A la suite de l'agression militaire italienne contre l'Éthiopie (3 octobre 1935), la Société des Nations vote des sanctions économiques contre l'Italie fasciste. Même si ces sanctions n'ont pas l'ampleur nécessaire pour faire plier le régime du Duce, elle lui occasionnent quelques soucis qui, combinés aux effets de la crise économique, conduisent Mussolini à composer. C'est dans ce contexte qu'il s'adresse à l'assemblée nationale des corporations, le 23 mars 1936, pour faire le point sur la situation économique du pays. Ce faisant, il expose ses ambitions d'autarcie, qui vont de pair avec ses rêves de grandeur, et son projet de renforcement du dirigisme étatique. Camarades ! Les circonstances dans lesquelles l'Assemblée des Corporations se réunit pour la seconde fois sont solennelles. Nous sommes en temps de guerre, c'est-à-dire dans la période la plus dure et la plus pénible de l'existence d'un peuple. Un autre événement accroît la solennité et la gravité de l'heure présente : le blocus que 52 États ont décidé d'appliquer à l'Italie (...). Le blocus économique (...) soulevé une nombreuse série de problèmes qui tous se résument dans cette proposition : l'autonomie politique, c'est-à-dire la possibilité d'une politique étrangère indépendante, ne peut se concevoir sans une capacité correspondante d'autonomie économique (...). Le 18 novembre 1935 est désormais une date qui marque le début d'une nouvelle phase de notre histoire (...). La nouvelle phase de l'histoire italienne sera dominée par ce postulat : réaliser dans le plus bref délai possible la plus grande autonomie possible dans la vie économique de la nation (...). Cette dramatique éventualité doit guider toute notre action. Dans la période historique actuelle le fait "guerre" est, avec la doctrine du fascisme, un élément déterminant de la situation de l'État par rapport à l'économie de la nation. Comme je l'ai dit à Milan en octobre 1934, le régime fasciste n'entend pas étatiser, ou, pis encore, fonctionnariser la production entière de la nation. Il lui suffit de la contrôler et de la discipliner au moyen des Corporations (...). J'en viens à l'analyse (...). La production agricole reste (...) une chose privée, disciplinée et aidée par l'État pour qu'elle puisse atteindre des moyennes de rendement de plus en plus élevées (...). Quant à l'activité commerciale, il faut en distinguer les deux aspects : l'aspect extérieur devenu fonction directe ou indirecte de l'État (et pas du tout provisoirement comme certains pourraient le croire) et l'aspect intérieur qui reste confié à l'activité individuelle des groupements et des coopératives. En ce qui concerne le secteur financier (qui est à l'économie comme le sang à l'organisme humain) les récentes mesures l'ont soumis, comme cela était rationnel, au contrôle direct de l'État. Pour ce qui est de la production artisanale et industrielle, je déclare que l'artisanat sera aidé : surtout en Italie, il est irremplaçable (...). Quant à la grande industrie qui travaille directement ou indirectement pour la défense nationale et a réuni ses capitaux par des souscriptions d'actionnaires (...), elle sera constituée en grandes unités correspondant à celles que j'appelle les "industries-clés" et assumera un caractère spécial sous le contrôle de l'État. L'opération en Italie sera facilitée du fait que l'État possède déjà à travers l'I.R.I. d'importantes participations et souvent la majorité des actions des principaux groupes industriels qui intéressent la défense nationale. L'intervention de l'État dans ces grandes firmes sera-t-elle directe ou indirecte ? Adoptera-t-elle la forme de la gestion ou celle du contrôle ? Dans certaines branches, il pourra y avoir une gestion directe, dans d'autres une gestion indirecte, et dans d'autres encore un contrôle efficace (...). |
© Anovi - 2004