La seconde guerre mondiale
Les documents

 

Italie
1932

Qu'est-ce que le fascisme ?

Ce document est un extrait de l'article "Fascisme" de l'Encyclopaedia Italiana. Il a été rédigé en 1932 par Mussolini lui-même, avec la collaboration des théoriciens de son parti. Les idées fondamentales et la doctrine du fascisme italien y sont exposées plus ou moins clairement. On reconnaît dans ce texte le style confus et les velléités philosophiques du Duce. 

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Idées fondamentales : comme toute solide conception politique, le fascisme est une pratique et une pensée, une action à laquelle une doctrine  est attachée, et une doctrine qui , jaillissant d'un système donné  de forces historiques, y est inséré et y oeuvre de l'intérieur. Il a par conséquent une forme corrélative aux  contingences du lien et du temps, mais possède en même temps un contenu idéal qui l'élève au stade de vérité dans l'histoire supérieure de la pensée. On n'agit pas spirituellement sur le monde comme volonté humaine dominatrice de volonté sans un concept de la réalité passagère et particulière sur lequel il faut agir, - et sans un concept- de la réalité permanente et universelle dans laquelle la première a son être et sa vie. Pour connaître les hommes,  il faut connaître l'homme ; et pour connaître l'homme,  il faut connaître la réalité et ses lois. Il n'y a pas de concept de la vie; philosophie ou intuition, système d'idées qui se déroule dans une construction logique ou se recueille dans une vision ou une foi, mais est toujours, au moins virtuellement, conception organique du monde.

Ainsi le fascisme ne se comprendrait pas  à propos de nombre de ses attitudes pratiques , comme organisation de parti, comme système d'éducation, comme discipline si on ne le regardait  pas à la lumière de sa conception de l'État qui est une conception de la vie... L'homme du fascisme est un individu qui est nation et patrie, loi morale qui serre ensemble les individus et les générations dans une tradition et une mission, qui supprime l'instinct de la vie  renfermée dans le bref cercle du plaisir pour instaurer dans le devoir une vie supérieure libre des limites du temps et de l'espace; une vie où l'individu, à travers l'oubli de soi, le sacrifice de ses intérêts particuliers, la mort même, réalise cette existence toute spirituelle où se trouve sa valeur d'homme. Donc, conception spiritualiste, issue elle aussi de la réaction générale contre le positivisme las et matérialiste du XIXe siècle. Antipositiviste, mais positive ; non sceptique, ni agnostique, ni pessimiste, ni passivement optimiste comme sont en général les doctrines (toutes négatives) qui mettent le centre de la vie hors de l'homme, qui avec sa libre volonté peut et doit créer son monde. Le fascisme veut un homme actif et engagé dans l'action avec toutes ses énergies...Il conçoit la vie comme une lutte, pensant qu'il revient à l'homme de conquérir celle qui sera vraiment digne de lui, créant avant tout en lui même l'instrument pour l'édifier. Ainsi pour le simple individu, ainsi pour la nation, ainsi pour l'humanité. D'où la haute valeur essentielle du travail, par lequel l'homme vainc la nature et crée le monde humain (...).

...  Aucune action n'est soustraite au jugement moral ; rien au monde qu'on puisse dépouiller de la valeur.

La vie telle que la conçoit le fascisme est sérieuse, austère, religieuse. Le fasciste dédaigne la vie "commode".

Le fascisme est une conception religieuse dans laquelle l'homme est vu dans son rapport immanent avec une loi supérieure, avec une volonté objective qui transcende l'individu particulier et l'élève comme membre instruit d'une société spirituelle. Celui qui dans la politique religieuse du régime fasciste s'est arrêté à des considérations de pure opportunité n'a pas compris que le fascisme, outre un système de gouvernement , est aussi et avant tout un système de pensée.

Le fascisme est une conception historique dans laquelle l'homme n'est ce qu'il est qu'en fonction d'un processus spirituel auquel il concourt, dans le groupe familial et social, dans la nation et dans l'histoire... Hors de l'histoire, l'homme n'est rien, c'est pourquoi le fascisme est hostile à toutes les abstractions individualistes, à base matérialiste, du type XVIIIe siècle ;et  qu'il est hostile à toutes les utopies et les innovations jacobines. Il ne croit pas possible le "bonheur" sur terre, comme il se trouve dans la littérature économique du XVIIIe, et repousse donc toutes les conceptions théologiques pour lesquelles à un certain moment de l'histoire il y aurait une place définitive du genre humain. Cela signifie se mettre hors de l'histoire  et de la vie qui est un flux continu et un devenir.  Le fascisme veut être politiquement une doctrine réaliste ; pratiquement, il aspire à résoudre seulement les problèmes qui se posent  historiquement d'eux-mêmes...

