La seconde guerre mondiale
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France
1941

Vous qui rentrez chez nous...

Le poème ci-dessous a été rédigé en août 1941 par un prisonnier de guerre français anonyme, détenu au Stalag VIII C de Sagan, en Silésie, non loin de l'Oder. 

Il s'adresse aux prisonniers qui transitent par le Stalag en cours de rapatriement vers la France. Ce thème peut sembler surprenant, car les Allemands n'ont pas la réputation d'avoir pratiqué des libérations massives de prisonniers. Toutefois, plusieurs dizaines de milliers d'entre eux ont pu retrouver leur foyer avant la fin de la guerre et la libération des camps par les Alliés. En août 1941, la fameuse "Relève" de Pierre Laval n'est pas encore en place. Les rapatriements sont alors surtout le fait de mesures sanitaires (libération des malades ou des blessés) ou des tractations de Vichy (libération des anciens combattants de la Grande Guerre, des ingénieurs agronomes, etc.). 

Le principal thème abordé dans ce poème est, sans surprise, celui de l'absence, de l'éloignement et du manque qui en découle. Quant à la qualité littéraire de ces vers, nous laissons à chacun le soin de l'apprécier. 

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Aux prisonniers libérés
de passage au Stalag VIII C

Vous qui rentrez chez nous, racontez à nos Mères
Dont le front, plus ridé sous des cheveux plus blancs,
S'inquiète trop de nous, que, petits et tremblants,
Vers elles nous lançons, brutales et amères,
Les lourdes dépressions qui plient nos genoux,
Vous qui rentrez chez nous !...

Lorsque vous les verrez, direz-vous à nos femmes,
Aux yeux rêveurs et flous, d'impatience mêlés,
Tout ce que nous célons par leurs noms épelés
Dans nos nuits sans sommeil où notre être réclame
Un bras pour s'endormir, un bras câlin et doux,
Vous qui rentrez chez nous !...

A nos petits enfants dont le sort acariâtre
A fait des orphelins, vous saurez bien conter
Les désirs fous que nous devons parfois dompter
De sentir, sous nos doigts, leur menotte idolâtre
En les serrant très fort sur nos tremblants genoux
Vous qui rentrez chez nous !...

Saurez-vous expliquer aux pauvres fiancées
Ce que nous éprouvons de rayonnant espoir,
Quand leur sourire aimant vient butiner, le soir,
Notre âme où sait fleurir leur constante pensée
Et que, sous notre peau, le sang court à longs coups
Vous qui rentrez chez nous !...

Mais aussi saurez-vous bien dire à notre France,
A son histoire, à tous ses nobles souvenirs
Que nous rêvons déjà, tous, à son avenir
Avec ferveur, avec élan, avec confiance
Et que son nom nous est devenu bien plus doux,
Vous qui rentrez chez nous !...

Sagan, août 1941

© Anovi - 2004