La seconde guerre mondiale
Les documents

 

France
1939

L'évacuation de Strasbourg 

Les trois documents ci-dessous sont relatifs à l'évacuation des populations civiles d'Alsace, et de Strasbourg en particulier, début septembre 1939. Dès le 31 août, alors que la guerre n'est encore qu'une menace, la préfecture du Bas-Rhin rend compte du bon déroulement des opérations préliminaires, lancées en vue d'une évacuation massive. Les notes des 3 et 8 septembre, ensuite, témoignent de la bonne exécution du mouvement. La rapidité et l'efficacité de ces mesures d'évacuation s'explique avant tout par la proximité de la ville de Strasbourg avec l'Allemagne. Si le Rhin constitue une barrière quasiment infranchissable pour les troupes terrestres, il n'arrêtera ni les obus de l'artillerie, ni les bombes des avions, en cas de déclenchement des hostilités et de volonté allemande de bombarder des objectifs civils. L'exemple de Guernica est encore dans toutes les mémoires. 


Préfecture
du Bas-Rhin

RÉPUBLIQUE FRANCAISE

S E C R E T

Strasbourg, le 31 août 1939

LE PRÉFET DU DÉPARTEMENT DU BAS-RHIN

à Monsieur le VICE-PRESIDENT DU CONSEIL

ÉVACUATION DES POPULATIONS CIVILES

Les mesures de préparation de l'évacuation des populations civiles de la zone avant ont été poussées aussi loin que possible dans mon département ; les gîtes d'étapes et les centres de recueil sont en état de fonctionner et particulièrement ont reçu leurs approvisionnements en denrées alimentaires et leur matériel sanitaire.

Dans toutes les communes soumises à l'évacuation les convois sont préparés et prêts à partir au premier signal.

Deux points restent particulièrement délicats.

1° ) L'évacuation de l'arrondissement de Wissembourg situé en majeure partie en avant de la ligne de résistance et dont le dégagement au point de vue militaire doit être opéré avec le maximum de rapidité. Dans ce but les mesures prévues ont été renforcées ; les trains navettes partant de Wissembourg et Lauterbourg sont en place et l'autorité militaire a mis à ma disposition des moyens automobiles paraissant suffisants pour renforcer les moyens ferroviaires ou les remplacer au cas où ils seraient mis hors d'état de fonctionner.

2° ) Évacuation de l'agglomération de Strasbourg.

Les évacuations volontaires ont porté sur environ 100.000 personnes. Si on évalue à 25.000 le nombre de mobilisés la population restant à évacuer se chiffrerait à environ 115 à 125.000 personnes.

Pour l'évacuation du restant de la population toutes les mesures préparatoires sont prises, les organes d'évacuation sont en place et prêts à fonctionner. Toutes les instructions à la population sont tirées ainsi que celles destinées à réaliser une évacuation d'alerte au cas où les dispositifs normaux d'évacuation ne pourraient utilement fonctionner.

Mais il y a surtout lieu de considérer l'extrême gravité de la décision à prendre. Quelles que soient les mesures qui ont été prévues, l'évacuation de Strasbourg sera une opération difficile. Si elle se fait d'une façon ordonnée ses inconvénients sont réduits au minimum. Mais, par contre, si elle a lieu après un bombardement qui aura pu mettre hors d'état de fonctionner une partie des dispositifs, elle sera singulièrement difficile.

Le Préfet du Bas-Rhin


RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Présidence du Conseil

Paris, le 3 septembre 1939.

19 H 20.

Les opérations d'évacuation de STRASBOURG sont terminées.

La zone avant est évacuée mais on a été obligé malgré tous les efforts, d'abandonner une grosse partie du bétail.

En ce qui concerne M. VIGUIE personnellement, il garde ces deux postes de commandement STRASBOURG et LUTZELHOUSE et, en ce moment, le Préfet va veiller à ce qui est le plus important, c'est-à-dire l'évacuation des centres de recueil vers l'Intérieur.

Le départ a déjà commencé cet après-midi une dizaine de trains.


RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Présidence du Conseil

Paris, le 8 septembre 1939

11 H 15

Le Secrétaire Général du Bas-Rhin téléphone :

Nouvelles très satisfaisantes à tous égards.

L'évacuation se déroule dans des conditions parfaites. Toute la première tranche est évacuée. Au maximum un millier de personnes sont encore à STRASBOURG, y compris la défense passive. D'ici un ou deux jours il n'y aurait plus que quelques civils qui auraient pu se dissimuler dans des immeubles.

D'autre part, quelques personnes reviennent pour retirer du mobilier et des objets de valeur qu'elles avaient laissé chez elles.

Au point de vue militaire aucun coup de canon, aucune fusillade, aucun avion ennemi sur STRASBOURG. Quelques alertes qui n'étaient pas justifiées.

© Anovi - 2006