tentative d'emprisonner Dieu, le
Créateur de l'univers, le Roi et le Législateur de tous les
peuples, devant la grandeur duquel les nations sont "comme
une goutte d'eau suspendue à un seau" (Is., XL,
15) dans les frontières d'un seul peuple, dans l'étroitesse de
la communauté de sang d'une seule race. Les
évêques de l'Église du Christ, établis "pour ce qui se
rapporte à Dieu" (Hébr., V, 1), doivent
veiller à ce que de pernicieuses erreurs de cette sorte, que des
pratiques encore plus pernicieuses ont coutume de suivre, ne
prennent pas pied parmi les fidèles. Il appartient à la
sainteté de leur charge de tout faire, autant qu'il dépend
d'eux, pour que les commandements de Dieu soient considérés et
observés, comme étant le fondement obligatoire de toute vie
privée et publique moralement ordonnée ; pour que les droits de
la Majesté divine, le nom et la parole de Dieu ne soient pas
profanés (Tite, II, 5). PIE XI, MIT
BRENNENDER SORGE
14 mars 1937 |