La seconde guerre mondiale
Les documents

 

Allemagne - Italie
1939

Correspondance entre Hitler et Mussolini, 
fin août 1939 

Voici deux lettres. La première a été écrite par Hitler à Mussolini et la seconde est la réponse de ce dernier. Toutes deux donnent de précieux renseignements sur le contexte et les préliminaires de l'accord germano-russe du 23 août 1939. 

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1 - De Hitler à Mussolini :

Duce,

Depuis quelque temps l'Allemagne et la Russie envisageaient la possibilité d'établir leurs relations politiques mutuelles sur des bases nouvelles. La nécessité d'arriver à des résultats concrets dans ce sens est devenue plus impérieuse pour plusieurs raisons :

1° - Les conditions de la situation politique mondiale en général ;

2° - Le retard prolongé que met le cabinet japonais à préciser sa position. Le Japon était prêt à conclure avec nous une alliance contre la Russie (1), mais, dans les circonstances présentes, une telle alliance ne présenterait pour l'Allemagne - et à mon avis pour l'Italie - qu'un intérêt secondaire. Le Japon ne tenait pas toutefois à assumer des obligations précises en ce qui concerne l'Angleterre - question décisive pour l'Allemagne, et aussi, me semble-t-il, pour l'Italie... ;

3° - Les relations entre l'Allemagne et la Pologne (2) laissent à désirer depuis le printemps et, au cours de ces dernières semaines, la situation est devenue tout simplement intolérable, non par la faute du Reich, mais à cause de l'attitude britannique (3)... Toutes ces raisons m'ont incité à hâter l'aboutissement des pourparlers germano-russes. Je ne vous ai pas encore fourni de détails sur cette question. Mais, au cours des dernières semaines, le Kremlin a paru de plus en plus disposé à engager des pourparlers avec l'Allemagne. Ces dispositions ont coïncidé avec la démission de Litvinov et m'ont permis, après une mise au point préliminaire, d'envoyer à Moscou mon ministre des Affaires étrangères pour y arrêter les termes d'un traité qui est de loin le plus considérable des pactes de non-agression existant aujourd'hui ; le texte va en être rendu public. Ce pacte est inconditionnel et comporte par surcroît l'engagement pour les deux parties de se consulter sur toutes les questions intéressant l'Allemagne et la Russie. Je puis aussi vous informer, Duce, qu'étant données ces promesses, l'attitude bienveillante de la Russie est assurée et, par-dessus tout, qu'il n'existe plus désormais la moindre possibilité d'une attaque de la part de la Roumanie dans l'éventualité d'un conflit.

Notes : 

1 - Le Japon avait signé le pacte antikomintern contre l’U.R.S.S. le 25 novembre 1936. Il adhèrera le 27 septembre 1940 au pacte tripartite.

2 - Hitler veut récupérer les territoires perdus à l’est lors du traité de Versailles, il réclame le retour de Dantzig dans le Reich et le droit de passage dans l’autorisation de passage dans le corridor.

3 - En mars 1939, l’annexion par Hitler de la Bohême met définitivement fin à la politique d’appeasement conduite par la Grande-Bretagne. Le 31 mars, celle-ci s’engage à apporter son aide immédiate à la Pologne en cas d’agression. Cette garantie est suivie de celles accordées à la Roumanie puis à la Grèce. Les liens entre la Grande-Bretagne et la France se renforcent au cours du second et troisième trimestre 1939 ; les deux démocraties tentent également de négocier un accord avec l’U.R.S.S.

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2 - Réponse de Mussolini (elle date sans doute du 25 août) :

Je réponds à votre lettre qui vient de m'être remise par votre ambassadeur, Monsieur von Mackensen.

1° En ce qui concerne le pacte avec la Russie, je l'approuve entièrement (1) ;

2°Je trouve qu'il serait utile d'éviter une rupture ou un refroidissement des relations avec le Japon ce qui risquerait de l'amener à se rapprocher du groupe des États démocratiques... ;

3° Le pacte de Moscou gêne la Roumanie et peut modifier la position de la Turquie, qui a accepté un emprunt anglais, mais n'a pas encore signé d'alliance (2). Un changement d'attitude de la part de la Turquie bouleverserait les dispositifs stratégiques des Français et des Anglais en Méditerranée orientale (3) ;

4° Je comprends parfaitement la position allemande envers la Pologne et le fait qu'une situation aussi tendue ne peut se prolonger indéfiniment ;

5° En ce qui concerne la valeur effective de l'apport italien dans l'éventualité d'une action militaire, mon point de vue est le suivant :

Si l'Allemagne attaque la Pologne et que le conflit soit localisé, l'Italie fournira à l'Allemagne l'aide politique et économique dont elle aurait besoin, sous quelque forme que ce soit.

Si l'Allemagne attaque la Pologne et que les Alliés de cette dernière contre-attaquent l'Allemagne, il me faut insister sur le fait que je ne puis prendre l'initiative d'opérations de guerre étant donné l'état actuel des préparatifs militaires de l’Italie, état qui a été signalé maintes fois et en temps opportun à vous, Führer, ainsi qu'à von Ribbentrop (4).

Toutefois nous pourrions intervenir immédiatement si l'Allemagne nous fournissait dès le début les munitions et les matières premières nécessaires pour soutenir le choc que nous aurons sans doute à subir de la part des Français et des Anglais (5). Lors de nos précédentes rencontres, la guerre avait été prévue pour 1942 (6) et, à cette date, j'aurais été prêt, sur terre, sur mer et dans les airs, selon les plans convenus.

Notes : 

1 - Mussolini était averti des négociations germano-russes mais n’en avait semble-t-il pas saisi toute l’importance.

2 - Un traité franco-anglo-turc sera signé le 17 octobre 1940, les trois États s’engageant à coopérer en cas d’agression d’un pays européen conduisant à la guerre en Méditerranée, avec une clause interdisant à la Turquie d’entrer en guerre contre l’U.R.S.S.

3 - Le plan français, initié par Weygand et approuvé par Gamelin, prévoit d’ouvrir un second front dans les Balkans, de la Pologne à la Turquie et à la Grèce. C’est dans cet objectif qu’est créé "le corps expéditionnaire du Levant".

4 - Hitler surestime la puissance militaire de l’Italie. Suite aux pertes subies en Éthiopie et en Espagne, la préparation militaire italienne est insuffisante.

5 - Cet échappatoire est une idée de Ciano, son ministre des Affaires étrangères et Attolico, son ambassadeur à Berlin. La liste de matériel et de matières premières est rédigée de manière disproportionnée pour faire en sorte qu’Hitler ne puisse donner une réponse positive. Celui-ci doit accepter la neutralité italienne.

6 - Lors de la signature du Pacte d’acier en mai 1939, von Ribbentrop a alors assuré à l’Italie que l’Allemagne consentait à maintenir la paix jusqu’en 1942. Mais rien dans le texte même du pacte n’obligeait l’Allemagne à attendre jusque là pour déclencher le conflit. Alors que l’article 3 prévoyait clairement que l’entrée en guerre de l’un des deux signataires entraînerait automatiquement l’entrée en guerre de l’autre.

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