Aussi rapide que le précédent (pour la fête de Jeanne d'Arc), ce discours est pourtant riche d'informations sur l'état d'esprit dans lequel Pétain entend régler les relations franco-allemandes. S'inscrivant dans la droite ligne de la "collaboration" définie lors des entretiens de Montoire, il n'envisage pas de subordination directe de l'État Français au Reich hitlérien, mais plutôt une logique de négociations dans laquelle on pourrait traiter quasiment d'égal à égal avec le vainqueur ou, tout au moins, dans laquelle on pourrait discuter pied à pied toutes ses exigences. Sans doute le maréchal se berce-t-il d'illusions. Sans doute aussi, le cours de la guerre lui permet-il de croire cela (Hitler, vainqueur partout, n'a pas encore d'exigences trop pressantes). Toujours est-il qu'avec le début de la campagne de Russie (juin 1941), puis, plus encore, après la libération de l'Afrique du Nord (novembre 1942), face à une Allemagne plus exigeante, la collaboration se fera plus servile. Le temps des "négociations" aura vécu. Français ! Vous avez appris que l’amiral Darlan s’était récemment entretenu en Allemagne avec le chancelier Hitler. J’avais approuvé le principe de cette rencontre. Ce nouvel entretien nous permet d’éclairer la route de l’avenir et de continuer les conversations engagées avec le gouvernement allemand. Il ne s’agit plus, aujourd’hui, pour une opinion souvent inquiète parce que mal informée, de supputer nos chances, de mesurer nos risques, de juger nos gestes. Il s’agit pour vous, Français, de me suivre sans arrière-pensée sur les chemins de l’honneur et de l’intérêt national. Si, dans l’étroite discipline de notre esprit public, nous savons mener à bien les négociations en course, la France pourra surmonter sa défaite et conserver dans le monde son rang de puissance européenne et coloniale. Voilà, mes chers amis, tout ce que j’ai à vous dire aujourd’hui. |
© Anovi - 2004