Anti-individualiste, la conception fasciste est pour l'État ; et il est pour l'individu dans la mesure où il coïncide avec l'État, conscience et volonté universelle de l'homme dans son existence historique. Il est hostile au libéralisme classique, qui naquit d'un besoin de lutter contre l'absolutisme et a épuisé sa fonction historique dès lors que l'État s'est transformé  dans la conscience et la volonté populaires... Le fascisme réaffirme l'État comme la réalité véritable de l'individu.... Il est pour la seule liberté qui puisse être une chose sérieuse, la liberté de l'État et de l'individu dans l'État. Pour le fasciste, tout est dans l'État et rien d'humain et de spirituel  n'existe....hors de l'État. Dans ce sens, le fascisme est totalitaire, et l'État fasciste , synthèse et unité de chaque valeur interprète , développe et potentialise toute la vie du peuple. Ni individus hors de l'État, ni groupes (...) C'est pourquoi, le fascisme est contre le socialisme qui raidit le mouvement historique dans la lutte des classes et qui ignore l'unité étatique qui fonde les classes dans une seule réalité économique et morale ; de  même, il est contre le syndicalisme classique ...  Le fascisme veut le reconnaître et le fait valoir dans le système corporatif des intérêts conciliés dans l'unité de l'État ...Les individus sont d'abord et avant tout l'État. L'État n'est pas nombre, comme une somme d'individus formant une majorité d'un peuple. C'est pourquoi le fascisme est contre la démocratie car celle-ci nivelle le peuple au nombre en l'abaissant au niveau des plus nombreux ; mais il est la forme la plus pure de la démocratie si le peuple est conçu, comme il doit l'être, qualitativement et non quantitativement, comme l'idée plus puissante parce que plus morale, plus cohérente, plus vraie, que dans le peuple s'effectue  la conscience et la volonté de quelques uns, même d'un seul, et que cet idéal tende à s'effectuer dans la conscience et la volonté de tous. De tous ceux qui de la nature et de l'histoire, ethniquement, tirent une raison de former une nation...  Cette personnalité supérieure est nation dans la mesure où elle est  état... La nation est créée par l'État, qui donne au peuple instruit de sa propre unité morale, une volonté et donc une existence effective. Le droit d'une nation à l'indépendance dérive... d'une conscience active, d'une volonté politique en action et disposée à montrer son droit ... L'État, en fait, comme volonté éthique universelle est créateur du droit. La nation comme état est une réalité éthique qui existe et vit dans la mesure où elle se développe. Son arrêt est sa mort. Pour cela, l'État n'est pas seulement l'autorité qui gouverne et donne forme de loi et valeur de vie spirituelle aux volontés individuelles, mais c'est aussi le pouvoir de faire valoir sa volonté à l'extérieur... Il est pour cela organisation et expansion, au moins virtuelle. Ainsi, il peut s'adapter à la nature de la volonté humaine, qui ne connaît pas de barrières dans son développement...

L'État fasciste, forme la plus haute et la plus puissante de la personnalité, est une force, mais spirituelle... Il ne peut donc se limiter à des simples fonctions d'ordre et de tutelle comme le voulait le libéralisme. Il n'est pas un simple mécanisme qui limite la sphère des libertés individuelles présumées. Il est forme et norme intérieure et discipline de toute la personne...

Son principe... descend dans les profondeurs et se niche dans le cœur de l'homme... L'État est l'âme de l'âme. 

Le fascisme, somme toute, n'est pas seulement distributeur de lois et fondateur d'instituts, mais éducateur et promoteur de vie spirituelle. Il veut refaire non les formes de la vie humaine, mais le contenu, l'homme, le caractère, la foi. Et pour ce but, il veut une discipline et une autorité qui descende dans les esprits, et y domine incontestée. Son insigne est pour cela le Faisceau des licteurs, symbole de l'unité, de la force et de la justice.

© Anovi - 2003