La seconde guerre mondiale
Les documents

 

France
1940

Discours de Paul Reynaud,
18 mai 1940 

Dans ce discours radiodiffusé, le président du Conseil annonce aux Français, à mots couverts, la catastrophe à venir. Avec le recul, ses variations sur le thème de "la situation est grave mais pas désespérées" apparaissent dérisoires et tragiques. 

Il est significatif que, pour remonter le moral de la population, Reynaud fasse appel à des hommes et à des symboles issus de l'autre guerre : Pétain, Verdun, Clemenceau, la crise du moral de 1917, etc. On a coutume de dire (un peu rapidement) qu'en 1940 l'armée française avait une guerre de retard. N'était-ce pas également le cas du gouvernement ? 


Paris, 18 mai. Voici le texte de l'allocution radiodiffusée prononcée samedi, à 20 heures 30, par Monsieur Paul Reynaud, président du Conseil :

Je vous ai dit, avant-hier, que l'ennemi avait réussi à faire, au sud de la Meuse, une large poche ; depuis lors,cette poche s'est élargie vers l'ouest. La situation est grave ; elle n'est nullement désespérée. 

C'est dans des circonstances comme celles-ci que le peuple français montre ce qui est en lui. 

Les sacrifices des soldats sont ceux vers lesquels se tendent toutes nos pensées. Il y a aussi les souffrances morales et matérielles de leurs familles, des réfugiés, les victimes des bombardement ennemis.  

La grandeur de notre peuple est dans les circonstances comme celles-ci ; il oublie ses propres souffrances pour ne plus penser qu'au péril de la patrie. 

Ce que le pays attend du gouvernement, ce ne sont pas des paroles, il n'en a que trop entendues depuis quelques années : ce sont des actes qu'il veut. 

Voici les décisions que je viens de prendre : le vainqueur de Verdun, celui grâce à qui les assaillants de 1916 n'ont pas passé, celui grâce à qui le moral de l'armée française, en 1917, s'est ressaisi pour la victoire, le maréchal Pétain, est revenu ce matin de Madrid, où il a rendu tant de services à la France.  

Il est désormais à mes côtés comme ministre d'État, vice-président du Conseil, mettant toute sa sagesse et toute sa force au service du pays.  

Il y restera jusqu'à la. victoire.

Dans les circonstances actuelles, il fallait aussi que le chef du gouvernement fût placé au poste le plus exposé ; il fallait qu'il prît les responsabilités les plus larges ; j'ai donc assumé la direction de la défense nationale ; le président Daladier prend le portefeuille des affaires étrangères. 

Quant au Ministère de l'intérieur, dont la tâche vient de s'accroître brusquement, Monsieur Georges Mandel, disciple de Clemenceau, le prend en main. 

J'ajoute qu'un mouvement diplomatique va paraître qui donnera à la politique extérieure de la France et à sa représentation à l'étranger, un maximum d'efficacité. 

Toute l'administration, de la France doit s'adapter à la guerre ; il faut que l'esprit de guerre circule dans les bureaux comme ailleurs.  

Toute faute serait punie sans délai.

Chaque Français, qu'il soit aux armées ou à l'intérieur, doit faire, ce soir, avec moi le serment solennel : vaincre. 

© Anovi - 2005