Commentée par Jean-Louis Audebert Si les ouvrages consacrés à la seconde guerre mondiale sont nombreux, rien ne vaut un document, aussi modeste soit-il, pour restituer fidèlement certains aspects de cette époque complexe. C'est ainsi que la carte postale militaire dont nous reproduisons le texte ci-dessous, nous permet d'illustrer la vie des soldats (on les appelait encore les "Poilus"...) pendant la "Drôle de Guerre" :
En quelques mots, tout est suggéré. L'orthographe phonétique nous rappelle enfin que jusqu'au milieu du XXe siècle, tous les Français n'obtenaient pas leur certificat d'études. Parce qu'elle participe de l'intégrité du document, nous avons choisi de respecter scrupuleusement cette orthographe plus qu'approximative. Toutefois, nous donnons dans un deuxième temps, une "traduction" de ce texte, dans un français plus conforme aux règles. ***** Le 1er novembre 39 Bien cher Tous, Hier je nes pa ut de vos nouvelle. jespere en avoir sesoir ; jes recut mon Colie dans le cas ou tu naurais pa recut ma derniere Carte je prefaire vous le redire. Les chemise son tres bien se netai pa la peine de men acheter tu navais cas menvoyer des Vieille elle on le col un peut tros grand mais au lavage elle von peutetre se reserrer un peut. apresent jes tous se qu il me faut. je natemps plus qune permission mes je crois que se nes pa pour encore. Ici le temps ses mis au froid et il y a du vent vos mieux un temp comesa que la pluit. Depuis 3 ou 4 jours nous ne roulon plus pour économiser l essence aussi les journee son telle longue. Nous serions mieux chez nous. Mes je croit que nous y somme pour un moment dans 4 jours 2 mois que Je suis partis il me semble qu'il y à 6 mois. Nous sommes tous les 11 à tourner dans notre maison lun fait la lessive lautre chante un autre se lave les pied dautre comme moi ecrive les autre fon les va et vien comme des lion en cage. ses bien la Vie Militaire. jespere que mes pistoulet son Bien sage : Elle necrive plus à tonton jatemp une longue lettre delle ou elle me raconteron Bien des chosse. Bien Chere Maman et soeur En se jour de Tousaint quoi que loint de Vous je suis avec Vous. Je voudrais moi meme pouvoir Vous acompagner au simetierre Pour aujourd'hui je vous quitte et Vous embresse à tous de tous Coeur. Votre jean qui Vous aime *****
Le 1er novembre 1939 Bien chers Tous, Hier, je n'ai pas eu de vos nouvelles. J'espère en avoir ce soir ; j'ai reçu mon colis. Dans le cas où tu n'aurais pas reçu ma dernière carte, je préfère vous le redire. Les chemises sont très bien. Ce n'était pas la peine de m'en acheter ; tu n'avais qu'à m'en envoyer des vieilles. Elles ont le col un peu trop grand, mais au lavage elles vont peut-être se resserrer un peu. A présent j'ai tout ce qu'il me faut. Je n'attends plus qu'une permission, mais je crois que ce n'est pas pour encore. Ici, le temps s'est mis au froid et il y a du vent. Il vaut mieux un temps comme ça que la pluie. Depuis 3 ou 4 jours, nous ne roulons plus, pour économiser l'essence ; aussi les journées sont-elles longues. Nous serions mieux chez nous. Mais je crois que nous y sommes pour un moment. Dans 4 jours (cela fera) 2 mois que je suis parti. Il me semble qu'il y a 6 mois. Nous sommes tous les 11 à tourner dans notre maison. L'un fait la lessive, l'autre chante, un autre se lave les pieds, d'autres comme moi écrivent, les autres font des va-et-vient comme des lions en cage. C'est bien la vie militaire. J'espère que mes pistoulets (surnom affectueux) sont bien sages : elles n'écrivent plus à Tonton. J'attends une longue lettre d'elles, où elles me raconteront bien des choses. Bien chère Maman et sœur, en ce jour de Toussaint, quoique loin de vous, je suis avec vous. Je voudrais moi-même pouvoir vous accompagner au cimetière. Pour aujourd'hui je vous quitte et vous embrasse tous de tout cœur. Votre Jean qui vous aime |
© Anovi - 2003