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Idées fondamentales : comme toute solide
conception politique, le fascisme est une pratique et une pensée,
une action à laquelle une doctrine est attachée, et une
doctrine qui , jaillissant d'un système donné de forces
historiques, y est inséré et y oeuvre de l'intérieur. Il a par
conséquent une forme corrélative aux contingences du lien
et du temps, mais possède en même temps un contenu idéal qui
l'élève au stade de vérité dans l'histoire supérieure de la
pensée. On n'agit pas spirituellement sur le monde comme volonté
humaine dominatrice de volonté sans un concept de la réalité
passagère et particulière sur lequel il faut agir, - et sans un
concept- de la réalité permanente et universelle dans laquelle
la première a son être et sa vie. Pour connaître les
hommes, il faut connaître l'homme ; et pour connaître
l'homme, il faut connaître la réalité et ses lois. Il n'y
a pas de concept de la vie; philosophie ou intuition, système
d'idées qui se déroule dans une construction logique ou se
recueille dans une vision ou une foi, mais est toujours, au moins
virtuellement, conception organique du monde.
Ainsi le fascisme ne se comprendrait pas à
propos de nombre de ses attitudes pratiques , comme organisation
de parti, comme système d'éducation, comme discipline si on ne
le regardait pas à la lumière de sa conception de l'État
qui est une conception de la vie... L'homme du fascisme est un
individu qui est nation et patrie, loi morale qui serre ensemble
les individus et les générations dans une tradition et une
mission, qui supprime l'instinct de la vie renfermée dans
le bref cercle du plaisir pour instaurer dans le devoir une vie
supérieure libre des limites du temps et de l'espace; une vie où
l'individu, à travers l'oubli de soi, le sacrifice de ses
intérêts particuliers, la mort même, réalise cette existence
toute spirituelle où se trouve sa valeur d'homme. Donc,
conception spiritualiste, issue elle aussi de la réaction
générale contre le positivisme las et matérialiste du XIXe
siècle. Antipositiviste, mais positive ; non sceptique, ni
agnostique, ni pessimiste, ni passivement optimiste comme sont en
général les doctrines (toutes négatives) qui mettent le centre
de la vie hors de l'homme, qui avec sa libre volonté peut et doit
créer son monde. Le fascisme veut un homme actif et engagé dans
l'action avec toutes ses énergies...Il conçoit la vie comme une
lutte, pensant qu'il revient à l'homme de conquérir celle qui
sera vraiment digne de lui, créant avant tout en lui même
l'instrument pour l'édifier. Ainsi pour le simple individu, ainsi
pour la nation, ainsi pour l'humanité. D'où la haute valeur
essentielle du travail, par lequel l'homme vainc la nature et
crée le monde humain (...).
... Aucune action n'est soustraite au
jugement moral ; rien au monde qu'on puisse dépouiller de la
valeur.
La vie telle que la conçoit le fascisme est
sérieuse, austère, religieuse. Le fasciste dédaigne la vie
"commode".
Le fascisme est une conception religieuse dans
laquelle l'homme est vu dans son rapport immanent avec une loi
supérieure, avec une volonté objective qui transcende l'individu
particulier et l'élève comme membre instruit d'une société
spirituelle. Celui qui dans la politique religieuse du régime
fasciste s'est arrêté à des considérations de pure
opportunité n'a pas compris que le fascisme, outre un système de
gouvernement , est aussi et avant tout un système de pensée.
Le fascisme est une conception historique dans
laquelle l'homme n'est ce qu'il est qu'en fonction d'un processus
spirituel auquel il concourt, dans le groupe familial et social,
dans la nation et dans l'histoire... Hors de l'histoire, l'homme
n'est rien, c'est pourquoi le fascisme est hostile à toutes les
abstractions individualistes, à base matérialiste, du type XVIIIe
siècle ;et qu'il est hostile à toutes les utopies et les
innovations jacobines. Il ne croit pas possible le
"bonheur" sur terre, comme il se trouve dans la
littérature économique du XVIIIe, et repousse donc
toutes les conceptions théologiques pour lesquelles à un certain
moment de l'histoire il y aurait une place définitive du genre
humain. Cela signifie se mettre hors de l'histoire et de la
vie qui est un flux continu et un devenir. Le fascisme veut
être politiquement une doctrine réaliste ; pratiquement, il
aspire à résoudre seulement les problèmes qui se posent
historiquement d'eux-mêmes...
Anti-individualiste, la conception fasciste est pour l'État ;
et il est pour l'individu dans la mesure où il coïncide avec l'État,
conscience et volonté universelle de l'homme dans son existence
historique. Il est hostile au libéralisme classique, qui naquit
d'un besoin de lutter contre l'absolutisme et a épuisé sa
fonction historique dès lors que l'État s'est transformé
dans la conscience et la volonté populaires... Le fascisme
réaffirme l'État comme la réalité véritable de l'individu....
Il est pour la seule liberté qui puisse être une chose
sérieuse, la liberté de l'État et de l'individu dans l'État.
Pour le fasciste, tout est dans l'État et rien d'humain et de
spirituel n'existe....hors de l'État. Dans ce sens, le
fascisme est totalitaire, et l'État fasciste , synthèse et
unité de chaque valeur interprète , développe et potentialise
toute la vie du peuple. Ni individus hors de l'État, ni groupes
(...) C'est pourquoi, le fascisme est contre le socialisme qui
raidit le mouvement historique dans la lutte des classes et qui
ignore l'unité étatique qui fonde les classes dans une seule
réalité économique et morale ; de même, il est contre le
syndicalisme classique ... Le fascisme veut le reconnaître
et le fait valoir dans le système corporatif des intérêts
conciliés dans l'unité de l'État ...Les individus sont d'abord
et avant tout l'État. L'État n'est pas nombre, comme une somme
d'individus formant une majorité d'un peuple. C'est pourquoi le
fascisme est contre la démocratie car celle-ci nivelle le peuple
au nombre en l'abaissant au niveau des plus nombreux ; mais il est
la forme la plus pure de la démocratie si le peuple est conçu,
comme il doit l'être, qualitativement et non quantitativement,
comme l'idée plus puissante parce que plus morale, plus
cohérente, plus vraie, que dans le peuple s'effectue la
conscience et la volonté de quelques uns, même d'un seul, et que
cet idéal tende à s'effectuer dans la conscience et la volonté
de tous. De tous ceux qui de la nature et de l'histoire,
ethniquement, tirent une raison de former une nation...
Cette personnalité supérieure est nation dans la mesure où elle
est état... La nation est créée par l'État, qui donne au
peuple instruit de sa propre unité morale, une volonté et donc
une existence effective. Le droit d'une nation à l'indépendance
dérive... d'une conscience active, d'une volonté politique en
action et disposée à montrer son droit ... L'État, en fait,
comme volonté éthique universelle est créateur du droit. La
nation comme état est une réalité éthique qui existe et vit
dans la mesure où elle se développe. Son arrêt est sa mort.
Pour cela, l'État n'est pas seulement l'autorité qui gouverne et
donne forme de loi et valeur de vie spirituelle aux volontés
individuelles, mais c'est aussi le pouvoir de faire valoir sa
volonté à l'extérieur... Il est pour cela organisation et
expansion, au moins virtuelle. Ainsi, il peut s'adapter à la
nature de la volonté humaine, qui ne connaît pas de barrières
dans son développement...
L'État fasciste, forme la plus haute et la plus puissante de
la personnalité, est une force, mais spirituelle... Il ne peut
donc se limiter à des simples fonctions d'ordre et de tutelle
comme le voulait le libéralisme. Il n'est pas un simple
mécanisme qui limite la sphère des libertés individuelles
présumées. Il est forme et norme intérieure et discipline de
toute la personne...
Son principe... descend dans les profondeurs et se niche dans
le cœur de l'homme... L'État est l'âme de l'âme.
Le fascisme, somme toute, n'est pas seulement distributeur de
lois et fondateur d'instituts, mais éducateur et promoteur de vie
spirituelle. Il veut refaire non les formes de la vie humaine,
mais le contenu, l'homme, le caractère, la foi. Et pour ce but,
il veut une discipline et une autorité qui descende dans les
esprits, et y domine incontestée. Son insigne est pour cela le
Faisceau des licteurs, symbole de l'unité, de la force et de la
justice. |